Cassingena-Trévedy a deux visages par Signo 2025-12-27 15:44:37 |
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C’est un moine et c’est un boomer.
Tout cela ressort de ce qu’il dit dans le quatrième épisode, à partir de la 47e minute.
C’est un moine, donc il a une spiritualité à la fois dépouillée et incarnée, centrée sur l’essentiel: la vie intérieure, le travail et la liturgie. Fidèle en cela à la tradition monastique la plus ancienne, il est capable de porter un regard prophétique et donc critique sur l’Eglise et le monde, en dénonçant souvent avec justesse les multiples déformations que le catholicisme contemporain fait subir à la vérité chrétienne. Je le rejoins dans sa dénonciation d’un « rapport masturbatoire à la louange », notamment chez les charismatiques (cf. Glorious), le côté « kitsch » et d’ailleurs « récent, XIXe voire plus tardif » du décorum traditionaliste (que je dénonce moi-même régulièrement sur ce forum), la « chosification » et le « rapport magique à l’Eucharistie » que l’on retrouve un peu dans toutes les mouvances « cathos » d’aujourd’hui (progressistes exceptés, mais ils sont sur le déclin).
Tout cela relève d’une spiritualité post-moderne artificielle et inauthentique (même quand elle est sincère), généralement purement émotive ou sentimentale, bien éloignée de l’authentique spiritualité chrétienne fondée sur la Bible et portée par la tradition liturgique et les psaumes, spiritualité profonde, solide, réaliste à laquelle aujourd’hui seule une partie du monde monastique est resté fidèle.
Et puis j’apprécie et partage son désir de prendre une distance toute monastique avec l’institution ecclésiale, prisonnière d’un système structurel de pouvoir dont la gestion calamiteuse des multiplies abus et la persécution de la liturgie traditionnelle a largement montré le caractère néfaste et dangereux.
Le problème, c’est que Fr. Cassingena-Trévedy est aussi un boomer. Malgré sa pratique d’une spiritualité liturgique assez traditionnelle, il est resté prisonnier de bien des schémas mentaux qui régnaient dans les années 1970. « Réécrire » ou « reformuler le Credo avec des mots d’aujourd’hui » est une lubie typiquement boomer. Il ne semble pas s’apercevoir que cela a déjà été fait, partout, dans toutes les paroisses, depuis cinquante ans, avec les résultats que l’on sait. Il faut évidemment garder le Credo tel qu’il est (ne serait-ce que pour des raisons œcuméniques!), et l’expliquer de manière adaptée à travers la catéchèse.
Par ailleurs, comme tous les boomers, il ne comprend rien aux besoins spirituels de la jeunesse actuelle et en particulier de son besoin d’identité. Comme le boomer a grandi dans une société encore majoritairement et culturellement chrétienne, pour lui l’affiliation identitaire est une évidence, il est donc radicalement incapable de comprendre ce que signifie avoir vingt ans en 2025: cela signifie vivre dans un vide spirituel, culturel, identitaire abyssal, alors que c’est précisément en entrant dans la vie active qu’on a besoin de repères stables, clairs et solides pour pouvoir se construire. Fr. Cassingena est attaché à la tradition grégorienne tout en revendiquant sa proximité avec un certain modernisme et en tenant des positions « progressistes », sans s’apercevoir que ce sont précisément les progressistes qui ont volontairement détruit ce qui restait de la tradition, notamment grégorienne, rendant possible toutes les déviances et tous les déséquilibres qu’il dénonce par ailleurs.
Malgré tout cela, le personnage malgré toutes ses outrances et ses angles morts m’est sympathique et il me plairait de le rencontrer un jour.
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