19 décembre 1879, naissance de Mykola Boretsky, métropolite orthodoxe de Kyiv et de toute l'Ukraine par Ludwik 2025-12-29 18:39:27 |
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Un petit mot d’introduction, tout d’abord.
Ce post est consacré à un métropolite orthodoxe, ce qui, sur un forum catholique, peut paraître étonnant.
Mais il faut bien comprendre que toute la partie de l’Ukraine — ainsi que la Biélorussie — qui fut sous domination russe puis soviétique était historiquement gréco-catholique (au moins toute la rive droite du Dniepr).
Et que l’Église orthodoxe ukrainienne fut, théologiquement, la plus proche de l’Église catholique parmi les Églises orthodoxes.
Cela pour plusieurs raisons :
- la circulation des idées entre les différentes parties de l’Ukraine, malgré l’occupation par des puissances différentes ;
- l’institution de séminaires (sur le modèle tridentin) dans l’orthodoxie ukrainienne par le grand métropolite de Kiev Pierre Mohyla, qui fit ses études chez les jésuites, avec l’adoption de la méthode scolastique (point capital).
Or, les Églises et leurs prêtres jouent un rôle capital dans une société où ils tiennent lieu de petite aristocratie — l’aristocratie au sens classique du terme servant l’État de la puissance occupante.
Les prêtres et leurs familles furent ainsi les cadres de cette nation sans État.
Cela explique que, malgré une très longue séparation des deux parties de l’Ukraine — celle qui fut sous domination russe (UNR) et celle qui fut sous domination austro-hongroise (ZUNR) —, celles-ci signèrent, dès que les circonstances le permirent, un acte d’union en 1919.
Autrement dit, en 1919, la nation ukrainienne était suffisamment formée pour que deux parties de l’Ukraine, après des siècles de séparation, choisissent de se « réunir ».
C’est dans ce contexte politique qu’évoluait l’Église gréco-catholique, et c’est avec l’Église orthodoxe ukrainienne — ou plutôt avec ses tentatives de renaissance hors de la tutelle moscovite — qu’elle n’a cessé de dialoguer.
L’homme qui nous occupe sera donc le deuxième métropolite de l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne, rétablie en 1921. Il est par ailleurs un descendant du métropolite de Kyiv Job Boretsky.
Il naît le 19 décembre 1879 dans la province de Kyiv, au sein d’une famille de prêtres.
En 1901, il obtient son diplôme du séminaire théologique de Kyiv (Patriarcat de Moscou, le seul existant dans l’Empire russe) et suit des cours de pédagogie de courte durée à Kharkiv en 1902.
Il est ordonné prêtre en 1904.
À l’automne 1914, Boretsky part pour le front de la Première Guerre mondiale, où il sert comme aumônier du 250ᵉ régiment d’infanterie.
Après son retour du front, au printemps 1917, il devient recteur de la cathédrale Saint-Nicolas de la ville de Haisyn et est rapidement élu président du conseil municipal.
En 1918, sous le régime de l’hetman Skoropadsky, l’évêque de Podolsk de l’Église orthodoxe russe, Pimen (Pegov), fervent russificateur — qui deviendra plus tard exarque de l’Église du Renouveau pro-bolchévique —, interdit à Mykola Boretsky d’exercer son ministère sacerdotal.
Mais la paroisse refuse l’abbé envoyé par Pimen. En juin 1919, l’interdiction est réitérée, mais en vain.
Durant l’été 1921, persécuté par les autorités soviétiques, le père Mykola déclare son affiliation à la toute nouvelle Église orthodoxe autocéphale ukrainienne. Une cinquantaine d’autres prêtres le suivent et, avec leurs paroisses, rejoignent l’Église orthodoxe ukrainienne.
Fin octobre 1921, en la cathédrale Sainte-Sophie de Kyiv, le Conseil orthodoxe panukrainien élit le père Boretsky évêque de la région de Haisyn. Peu après son élection, Boretsky est arrêté et détenu pendant deux mois.
Lors du deuxième concile orthodoxe panukrainien d’octobre 1927, l’évêque Mykola Boretsky de Haisyn est élu métropolite de Kyiv et de toute l’Ukraine, en remplacement de Vasyl Lypkivsky, destitué à la demande des autorités soviétiques.
Le 3 janvier 1930, le métropolite Boretsky est interrogé par le GPU de Kyiv au sujet de ses sermons prononcés à la cathédrale Saint-Michel-au-Dôme-d’Or de Kyiv.
Le 29 janvier 1930, lors d’un concile extraordinaire, les officiers du GPU le contraignent à signer un acte d’« auto-liquidation » de l’Église.
En mars-avril 1930, le métropolite Boretsky est interrogé à plusieurs reprises par le GPU, vraisemblablement afin de déterminer s’il était impliqué dans lorganisation de l’Union pour la libération de l’Ukraine (SVU), orgnaisation fictive, imaginé par le GPU pour détruire l'intelligentsia ukrainienne.
Le 2 avril 1930, il est accusé d’avoir, « usant de sa position de métropolite de l’Église autocéphale, mené une activité antisoviétique en 1929 et au début de 1930, consistant en des discours systématiques prononcés depuis la chaire de la cathédrale Sainte-Sophie de Kyiv, discours contre-révolutionnaires visant à éduquer la population dans un esprit antisoviétique ».
Le 17 juin 1930, Boretsky est arrêté.
Le 4 juillet, il est condamné à huit ans de camp.
Il y tombe gravement malade. Boretsky refuse de signer une déclaration adressée au pape de Rome affirmant qu’il n’y avait pas de persécution religieuse en Union soviétique.
Torturé, il sombre dans la folie et, très malade, est transféré au camp de concentration de Solovki, puis, considéré comme un malade mental incurable, à l’hôpital psychiatrique de Leningrad.
Les dernières informations concernant l’état désespéré du métropolite datent de 1935. Son sort ultérieur demeure inconnu.![]()
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