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31 décembre (nouveau Style) 1596, naissance de Pierre Mohyla.
par Ludwik 2025-12-31 12:03:24
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L’un des plus grands métropolites de Kyiv.
Un maître réformateur qui influencera profondément l’ensemble de l’orthodoxie slave, ukrainienne et russe.

Figure emblématique de la renaissance orthodoxe ukrainienne au XVIIᵉ siècle, à une époque où l’orthodoxie est soumise à de fortes influences calvinistes et où se pose avec acuité la question de l’union des Églises sur les terres ukrainiennes (l’Union de Brest a lieu l’année même de sa naissance).

Issu d’une grande famille princière roumaine, il reçoit une éducation de très bon niveau, à Lviv, Zamosc, etc.
Lui qui n’est donc pas ruthène jouera un rôle décisif dans la formation de l’identité ruthène — ou ukrainienne — moderne.

Il fonde notamment l’Académie Mohyla de Kyiv (1632), précurseur de l’université nationale. Sa production éditoriale est considérable : catéchismes, euchologes, psautiers et traités théologiques.

Le but n’étant pas de détailler sa biographie, je vous propose quelques mots sur trois aspects majeurs de son action, avant de conclure sur son attitude à l’égard de l’union avec Rome.

1. Son opposition à l’esprit calviniste à Constantinople

Mohyla s’oppose fermement aux influences calvinistes qui imprègnent alors le Patriarcat œcuménique de Constantinople (la prédestination et la grâce).

Lors de ses voyages et de ses correspondances avec le patriarche Cyrille Loukaris — admirateur discret de Calvin — Mohyla dénonce ces « dérives » comme une contamination à la fois latine et réformée.
Il défend vigoureusement la présence réelle eucharistique contre les interprétations symboliques calvinistes.
Sa mission à Constantinople en 1627-1628 vise explicitement à purger ces influences.

Dès l’année de sa naissance, l’Union de Brest avait d’ailleurs eu pour cause, au moins en partie, la dégradation théologique de l’Église orthodoxe et sa protestantisation.

2. Sa réforme du chant d’Église

Mohyla entreprend une réforme systématique du chant ecclésiastique afin d’unifier et de purifier la liturgie orthodoxe ukrainienne, alors fragmentée par des variantes locales et des influences catholiques ou protestantes.

Il compile et standardise les mélodies dans son Euchologion ou Trebnyk (1646), rituel complet imprimé à la laure de Kyiv-Petchersk, qui devient le manuel liturgique de référence pour l’Europe orientale.
Cette œuvre encyclopédique intègre l’Octoèque (les huit modes byzantins), tropaires et kondakia, tout en éliminant les syncrétismes (notamment polonais).

Il fonde également des écoles de chant à la laure et à l’Académie, formant des chantres professionnels.

Même si Kyiv n’est pas encore sous domination moscovite, c’est cet héritage liturgique qui sera ensuite capté par Moscou, déclenchant les réformes qui mèneront au schisme des Vieux-Croyants.
La tradition liturgique moscovite antérieure ne sera dès lors conservée que par ces derniers.


3. L’institution de séminaires sur le modèle tridentin

Mohyla met en place un système de formation cléricale novateur, directement inspiré des réformes tridentines.

En 1632, il fonde l’Académie Mohyla de Kyiv, premier établissement orthodoxe d’enseignement supérieur en Europe orientale.
Le cursus y est dispensé en latin et comprend la philosophie scolastique (Aristote via Thomas d’Aquin), la théologie dogmatique, la rhétorique ainsi que les sciences (mathématiques, astronomie), formant prêtres, évêques et laïcs instruits.

Cette institution et le réseau d'écoles qui lui sont liées, explique la domination scientifique, théologique, et culturelle qu'aura Kiev dans l'empire russe, quand celui ci occupera les terres ruthénes.

4. Son héritage et son rapport à l’union avec Rome

Son héritage est aujourd’hui revendiqué aussi bien par les orthodoxes que par les gréco-catholiques, bien qu’il ne se soit jamais uni à Rome formellement en tant que métropolite de Kyiv.

Le cardinal Slipyi le cite d’ailleurs dans son testament comme l’un des grands métropolites de Kyiv. Il est possible qu’il soit représenté dans la basilique Sainte-Sophie des Ukrainiens à Rome, mais je ne m'en souviens plus...

Le rapport de Mohyla à l’Union de Brest (1596) a beaucoup évolué. D'opposant résolu dans sa jeunesse — il combat alors les "uniates" qu’il considère comme des « traîtres » à l’orthodoxie, il écrira un Projet d’Union (1645), manuscrit latin conservé à Rome et publié en 1928, il (re)propose une union : reconnaissance de la primauté pontificale au service de l’unité, mais respect des patriarcats autocéphales et du rite byzantin, sans latinisation.

Son maître, Job Boretsky, (Aïeul de Mykola Boretsky) métropolite de Kyiv, avait lui aussi souhaité l’union, sans toutefois parvenir à la réaliser.

Il a été canonisé par les Églises orthodoxes ukrainienne et russe, bien que son action soit vivement critiquée par l’historiographie russe (pour occidentalisme).


Bon, le post est un peu long, je me demande si des courageux sont érrivés jusque là...
Mais on ne peut pas comprendre l'histoire du christianisme ukrainien (et russe) sans connaitre au moins ce nom.



     

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 31 décembre (nouveau Style) 1596, naissance de Pierre Mohyla. par Ludwik  (2025-12-31 12:03:24)
      Merci. Un lien très intéressant avec le raskol par Tonailys  (2026-01-03 22:50:45)
          deux éléments et quelques remarques par Ludwik  (2026-01-04 10:26:08)
              Les Voies de la théologie russe par Tonailys  (2026-01-04 20:55:23)


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