Le problème est bien doctrinal. Les divergences sont désormais bien connues entre le monde traditionnel et le Saint-Siège (réception du dernier Concile, attitude à l'égard de la nouvelle messe). Des formules pour élaborer une déclaration, qui puisse être signée par les deux parties, ont pu être trouvées. Elles ne visaient pas tant à résoudre défintivement les différends qu'à établir un modus vivendi.
Pour autant, il ne semble pas que ce soit la déclaration doctrinale qui ait fait échouer la conclusion d'un accord entre Rome et la FSSPX. Même en mai 1988, lorsque la situation était la plus favorable, c'est le contexte, les détails pratiques, manifestant une absence de confiance réciproque qui ont conduit Mgr Lefebvre à retirer sa signature : report de la date des sacres, demandes d'excuses, allusions à la célébration de la nouvelle messe à Saint-Nicolas du Chardonnet, etc., qui faisaient douter le prélat des réelles intentions de Rome. À l'époque, l'archevêque n'a jamais affirmé avoir signé un texte hérétique en parlant de la déclaration doctrinale du 5 mai. Il a juste indiqué que la volonté des autorités romaines de voir disparaître le milieu traditionnel le conduisait à attendre des moments plus propices pour conclure cet accord :
"Constatant cette volonté ferme des autorités romaines actuelles de réduire à néant la Tradition et de ramener tout le monde dans cet esprit de Vatican II et cet esprit d’Assise, nous avons préféré nous retirer" (Mgr Marcel Lefebvre, 30 juin 1988).
Au cours des décennies 2000-2010, la FSSPX a voulu s'assurer que l'accord n'était pas une façon de familiariser en douceur les communautés traditionnelles aux réformes et que l'œuvre puisse être reconnue catholique telle qu'elle était. Le pape Benoît XVI et son entourage avaient créé un climat plus favorable. Néanmoins, avant 2018, des signaux contradictoires entouraient les négociations. La façon dont étaient traités les Franciscains de l'Immaculée ou les Dominicaines du Saint-Esprit n'étaient pas de nature à apaiser la situation. Le fait qu'aucun pape ne célèbre publiquement la messe traditionnelle, du moins y assiste au trône, ont freiné les orientations de Summorum pontificum.
Évidemment, le Motu Proprio Traditionis custodes a gravement porté atteinte à tout le climat de confiance que Benoît XVI avait voulu instaurer et a finalement souligné les réelles intentions d'une bonne partie de la curie et du pape François : faire disparaître l'ancien missel à plus ou moins brève échéance.
Parallèlement et paradoxalement, François créait un accord pratique avec la FSSPX, en lui octroyant un statut par morceaux (Confessions, mariages, ordinations, juridiction de 1re instance) sans pour autant qu'une déclaration doctrinale ne soit signée. Ce n'est pas une autre voie qu'a souhaité explorer l'abbé Pagliarani dans sa lettre du 19 février 2026, demandant au Saint-Siège de permettre la poursuite de l'action de la Fraternité tout en bénéficiant d'une forme de juridiction. Cette fois, il sollicitait la possibilité de faire consacrer des évêques, autorisation a laquelle, de son vivant, le pape François avait indiqué verbalement ne pas être opposé.
Visiblement, le pontificat de Léon XIV a pris une orientation différente. Traditionis custodes est maintenu mais les faveurs envers la FSSPX, lui conférant un statut un peu baroque, sont suspendues.
On peut comprendre l'amertume de Mgr Pozzo qui n'a pas ménagé sa peine à l'endroit de la FSSPX. Mais je ne pense pas que la non conclusion d'un accord en 2018 dépende de l'élaboration d'une déclaration doctrinale, même si le sujet reste important. Il dépend, hier comme aujourd'hui, de la confiance envers les autorités sur les garanties que Rome peut assurer pour le maintien de la doctrine et de la liturgie traditionnelles. Or trois ans après 2018, Traditionis custodes a ruiné ces mêmes garanties qu'une figure comme Mgr Pozzo pouvait promettre. Ce texte a automatiquement renforcé la prudence de ceux qui soupçonnaient là une versatilité des promesses due aux antagonismes internes à la curie au gré des pontificats.
Reste à savoir comment Rome pourra rétablir un climat de confiance avec cette configuration.