Pétrarque a raison par Signo 2026-05-07 09:05:34 |
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Effet cliquet
Le document FS n’aurait servi à rien s’il ne s’était agi que de bénir des personnes, puisque bénir des personnes, l’Eglise l’a toujours fait, à toutes les époques.
L’objectif de FS était bien évidemment de permettre la bénédiction des couples, et de passer d’une doctrine claire (mais problématique, j’y reviendrai) à une doctrine ambiguë, permettant une généralisation de la pratique, autorisant une capitulation ultérieure de l’autorité devant le fait accompli.
La réalité est que FS ne sera jamais abrogé, du fait de l’effet cliquet et des rapports de force qui s’exercent au sein du catholicisme contemporain. Nous allons donc voir, dans certains pays au moins (peut-être pas la France, mais les pays germaniques certainement) une multiplication des bénédictions de couples qui s’apparaîtront à des mariages.
Comme d’habitude, Rome avec la lettre de 2024 tente de freiner mais sans aucune sanction à la clé. Donc cette lettre ne change rien et tout ce qu’elle refuse, le Vatican l’acceptera dans quelques années. Ce n’est pas un recadrage doctrinal, c’est un léger coup de frein dans un processus de « révolution douce » sur le plan doctrinal, coup de frein destiné à rassurer les conservateurs et maintenir l’unité factice du système. Le processus similaire a été observé dans de nombreux autres domaines.
Seulement voilà, la question est encore plus complexe qu’elle n’y paraît. Car derrière ces débats sur les questions de mœurs, il y a de réels problèmes et de vraies questions pastorales, qu’un simple conservatisme doctrinal ne suffit pas à résoudre de manière satisfaisante.
Le cœur du problème, à mon sens, c’est la rigidité institutionnelle et doctrinale du « catholicisme » moderne tel qu’il se développe depuis la fin du Moyen-Age. Alors que dans la tradition catholique ancienne, on reste fidèle aux principes pérennes tout en gardant au niveau local une souplesse pastorale permettant un discernement des pasteurs au cas par cas, en gardant toujours en vue le progrès spirituel de chaque personne dans sa situation concrète, dans le catholicisme moderne, la doctrine se présente comme un système rigide de syllogismes abstraits, déconnectés de la vie et des situations concrètes et imposée à tous de manière uniforme par une autorité centralisée. Ce système débouche sur une « théologie en noir et blanc », qui rend impossible tout discernement pastoral sur le terrain et toute prise en compte de la vie dans sa complexité. Comme la complexité du réel (constitué d’une infinie nuances de gris et non pas de noir et blanc) ne peut plus être prise en compte, la norme devient dans de très nombreux cas inapplicable. La rigidité des syllogismes abstraits, imposés par une autorité centralisée et unique mais éloignée des réalités du terrain, engendre donc inévitablement un laxisme pratique toujours plus massif.
Le progressisme ecclésial vient s’emparer de ce système pour le retourner, mais en le conservant dans ses caractéristiques essentielles et notamment dans son caractère binaire. Puisque la théologie d’hier voyait tout en noir, la théologie d’aujourd’hui voit tout en blanc. On passe d’un refus catégorique de toute union non conforme aux principes à une acceptation sans nuances de ces mêmes unions.
Dans les deux cas, le discernement du pasteur de proximité à la lumière des principes pérennes est impossible: tout dépend de ce qu’en décrète l’autorité centrale (feu rouge, feu vert), qui devient la source même des principes. Ainsi, un principe peut être aboli si l’autorité centrale, détentrice d’un pouvoir absolu, le décide (« Je pense qu’il est très improbable, certainement dans un proche avenir, que la doctrine de l’Eglise en ce qui concerne l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité ou sur le mariage puisse changer. »; « Je pense que l’enseignement de l’Eglise continuera tel qu’il est, et voilà ce que j’ai à en dire pour le moment. »). Autrement dit, la doctrine est maintenue pour l’instant, non pas parce qu’elle est vraie et attestée par le double témoignage de l’Ecriture et de la Tradition, et seulement confirmé par l’autorité, mais parce que l’autorité en a décidé ainsi. Le jour où l’autorité en aura décidé autrement, la doctrine changera. Dès lors, la vie chrétienne n’est plus l’adhésion personnelle, intelligente et consciente à la vérité reçue et vécue dans l’Eglise, mais elle ne consiste plus qu’à obéir aveuglément à une autorité déifiée, abolissant ainsi toute pensée personnelle. Dans pareil système, l’Ecriture et la Tradition ne subsistent plus qu’à l’état purement décoratif, puisqu’en définitive, c’est l’Autorité, et elle seule, qui devient, non plus la servante d’une vérité qui la dépasse, mais la source même d’une vérité purement arbitraire et nominaliste.
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