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Très rapidement : merci beaucoup + un texte de Paul VI.
par Scrutator Sapientiæ 2012-08-02 14:28:08
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Bonjour Vincent F,

Merci beaucoup pour cette remarque, ce remerciement n'ayant aucun caractère polémique : je vous remercie "pour" cette remarque en tant que telle (et non parce qu'elle serait adressée "contre" celle de qui que ce soit), car elle va, dans toute sa brièveté, en plein coeur du sujet : oui, la Révélation n'est pas nécessaire pour savoir qu'il n'y a qu'un seul Dieu.

C'est cela aussi qui gagnerait à être précisé ou rappelé plus fréquemment, en ces temps d'analphabétisme catéchétique ou théologique.

PAUL VI AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 27 novembre 1968

" Connaissance de Dieu et raison

Chers Fils et Filles,

Comment fait-on pour connaître Dieu? C'est la grande question qui tourmente l'esprit moderne. C'est une question aussi ancienne que l'histoire de l'homme; mais aujourd'hui elle tourmente l'homme parce que le progrès de la connaissance humaine a rendu plus exigeant le besoin de donner à cette question une réponse satisfaisante par rapport aux habitudes de notre mentalité, c'est-à-dire de notre raison critique et scientifique et par rapport au rôle que joue, dans notre connaissance, l'expérience sensible. Maintenant se vérifie le fait que notre processus de connaissance semble rencontrer, et en pratique rencontre, plus de difficultés à atteindre Dieu qu'il n'en rencontrait par le passé, quand la connaissance de Dieu était admise et présupposée normalement dans toute forme de pensée; alors qu'aujourd'hui la connaissance de Dieu n'est pas un principe indiscutable, mais une conclusion finale de la pensée elle-même; arriver à cette conclusion est chose difficile. On dirait que nous sommes devenus plus intelligents et plus instruits, et, en même temps moins religieux, c'est-à-dire moins capables d'arriver à Dieu.

L'attitude athée

Devrons-nous renoncer à cette conquête? L'athéisme contemporain répond: nous devons renoncer. Cette réponse qui semble si simple, produit un tel vide dans la pensée et la vie de l'homme qu'elle suscite des problèmes nombreux et graves au point de troubler la confiance dans la pensée elle-même comme dans le sens positif de la vie. Ceux qui croient pouvoir fonder un humanisme sur l'athéisme deviennent en réalité les prophètes d'un nihilisme qui rend tout gratuit, instable, irrationnel et qui supplée ces carences par des notions empiriques ou insuffisantes, par des systèmes arbitraires et violents, et ensuite par des conclusions pessimistes, révolutionnaires et désespérés. Et le grand absent, Dieu, devient le cauchemar de celui qui demande à son esprit la vérité. Nous en trouvons le témoignage dans la littérature: « Dieu m'a tourmenté pendant toute la vie » dit, par exemple, un personnage d'un célèbre romancier russe (cf. Dostoïewski).

La raison nous mène à Dieu

Vous savez que l'Eglise, elle, ne renonce pas à la conquête de Dieu. Elle ne nie pas à l'esprit humain la capacité d'arriver à la connaissance de Dieu par la raison aussi, même si ce n'est pas sans efforts et sans ombres. L'Eglise reste ferme, même si elle doit rester seule (cf. Newman) à revendiquer pour la raison cette suprême possibilité. Il faut lui rendre honneur pour cela, du moins pour cette défense de la raison, alors que si souvent on accuse l'Eglise d'obscurantisme et de fidéisme. La foi nous donne certainement de Dieu une connaissance bien plus entière et bien plus facile par elle-même, mais la foi même, affirme notre doctrine, ne peut faire abstraction de l'usage normal et vigoureux de la raison. Le Concile Vatican I a canonisé sous cet aspect la raison naturelle (cf. Denzinger-Sch. 3015 ss.).

Oh! Quel domaine illimité d'études! (cf. L'œuvre encore valable de Garrigou-Lagrange: Dieu, Beauchesne, 1919). Ce n'est certainement pas ici que nous le pénétrerons! Il nous suffit de faire quelques remarques modestes, mais peut-être non superflues. La première est celle-ci. Quand nous nous posons la question de la connaissance rationnelle de Dieu, nous oublions facilement que cette question a un double aspect; nous pouvons demander à notre raison de nous dire si Dieu existe; et à cette demande, notre raison, dans la mesure où elle reste fidèle à ses lois, répond: oui, Dieu existe; et elle nous en donne la certitude; mais si nous demandons à notre raison de nous dire qui Il est, elle devient très timide et modeste, et nous laisse insatisfaits. En niant ce que Dieu n'est pas et ce qu'il ne peut être, en cherchant à sublimer quelques notions propres à l'Etre, elle nous élève, mais dans une région où elle trouve plus le mystère que la science, plus le désir que la possession. Qui se laisse entraîner sur les ailes de la spéculation théologique et de la contestation mystique vers ce mystère, se rend compte qu'il se rapproche d'une plénitude spirituelle qui surpasse les conditions présentes de notre vie temporelle et qui touche à l'immortalité (cf. Sag. 15, 3): « Te connaître est racine d'immortalité »; et Jésus nous dira: « cela est la vie éternelle, Te connaître Toi seul vrai Dieu et celui que Tu nous as envoyé Jésus » (Jn 17, 3). Il n'y a pas de plus grande invitation offerte à la méditation humaine que celle-là (cf. Lessius: De perfectionibus moribusque divinis, Lethielleux 1912).

