Comment résoudre par le haut la difficulté posée par Dignitatis Humanae ? par Candidus 2026-01-15 16:03:37 |
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La déclaration Dignitatis Humanae (DH) sur la liberté religieuse est-elle conciliable avec la Tradition, notamment avec l’enseignement des papes du XIXème siècle et du Syllabus ? Ce thème a fait l’objet d’une multitude d'interventions sur le forum et je me garderai bien de rouvrir ce débat. Mon ambition est plus consensuelle, je voudrai proposer une manière de surmonter la difficulté que pose la déclaration sans pour autant obliger un des deux camps en présence (rupturiste vs. continuiste) à se renier. C’est ce que l’Eglise a fait lors de la signature en 1596 de l’accord conduisant à l’union de Brest qui a conduit au retour à l’unité romaine de l’Eglise gréco-catholique ruthène. Il existait, entre autres difficultés, une divergence sur la question du Fiioque, plutôt que d’obliger soit les Romains soit les Ruthènes à se renier, on a surmonté la difficulté sur la base de cette déclaration signée par les Ruthènes :
« Comme il existe une querelle entre les Romains et les Grecs au sujet de la procession du Saint-Esprit qui empêche l’unité […] nous demandons de ne pas être soumis à une doctrine différente de celle qui nous a été transmise par le Saint-Esprit, par l’évangile et par les écrits des Docteurs Grecs… »
Très habile, n’est-ce pas ? Car qui voudrait obliger les Ruthènes à renoncer à une doctrine transmise par le Saint-Esprit, l’évangile et les Docteurs grecs ? Mais on se garde bien de préciser la nature de cet enseignement puisque Romains et Ruthènes divergent sur ce point… Peu importe, tout le monde s’est contenté de cette formulation, cet accord a produit de très bons fruits, et le problème du Filioque, avec le temps, a été dépassé. C’est une démarche de ce type que je suggère au sujet de DH.
Ma proposition n’a rien d’original, elle est basée sur l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise catholique relatif à la liberté religieuse, auquel la communauté St Vincent Ferrier a fortement contribué :
DH affirme que la personne humaine possède un droit naturel à la liberté religieuse, fondé sur sa dignité, et que l’exercice de ce droit « ne peut être entravé dès lors que demeure sauf un ordre public juste (iustus ordo publicus) » (DH§ 2). Le sens de cette expression est déterminant pour évaluer la continuité de ce texte avec le magistère antérieur.
Si l’on comprend "iustus ordo publicus" au sens de simple coexistence civile, comme le faisaient John Courtney Murray et plusieurs rédacteurs de DH, une harmonisation avec la Tradition est difficile.
Si l'on considère cette expression comme synonyme de “bien commun”, entendu dans toute son ampleur, DH devient conciliable avec la Tradition parce que la notion de “bien commun”, telle que définie par Gaudium et Spes (§ 74, 4), inclut non seulement l’ordre temporel, mais aussi l’ordre moral, en vue du perfectionnement intégral des citoyens :
“l’exercice de l’autorité politique, soit à l’intérieur de la communauté comme telle, soit dans les organismes qui représentent l’État, doit toujours se déployer dans les limites de l’ordre moral, en vue du bien commun” (GS § 74, 4)
Dès lors, DH peut être interprétée ainsi : l’État doit protéger et promouvoir le bien commun, ce qui implique aussi une responsabilité morale et religieuse. Il doit donc, autant que la prudence le permet, favoriser la vraie religion et écarter ce qui nuit au salut des âmes.
Cette interprétation est celle de l’article 2109 du Catéchisme de l’Église catholique, qui commentant DH (§ 7), l’interprète ainsi :
« Le droit à la liberté religieuse ne peut être de soi ni illimité (cf. Pie VI, bref Quod aliquantum), ni limité seulement par un “ordre public” conçu de manière positiviste ou naturaliste (cf. Pie IX, Quanta cura). Les “justes limites” qui lui sont inhérentes doivent être déterminées pour chaque situation sociale par la prudence politique, selon les exigences du bien commun, et ratifiées par l’autorité civile selon des règles juridiques conformes à l’ordre moral objectif. » (CEC 2109).
Ainsi, le Catéchisme exclut explicitement la lecture positiviste ou minimaliste de l’« ordre public », et confirme que les limites de la liberté religieuse doivent être définies en fonction du bien commun et de l’ordre moral objectif. Cela signifie que DH peut être lu dans la continuité du magistère antérieur, et non comme une rupture.
Il reste vrai que l’intention des rédacteurs de DH allait dans le sens d’une limitation de l’État à la seule préservation de la « paix civile » ; mais, en fin de compte, ce qui fait l’autorité de cette déclaration ambiguë c’est plus l’interprétation qu’en donne le magistère que les intentions plus ou moins avouées de ses auteurs. Le fait même que le Catéchisme, promulgué sous Jean-Paul II, ait intégré cette clé herméneutique montre qu’une interprétation traditionnelle de ce texte est possible.
Il suffirait donc que le magistère fige dans le marbre magistériel cette interprétation traditionnelle de DH et condamne les autres interprétations rupturistes pour que le problème posé par cette déclaration disparaisse. On accompagnerait cette mesure d’une interdiction de polémiquer sur ce texte, et on passerait à des choses plus importantes.
Enfin, si l’on objecte que cette interprétation conservatrice réduit la portée novatrice du texte conciliaire, on peut répondre que cette limite correspond précisément au caractère particulier de Vatican II, concile pastoral qui n’a pas voulu définir de dogmes nouveaux mais proposer des orientations à recevoir dans la continuité de la foi.
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