Rupture et continuité : autour de Vatican I par origenius 2011-07-15 18:59:39 |
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Encore une petite réflexion sur la tradition, continuité et ruptures. Pour beaucoup il y a une rupture entre la constitution dogmatique Pastor æternus de Vatican I et la constitution dogmatique Lumen gentium de Vatican II. Or, on peut lire dans Lumen gentium, au début du chapitre sur la constitution hiérarchique de l’Eglise, qui renvoie ouvertement à Vatican I :
"Cette doctrine du primat du Pontife romain et de son infaillible magistère, quant à son institution, à sa perpétuité, à sa force et à sa conception, le saint Concile à nouveau la propose à tous les fidèles comme objet certain de foi."
La différence est que ce chapitre vient après celui sur "le Mystère de l’Eglise", et celui sur "le Peuple de Dieu", et qu’il est lui-même centré sur les évêques et non sur le pape.
La perspective est donc très différente. Le texte de Vatican I ne parle que du pape. Même s’il est vrai que le schéma sur l’Eglise fut réduit à cause de la guerre en Europe, le fait est que ce que nous avons est ce texte, qui correspond à l’état d’esprit de l’époque. État d’esprit que certains ont pris pour la tradition.
Mais, en caricaturant à peine, on peut dire que Pastor æternus nous montre l’Eglise constituée d’un pape tout-puissant et infaillible, et de sujets dont le seul devoir est d’obéir au pape. Il est impossible d’aller plus loin dans la direction opposée à celle du mystère de l’Eglise.
Et si le texte de Vatican II paraît en rupture avec l’état d’esprit qui prévalait à Rome en 1869, il renoue, comme texte conciliaire, avec la grande tradition qui, Dieu merci, n’avait jamais oublié que l’Eglise est d’abord le corps du Christ et son Épouse, donc un lieu de communion surnaturelle.
(On peut certes discerner de même, dans Lumen gentium, des aspects de l’état d’esprit des années 60, mais de façon moins grave – c’est surtout Gaudium et spes qui est terriblement marqué par l’air du temps).
La constitution Pastor æternus de Vatican I s’inscrit dans un contexte, et le sommet de la dérive est sans doute la lettre apostolique Reversurus. Elle est peu connue parce qu’elle ne concernait que l’Eglise arménienne. Mais elle est très importante, parce que dans ce texte Pie IX en arrive à nier la spécificité des Églises orientales.
Le patriarche n’est plus qu’un archevêque chargé d’appliquer ce qui est décidé à Rome, et de présenter au pape trois noms pour chaque évêché vacant, étant précisé que le pape peut nommer quelqu’un d’autre ; quant au synode, il n’est qu’une assemblée d’évêques chargée d’appliquer les ordres venus de Rome.
La lettre suscita de très gros remous au sein de l’Eglise arménienne. Et un tollé chez les melkites et les chaldéens : car Pie IX avait l’intention d’en étendre les dispositions à toutes les Églises d’Orient. Il décida d’attendre.
En fait, dès 1876, il supprima une des principales dispositions (c’était de nouveau le patriarche qui nommait les évêques), et, après l’avènement de Léon XIII, la lettre fut enterrée (et Léon XIII publia une encyclique interdisant la latinisation des Églises orientales, et inscrivit saint Cyrille et saint Méthode au calendrier romain).
Or il n’est pas sans intérêt de savoir que le texte se terminait par l’affirmation (sur deux pages…) que ses dispositions étaient décrétées par le Souverain Pontife pour toujours, que quiconque s’en écarterait encourrait la colère divine, etc.
Vu d’Orient, la constitution Pastor æternus de Vatican I fut en quelque sorte le sceau de Reversurus. Il est significatif que le seul patriarche à la voter fut l’arménien Hassoun (qui avait été nommé par Pie IX). Les deux tiers des évêques orientaux étaient partis de Rome pour ne pas avoir à voter ce texte. Car Pie IX exigeait l’unanimité.
Et il avait publiquement blâmé les patriarches melkite et chaldéen qui avaient osé critiquer un texte qu’ils jugeaient à juste titre imbuvable pour les orientaux. Et après le concile il envoya un légat exiger la signature du patriarche melkite, Grégoire Youssef. Celui-ci signa, en ajoutant la formule : "nonobstant les droits et privilèges des patriarches orientaux".
Ce qui mit Pie IX en fureur, et lorsque le patriarche revint à Rome et alla saluer le pape, quand il se baissa pour baiser la mule, Pie IX mit le pied sur sa nuque…
Il va de soi que tout cela est contraire à la tradition : dans les conciles, la liberté de parole est totale, et chaque évêque doit voter en son âme et conscience. Grégoire Youssef demandait seulement que soit respecté l’équilibre du concile de Florence…
Daoudal Hebdo N° 134
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Origenius
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