Père Osyp (Joseph) Shukhevych et sa famille par Ludwik 2026-01-05 17:29:26 |
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Le père Joseph Shukhevych est né le 4 janvier 1816.
Prêtre gréco-catholique ukrainien, il fut une figure exemplaire du renouveau ukrainien du XIXᵉ siècle et du mouvement national éponyme.
Exemplaire, il l’est d’abord par sa vie. Ordonné prêtre en 1840, il fonde des écoles et mène une vie pastorale et intellectuelle particulièrement riche. Il est lié d’amitié avec tout ce que compte l’intelligentsia ukrainienne de son époque.
Exemplaire, il l’est aussi par sa famille, illustrant à merveille le rôle structurant des familles de prêtres dans les sociétés de l’Orient chrétien, et tout particulièrement pour la nation ukrainienne — nation sans État, et donc sans élite politique ou administrative propre.
Il aura douze enfants, qui tous (à l’exception de deux morts en bas âge) deviendront des acteurs du mouvement national ukrainien. On compte parmi eux un fils prêtre (Evgenii), une fille (Olga) qui épousera un prêtre, mais aussi un ethnographe célèbre et un diplomate.
Parmi ses petits-fils, on retrouve notamment :
- Markel Rozhankovsky, médecin de marine, fondateur du service de santé de la flotte du nouvel État ukrainien en 1918 (il épousera une fille de prêtre) ;
- Teodor Rozhankovsky, premier commandant des fusiliers ukrainiens de la Sitch, puis chef de l’Armée galicienne ukrainienne ;
- Stepan Shukhevych, fils du père Evgenii — donc lui-même fils et petit-fils de prêtre — commandant militaire de Lviv durant la ZUNR ;
- Izydor, colonel de l’armée autrichienne, renvoyé pour soupçons de sympathies pro-serbes ;
etc.
Mais le membre le plus connu de la famille demeure Roman Shukhevych, commandant de l’UPA (l’Armée insurrectionnelle ukrainienne).
Toute la vie de ce dernier fut consacrée à la lutte pour l’indépendance de son pays. Quelques éléments de sa biographie méritent d’être rappelés :
- Engagé très jeune dans le mouvement national ukrainien, il est emprisonné par la Pologne de l’entre-deux-guerres dans des conditions extrêmement dures.
- La Seconde Guerre mondiale est pour lui une période terrible : son frère est torturé à mort par le NKVD, puis son corps est exposé dans la rue.
- En juin 1941, il est de facto allié aux Allemands (Commandant bataillon Nachtigall), sans que cela l’empêche de sauver Irina Reichenberg (morte à Kiev en 2007), une petite fille juive et voisine, qu’il fera cacher dans un monastère gréco-catholique.
- Après un an de service, tous les soldats sous son commandement refusent de poursuivre leur engagement. Le 6 janvier 1943, les officiers sont transférés sous escorte de Moguilev à Lviv, où ils arrivent le 8 janvier 1943. Roman Shukhevych, sachant que les officiers sont arrêtés, parvient à s’évader.
- En 1943, il devient chef de l’UPA, se révélant à la fois un chef militaire et un dirigeant politique remarquable.
- Après la guerre, une gigantesque traque est lancée contre lui, qui ne s’achèvera qu’en 1950, avec sa mort, abattu par le MGB.
==> Son fils Yuri passera 44 ans dans les camps et prisons soviétiques. Devenu aveugle, il pourra rentrer en Ukraine en 1990, et mourra en 2022.
Du père Jospeh, né en 1816, arrière-arrière-grand-père, prêtre et figure de l’intelligentsia ukrainienne, à Yuri mort en 2022, c’est un condensé de l’histoire galicienne et ukrainienne qui se déploie. Comment montrer plus clairement le rôle du clergé dans la survie de la nation ?
P.S. : Détail intéressant — la maison où Roman fut abattu par le MVD a été transformée en musée… musée qui sera détruit le premier janvier 2024 par un drone russe. La guerre aux défunts et la haine transgénérationnelle sont des caractéristiques récurrentes de ces régimes, qu’ils soient républicains en France ou soviétiques à Moscou.
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