Usage et limites de la raison

Mais la question demeure: comment faire pour avancer dans les sentiers aussi inaccessibles? Et voici une autre observation, élémentaire mais capitale: il suffit de bien user de la raison « secundum perfectum usum rationis », disait saint Thomas (II, II, 45, 2). C'est-à-dire, il suffit de bien raisonner. Et cela, tous, même ceux qui n'ont pas fait d'études, peuvent le faire; et même souvent les simples, les enfants, les petites gens, les cœurs purs spécialement, ont une logique naturelle plus saine et plus concluante que ceux qui dans le développement de la raison en ont violé ou oublié certaines exigences. Aujourd'hui, c'est ce qui arrive à beaucoup de penseurs qui, contestant à la pensée certaines de ses lois, certains de ses principes premiers et évidents, ne lui permettent plus de dépasser les limites entre lesquelles Dieu ne peut être rejoint. Une connaissance amoindrie de la vérité ne peut comprendre la suprême Vérité qui est Dieu. Il serait logique ici de faire allusion aux fameuses cinq voies, toujours valables si elles sont bien comprises, que la théologie scholastique indiquait comme celles qui peuvent porter la raison à une connaissance certaine, même si elle est obscure, de Dieu. Mais l'homme d'aujourd'hui ne veut pas en entendre parler, même si, parfois sans s'en rendre compte, il les utilise d'une certaine manière, surtout la cinquième qui révèle l'existence de la nécessité (cf. Galilée, Dial. I journée) d'un ordre, d'une finalité, d'une intelligence dans les choses (cf. Danusso); voies qui conduisent, au-delà de l'expérience scientifique à reconnaître en elles une Présence pensante et créatrice, plus profondément intérieure. Ces voies, l'homme quelquefois les parcourt à rebours pour arriver à la découverte de ce qui manque aux choses, la privation d'une propre raison d'être, d'une propre cause suffisante (cf. Sartre).

Il y a aujourd'hui beaucoup de gens, même bien pensants, surtout des jeunes, qui craignent que l'idée de Dieu ne vienne à s'obscurcir et à se dissoudre sous la pression de la nouvelle mentalité née du contact scientifique avec le monde, par le sentiment de force et de liberté que l'homme semble éprouver lorsqu'il ne se sent plus assujetti à des principes absolus et transcendants (cf. J. M. Au- bert, Recherche scientifique et foi chrétienne). Mais cette crise peut se résoudre moyennant une purification continue de l'idée même de Dieu et de son culte, quand on met en relief ce qu'elle doit être vraiment, une idée toujours en progrès, toujours nécessaire, toujours féconde, toujours vivante (cf. Guardini, le Dieu vivant); ou bien aussi quand on veut soumettre à de nouvelles analyses les procédés de notre pensée (cf. B. Varisco, Dall'Uomo a Dio, Cedam, Padova, 1939; De Lubac, Sur les chemins de Dieu, Au- bier, 1956). Elle peut encore se résoudre d'une autre manière, en portant logiquement le monde matérialiste et athée à ses conséquences fatales, qui appellent finalement Dieu pour ne pas tomber dans des conceptions monstrueuses et catastrophiques de pseudoabsolus et de formes de vie inhumaine. Ce cri douloureux et étonné devra un jour s'élever vers Dieu du monde moderne, devenu maître des choses et lourdement esclave d'elles; ce sera un jour grandiose, de guérison et de poésie, quand Dieu apparaîtra tel qu'Il est pour nous « principe de l'existence, raison de la pensée, loi de l'amour » (saint Augustin, contra Faustum, 20, 7; PL. 42, 372); l'éternel nouveau, le verbe silencieux, la présence invisible, l'abîme joyeux, le principe total, l'Etre vivant.

Courage, fils très chers; ce n'est pas impossible, ce n'est pas difficile; avec un peu d'effort, en hommes véritables, en humbles chrétiens, en pensant à Dieu nous le cherchons, en l'aimant nous le trouvons. Courage, avec notre Bénédiction Apostolique. "

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.

     

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