Les non dupes errent, au nom du Père ? par Scrutator Sapientiæ 2011-08-09 00:10:17 |
|
Imprimer |
Bonsoir Steve,
A / Voici trois hypothèses de travail :
1. Des évêques, sinon les évêques,
- ne seraient absolument pas dupes, en ce qui concerne les limites du dialogue islamo-chrétien (les non dupes),
- persévèreraient dans leur adhésion, en surface, à ce dialogue (les non dupes errent),
- et se cantonneraient dans cette duplicité, dans la durée, sinon en profondeur, tout en exerçant leurs fonctions par ailleurs (les non dupes errent, au nom du Père) ?
J'avoue avoir du mal à souscrire à ce premier scénario.
2. Le communisme est une religion séculière, l'islam-isme serait, lui aussi, une religion séculière (ce qui est vrai par de nombreux aspects), or beaucoup de clercs communisants ont tourné casaque, quand le communisme s'est effondré, donc beaucoup de clercs islamophiles tourneront casaque, eux aussi,
- ou bien quand l'islam-isme se dévoilera dans ses aspects les plus contraignants à l'encontre des non musulmans,
- ou bien quand l'islam-isme s'effondrera finalement sur lui-même,
mais encore faut-il qu'il le fasse, ce qui peut prendre du temps...
J'avoue avoir à peine moins de mal à souscrire à ce deuxième scnénario, qui laisse entendre que nous sommes en présence, non plus de dupes volontaires, mais d'ignorants involontaires, ou d'opportunistes dotés d'un positionnement purement tacticien, les uns, hier, avec les communistes, les autres, aujourd'hui, avec les islam-istes.
3. Mais je crois davantage en la validité d'une troisième hypothèse de travail, que je résume à présent : je suis convaincu que les évêques les plus explicitement "islamophiles" sont eux-mêmes convaincus, en toute bonne foi, du bien-fondé de leur positionnement théorique et de leur sensibilité pratique, non plus confessante, mais dialoguante, non plus tournée vers le prosélytisme, mais vers le para-oecuménisme, dans leurs relations avec les croyants non chrétiens de religion musulmane.
B / Après tout, il faut et il suffit de croire que, dans le domaine de la religion,
- la certitude doctrinale ou historique, l'exactitude intellectuelle (qui découlent de l'Ecriture, de la Tradition, du Magistère, dans la manière de dire Dieu, son être, son agir, son projet pour l'homme, etc.), ont une valeur toute relative, toute subjective, CONDITIONNEES par une appartenance ou explicitation communautaire, ou par une inspiration ou origine contextuelle (et non absolument fondamentale et universelle, surnaturelle et théologale, en un mot : transcendante) ;
- les contradictions doctrinales ou historiques, les approximations intellectuelles, mises en avant par tel ou tel croyant non chrétien, ne sont pas des contradictions ni des approximations, mais des éléments de langage constitutifs d'une autre manière, tout aussi légitime et respectable, de dire à peu près, ou plus ou moins, la même chose, sur Dieu, sur l'homme, etc. ;
pour commencer à être « disponible » pour le dialogue, en ce qu'il a, frontalement, de moins "contaminant" et de plus "inoffensif", plutôt que pour l'annonce, délicate, difficile, courageuse, dangereuse, du Père, du Fils, et du Saint Esprit, en tant que seul vrai Dieu.
C / Faisons le parallèle (qui a sûrement ses limites) avec le communisme ; imaginons le propos suivant, qui était tout à fait envisageable, dans les années 1970 :
"Certains, communistes ou communisants, disent que les personnes déportées au Goulag sont avant tout coupables contre le peuple soviétique, et ils ont certainement leurs raisons de le dire ; d'autres, ni communistes, ni communisants, disent que les personnes déportées au Goulag sont avant tout victimes de l'Etat soviétique, et ils ont tout aussi certainement leurs raisons de le dire ; ni les uns, ni les autres n'ont globalement tort, la vérité se situant probablement "à mi-chemin", entre ces deux points de vue, dans cette affaire..."
D / Et maintenant, imaginons le propos suivant, qui est tout à fait imaginable, dans le contexte actuel :
"Certains, catholiques, recourent au Credo, pour proclamer leur foi en Dieu, et ils ont certainement de bonnes raisons d'y croire et de le faire ; d'autres, musulmans, recourent à la shahada, pour professer leur foi en Dieu, et ils ont tout aussi certainement de bonnes raisons d'y croire et de le faire ; les uns et les autres ont raison, chacun dans la cohérence globale, dans la logique interne, dans la sincérité de sa propre foi, et dans le respect de la foi des autres, dans cette affaire..."
E / J'accorde peut-être à certains le bénéfice tout relatif qu'il peut y avoir à posséder une manière de penser aussi élaborée qu’émolliente, mais je suis convaincu que c'est cela, et pas autre chose, le fond du problème : une "Gott-anschauung" qui dissocie
- la manifestation de Dieu, par Dieu lui-même,
de
- l'explicitation de la spécificité de cette manifestation, dans une diversité religieuse, dans une pluralité spirituelle, synonymes de contradictions doctrinales et historiques, toutes étant jugées d’origine immanente, purement humaines, ces contradictions étant à la fois
- différenciées, dans leur forme, et indifférenciées, dans leur fond,
- neutralisées et recouvertes, à grands coups de convergence dialoguante, fraternelle, pacifique, "pastorale".
F / On arrive au même résultat quand on ne fait plus la différence entre la vertu naturelle qu'est la vertu de religion et la vertu surnaturelle qu'est la foi théologale.
Ainsi, pour les uns, le prophète, c'est Jésus ; c'est sûrement vrai, puisqu'ils y croient en toute bonne foi, dans la cohérence et la sincérité de leur conviction religieuse ; pour les autres, le prophète, c'est Mahomet ; c'est sûrement vrai, puisqu'ils y croient de tout leur coeur, dans l'authenticité et la spécificité de leur croyance spirituelle.
G / L'intention des chrétiens, de croire en Jésus, en tant que leur prophète, étant a priori aussi légitime que l'intention des musulmans, de croire en Mahomet, en tant que leur prophète, on s’efforcera de venir à bout de la contradiction, notamment en convergeant et en dialoguant autour d’un double constat : Jésus et Mahomet, chacun à sa manière,
- d'une part, se sont adressés à Dieu, d'une manière différenciée, inspirée par Dieu lui-même, puis constatée et/ou relatée, et ont exhorté leurs disciples respectifs à le faire, à prier, eux aussi ;
- d'autre part, ont eu une certaine qualité de vie morale, d'une manière différenciée, inspirée par Dieu lui-même, puis constatée et/ou relatée, et ont incité leurs disciples respectifs à s'en inspirer et à la propager autour d'eux.
H / Que voudriez-vous répondre à quelqu'un qui vous "sortirait" tout cela, dans les termes les plus positifs, non pas « bien qu'il soit » catholique, mais « parce qu'il est » catholique ?
C’est bien là, en effet, tout le fond du problème ; en amont et surplomb, par rapport à telle ou telle manifestation de para-œcuménisme interreligieux, il y a, bienheureusement ou malheureusement (ce que je crois), de véritables convictions, une véritable réflexion.
Je vous souhaite une bonne nuit.
Scrutator.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|