oui par Luc Perrin 2012-04-21 19:02:08 |
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l'argument de la bulle de Pie V n'a jamais été pris en compte par les canonistes et les autres, pour ce qui est de sa formule finale qui est une clause de style banale. Au demeurant, aucun des papes qui suivent saint Pie V ne s'y est arrêté pour modifier le missel romain en ajoutant des fêtes, en changeant certaines rubriques ou avec la réforme de la Semaine sainte.
Mais aucune de ces réformes et amendements ne rompait avec la continuité organique du rit romain - critère rappelé par ... Vatican II -, à la différence du Novus Ordo Missae, Novus comme son nom l'indique.
L'interdiction de 1971-1974 - sauf indult et prêtres âgés sine populo - est très claire en effet et le pape l'a lui-même rappelée en 1976, le texte a été fourni dans ce fil. L'abbaye de Fontgombault s'y est pliée d'ailleurs. La Conférence épiscopale anglaise a débattu pour savoir si de ce fait l'indult de 1971 n'était pas caduc mais la réponse fut négative, l'indult restait valable comme dérogation à la règle.
Paul VI a fait de cela un casus belli avec Mgr Lefebvre mais, dans le même temps, il n'a point réprimandé Mgr de Castro Mayer ni Jean-Paul I ni Jean-Paul II non plus. Il y avait une sorte de mauvaise conscience romaine dès le départ dans cette affaire.
L'abus de pouvoir - selon Joseph Ratzinger et Benoît XVI - c'est quand un pape ou un organisme curial avec l'aval du pape prend une décision qu'il n'a pas le pouvoir de prendre.
Ainsi le cardinal Ratzinger, reportez-vous à ses écrits sur le sujet, estimait qu'un pape ne peut interdire un rit liturgique vivant et traditionnel. C'est l'évidence qu'il rappelle dans l'homélie de mai 2005 et un point qu'il souligne dans son allocution fameuse de décembre 2005.
L'homélie à St-Jean de Latran du 7 mai 2005 est un des grands textes de Benoît XVI, pas assez lu ni médité :
"Cette autorité d'enseignement effraie un grand nombre d'hommes à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise. Ils se demandent si celle-ci ne menace pas la liberté de conscience, si elle n'est pas une présomption s'opposant à la liberté de pensée. Il n'en est pas ainsi. Le pouvoir conféré par le Christ à Pierre et à ses successeurs est, au sens absolu, un mandat pour servir. L'autorité d'enseigner, dans l'Eglise, comporte un engagement au service de l'obéissance à la foi. Le Pape n'est pas un souverain absolu, dont la pensée et la volonté font loi. Au contraire: le ministère du Pape est la garantie de l'obéissance envers le Christ et envers Sa Parole. Il ne doit pas proclamer ses propres idées, mais se soumettre constamment, ainsi que l'Eglise, à l'obéissance envers la Parole de Dieu, face à toutes les tentatives d'adaptation et d'appauvrissement, ainsi que face à tout opportunisme. C'est ce que fit le Pape Jean-Paul II lorsque, face à toutes les tentatives, apparemment bienveillantes envers l'homme, face aux interprétations erronées de la liberté, il souligna de manière catégorique l'inviolabilité de l'être humain, l'inviolabilité de la vie humaine de sa conception jusqu'à sa mort naturelle. La liberté de tuer n'est pas une véritable liberté, mais une tyrannie qui réduit l'être humain en esclavage. Le Pape est conscient d'être, dans ses grandes décisions, lié à la grande communauté de foi de tous les temps, aux interprétations faisant autorité qui sont apparues le long du chemin du pèlerinage de l'Eglise. Ainsi son pouvoir ne se trouve pas «au dessus», mais il est au service de la Parole de Dieu, et c'est sur lui que repose la responsabilité de faire en sorte que cette Parole continue à rester présente dans sa grandeur et à retentir dans sa pureté, de façon à ce qu'elle ne soit pas détruite par les changements incessants des modes."
Paul VI et la Congrégation pour le culte divin ont méconnu cette règle fondamentale comme autrefois, un pape voulut interdire le rit mozarabe jusqu'à ce que finalement Jules II en confirme la pleine validité. Ce qui reste de plus important dans Quo primum n'est pas la clausule mais la règle des 200 ans d'usage attesté pour qu'un rit liturgique soit reconnu et perdure, en concurrence avec le rit romain. Les 2 Formes adoptées par Benoît XVI renvoient à l'esprit de la bulle de saint Pie V sur ce point ; le motu proprio de 2007 corrige l'injustice de 1971-1974 comme Jules II l'avait fait en son temps.
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