Une « banalisation » de la messe tridentine ? Ces catholiques qui prient aussi bien en latin qu’en français par Dam 2025-12-12 11:53:46 |
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Bonjour,
Un article de La Croix, https://www.la-croix.com/religion/une-banalisation-de-la-messe-tridentine-ces-catholiques-qui-prient-aussi-bien-en-latin-qu-en-francais-20251211
Une « banalisation » de la messe tridentine ? Ces catholiques qui prient aussi bien en latin qu’en français
Matthieu Lasserre, Eve Guyot
Alors que les chants grégoriens résonnent encore à l’intérieur de l’église Saint-Georges, dans le vieux Lyon, plusieurs pères de famille sont déjà sur le parvis pour faire prendre l’air à leurs enfants. Parmi eux, Grégoire, 31 ans. Ce Lyonnais a commencé à fréquenter la paroisse il y a cinq ans pour suivre sa femme, adepte de la messe en latin. Plein d’a priori sur « ce monde des cathos tradis », il alterne désormais sans problème avec le rite ordinaire : « Il y a d’abord la place du silence qui favorise mon recueillement et, plus étrangement, le pouvoir du latin. »
La langue, qui l’avait éloigné de la religion lors de son passage dans un établissement scolaire traditionaliste, à l’adolescence, l’a finalement reconnecté à sa foi. « Issu de l’adoption, j’avais aussi très peur de ne pas avoir ma place ici, mais j’avais tout faux », tient-il à raconter, estimant y avoir trouvé une « vraie diversité ».
Alors que la messe touche à sa fin, le profil des fidèles se dessine devant la porte : de nombreuses familles avec enfants en bas âge, une poignée de personnes âgées, quelques étrangers de passage dans la ville. Mais aussi et surtout des jeunes adultes. « Ils sont de plus en plus nombreux à venir ici, mais sans s’empêcher, toutefois, d’aller assister à la messe ailleurs et autrement », observe l’abbé Mathieu Grenier, chapelain de Saint-Georges.
Une jeunesse des deux rites
Les observations du prêtre dépassent la seule capitale des Gaules. Selon une étude Bayard-La Croix menée par l’Ifop, 9 % des pratiquants réguliers déclarent que la messe en latin est leur messe préférée, et 25 % indiquent aimer « autant la messe en latin que la messe en français ». Au total, 67 % des catholiques se rendant à la messe chaque semaine déclarent a minima n’avoir rien contre le rite tridentin.
Ainsi, depuis quelques années, émerge une génération de « bi-ritualistes », de catholiques adeptes des deux missels, loin des clivages historiques entre traditionalistes et conciliaires. Les records d’affluence au pèlerinage de Chartres à la Pentecôte attestent cette tendance : le rassemblement attire aujourd’hui bien au-delà de la sphère « tradi ».
La Croix a voulu comprendre ce phénomène : comment les deux rites peuvent-ils être complémentaires et nourrir la foi des uns et des autres ? Et surtout, qui sont ces catholiques capables d’alterner les liturgies, d’un jour ou d’une semaine à l’autre ? La plupart des fidèles interrogés sont de jeunes adultes, âgés de moins de 35 ans, vivant pour la plupart dans les grandes villes – où l’offre des messes leur offre le choix. Refusant les étiquettes de sensibilité, ils ne se reconnaissent pas dans le péril d’une « Église parallèle » qu’avait invoqué le pape François en 2021 pour restreindre la célébration de la messe en vigueur avant le concile Vatican II.
C’est le cas de Robin, Parisien de 33 ans. Converti depuis une dizaine d’années, il fréquente aussi bien la messe tridentine à Saint-Eugène-Sainte-Cécile (9e arrondissement) que la messe ordinaire dans la paroisse Saint-Roch, dans le centre de Paris, où sont célébrées les deux formes de messe. Son seul critère : la beauté de la célébration. « Le beau fait partie de la mission de l’Église, et je veux, pendant une heure le dimanche, pouvoir prier ainsi, déclare-t-il. Nous avons besoin de beau, de latin, d’une musique qui prend aux tripes, d’être à genoux. Notre cerveau n’est pas toujours à la hauteur du bon Dieu, alors que la liturgie nous aide à caresser le divin. » Comme lui, 20 % des messalisants souhaitent que la liturgie soit « un retour à davantage de tradition et de sacré ».
Prière, silence et communauté
Si Robin navigue d’un rite à l’autre, c’est parce qu’il trouve, dans chacun, des apports spirituels. « Je préfère les homélies de la messe Paul VI, qui entrent en dialogue avec ma vie quotidienne, ajoute le jeune père de famille. Dans le rite tridentin, il y a d’un autre côté une portée symbolique qui m’incite à entrer plus en profondeur dans le mystère : les statues recouvertes, les fleurs dans l’église, les couleurs des ornements… C’est un catéchisme à portée de main. » Chacun affirme ainsi varier les formes pour y trouver son compte, à condition que la célébration soit soignée.
Née dans une famille non pratiquante, Florence, ingénieure de 27 ans, a pour sa part découvert la messe tridentine à travers des rencontres sur Internet. « Je me suis sentie portée intérieurement par une version du sacré tournée vers la méditation », appuie la jeune femme. Dans la messe Paul VI, elle apprécie aussi l’aspect communautaire de la célébration, et l’ostension du Saint-Sacrement face aux fidèles. Néanmoins, signe d’un besoin de verticalité de ces catholiques, Florence, comme d’autres, insiste pour recevoir la communion à la bouche, des mains du prêtre, comme cela se fait systématiquement dans le rite tridentin.
« Un pont entre les sensibilités »
Existe-t-il aussi un lien entre les préférences liturgiques et la présence d’une branche du catholicisme sensible aux thèses identitaires ? « Une partie des jeunes catholiques veut être un pont entre les sensibilités et refuse l’aspect réactionnaire, analyse-t-elle. