voici le texte qui est plus compliqué que le résumé par Luc Perrin 2012-06-09 12:18:24 |
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"Apic: De quoi s'agit-il alors ?
H.S. : A Rome, il y a encore aujourd'hui des gens qui n'ont pas compris. Il s'agit en fait d'une question «politique». Ce sont des gens qui n'acceptent pas le changement de rapports entre l'Eglise et la société ou 'l'autonomie des réalités temporelles' selon les termes de la constitution conciliaire Gaudium et Spes. C'est là que le bât blesse. Et c’est dans ce sens que je qualifie de « politique » la crise vécue (et diffusée) par Ecône. Le bouquin de Mgr Lefebvre "Ils l’ont découronné" publié en 1987 l'exprime de manière absolument claire. L'Eglise doit reprendre le pouvoir dans le monde, réaffirmer son autorité et resserrer les boulons, pensent les Lefebvristes. Tant qu'on reste sur cette idée, il n'y aura pas de solution.
Apic: Finalement il s'agit donc de la question de la laïcité ?
H.S. : Oui, c'est difficile aussi de faire évoluer cette vision dans les bureaux du Vatican. Parce qu’une certaine partie de l'Eglise en Italie n'a pas intégré cette notion de Vatican II et le sens d'une laïcité bien comprise. En France la séparation de l'Eglise et de l'Etat a été imposée par la force au tout début du XXe siècle. L’Episcopat français s’en réjouit aujourd’hui, même s’il y a toujours des politiciens qui préfèrent s’opposer à l’Eglise plutôt que de distinguer pour collaborer.. J’ai été souvent confronté à des confrères au Vatican qui ne font pas (ou pas encore) la même lecture que moi de Gaudium et Spes. Avec le cardinal Secrétaire d’Etat de l’époque, nous n’étions en tout cas pas sur la même longueur d’onde lorqu’il s’était permis de convoquer au Vatican les candidats premiers ministres de l’Etat Italien pour leur demander leur programme politique. Comme numéro 2 de l’Eglise, j’estimais qu’il devait : – ou bien faire de même avec la France, l’Allemange et tout autre pays – ou bien s’abstenir … et aider l’épiscopat mondial à respecter l’autonomie des laïcs dans leurs domaines de compétences, selon la volonté du Concile Vatican II.
(apic/mp)
Le mot aurait dû être mis entre guillemets dans le résumé et il est en fait complètement inapproprié ou disons très ambigu. Le cardinal Schwery parle en réalité du rapport Église/État/société. Curieusement il se réfère à Gaudium et spes qui n'en traite pas vraiment et non pas au texte qui aborde frontalement la question à savoir Dignitatis humanae.
Son Eminence et Vianney (ou John Daly) même combat mais dans des camps opposés ?
La position du Cardinal se comprend mieux formulée ainsi mais elle n'en reste pas moins fausse à mon très humble avis, aussi fausse que celle des syllabusiens intégraux du F.C. - mais qui n'existent pas dans la vraie vie, si je puis dire.
Je note que le Cardinal suisse signale que sa lecture du rapport Église/État et sa compréhension extrémiste d'une autonomie des laïcs confinant à l'indépendance n'est pas partagée par "des confrères au Vatican". Et pour cause !
Cette vision du Cardinal n'est pas du tout conforme aux textes conciliaires d'une part, n'est pas conforme à l'herméneutique de réforme dans la continuité qu'en avaient les Pères conciliaires et qu'a soutenue le Magistère romain de façon constante de Paul VI à Benoît XVI, tout spécialement Jean-Paul II qui n'a pas cessé de tonner contre cette vision que le Cardinal exprime (hélas) en bon représentant de cette Église suisse qui s'effondre plus encore que la Française, ce n'est pas peu dire.
Jamais ô grand jamais Vatican II n'a voulu conféré une indépendance totale aux laïcs pour les questions relatives au rapport Église/État ; jamais le Concile ne renonce à l'obligation pour chaque homme de chercher la vérité (catholique), jamais le Concile ne rejette les conventions et concordats (au contraire) - ce que l'évêque alsacien Mgr Elchinger, Père conciliaire de la Majorité, a constamment redit -, jamais le Magistère (y compris des épiscopats et pas qu'à Rome) n'a prôné l'indifférence à la législation et à la chose politique.
Le cardinal Schwery devrait porter son regard au-delà de la Suisse et regarder vers l'épiscopat américain par ex., épiscopat qui est en pleine bataille "politique" au nom ... de la liberté religieuse. Cela a été le cas de l'épiscopat polonais, des référendums italiens (l'un perdu sous Paul VI sur le divorce - aucune "autonomie" là-dessus par LE pape de Vatican II - et gagné sous Benoît XVI).
On pourrait aligner les textes qui contredisent la philosophie libérale du cardinal Schwery sur des kilomètres et sans avoir à citer que des papes et des évêques "conciliaires".
Surtout comme je l'ai dit maintes fois, se focaliser sur ce débat suranné, c'est ne rien comprendre à la crise de l'Église ni à ce qui motive les vocations sacerdotales dans le milieu traditionaliste (et ailleurs aussi). Le Cardinal pourrait-il honnêtement penser que les séminaristes américains de Denton (FSSP) ou Winona (FSSPX) pensent sérieusement établir une religion d'État catholique dans les États américains et abolir le 1er Amendement à la Constitution des États-Unis ?
Là n'est vraiment pas leur souci. En revanche, la corrosion que représente le catholicisme libéral, la gangrène qu'est la vision néo-moderniste, les pastorales aberrantes qui en résultent, la volonté d'être des missionnaires, là sont les vraies questions et les vraies motivations.
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