deux éléments et quelques remarques par Ludwik 2026-01-04 10:26:08 |
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Merci de votre message,
B. B. a manifestement plus de succès que Mohyla !
Je me permets toutefois de reprendre deux éléments importants.
1) Le schisme des Vieux-Croyants et la réforme de Nikon
Pour l’ensemble des historiens spécialistes de cette réforme, le lien entre le schisme (raskol) et l’appropriation des terres ruthènes par la Moscovie est un élément déterminant.
Le problème récurrent est que l’historiographie française sur ces questions est extrêmement faible : elle s’appuie presque exclusivement sur des sources secondaires russes ou soviétiques.
On trouve ainsi en France des histoires de la Russie parlant d’un « Moyen Âge russe »… qui n’a jamais existé.
La raison est simple : les termes Russie, russe et Rus’ — ou plus justement Ruthénie — ne recouvrent pas la même réalité, même si ces réalités ne sont pas sans lien.
Il existe cependant une rupture majeure : l’invasion mongole.
Cette invasion coupe pendant plusieurs siècles les villes du Nord (future Moscovie) de la Ruthénie kiévienne.
Le seul lien direct reste Novgorod — qui sera conquise, pillée et détruite par Ivan IV (au moins 60 000 morts, 1570)
Il est tragique de constater que le discours historique russe (ou moscovite), prétend à une continuité directe avec la Ruthénie de Kiev, au prix d’une appropriation historique (ne serait-ce que du nom de Russie) et, hélas, de centaines de milliers de morts, à commencer par ceux du "raskol".
Le raskol a par ailleurs vidé de sa substance l’« orthodoxie russe » qui, sous l’influence protestante allemande de ses souverains, perdra peu après son patriarcat.
2) L’influence protestante dans la théologie et l’ecclésiologie moscovites
Il faut bien comprendre que de Pierre le Grand à 1917, l’orthodoxie russe est gouvernée par un Saint-Synode, lui-même présidé par un ober-procureur laïc, nommé par le souverain.
Ce laïc sera très souvent, au XIXᵉ siècle, franc-maçon et membre de diverses sociétés bibliques — la première société biblique étant celle de Londres.
Par ailleurs, l’« orthodoxie russe », et pas seulement russe, a largement puisé dans l’argumentaire protestant pour lutter contre le « papisme ».
Tout cela est très bien documenté dans un ouvrage majeur, traduit en français et applaudi par les Russes eux-mêmes :
Les Voies de la théologie russe de Georges Florovsky.
Quelques précisions nécessaires sur les mots et les réalités
Encore une fois, il faut se méfier des mots :
le terme orthodoxie russe recouvre plusieurs réalités très différentes selon les périodes.
Un peu comme le judaïsme vétérotestamentaire diffère profondément du judaïsme talmudique.
Avant 1596 (Union de Brest) — même s’il y a déjà eu Florence (refusée par Vassili II, qui emprisonne Isidore de Kiev) — l’orthodoxie russe est une Église locale séparée de Rome essentiellement pour des raisons canoniques.
Après 1596, les orthodoxes au sens propre sont les catholiques orientaux unis à Rome.
Ceux qui refusent l’Union proviennent d’un anti-synode tenu à Brest, réunissant antitrinitaires, protestants et orthodoxes opposés à l’Union.
Trois remarques finales:
1) L’ecclésiologie russe est inacceptable tant du point de vue orthodoxe que catholique : elle décrit l’Église orthodoxe comme une confédération d’Églises locales.
2) En 1917, l’Église russe ne pleure nullement la chute du tsar — bien au contraire.
La lecture des témoignages de l’époque est édifiante : enfin libérée de la tutelle du pouvoir séculier (qui signait jusqu’aux canonisations), elle convoque immédiatement un concile et élit un patriarche.
3) Le point final de l’histoire de l’Église russe se situe lors des persécutions staliniennes, quand Staline liquide purement et simplement l’Église.
Sa « reconstitution » en 1943, à la demande de Staline, est artificielle et théologiquement douteuse, à tel point que les prêtres et évêques passant au catholicisme sont depuis réordonnés sous condition.
Il en reste une façade brillante : liturgie et chœurs…
La tradition musicale religieuse moscovite est en réalité bien plus riche et plus intéressante, mais elle est aujourd’hui difficilement accessible, car seuls les Vieux-Croyants la conservent — et encore, avec difficulté.
NB: Il y aurait une bibliothéque a écrire pour démonter ces supercheries.
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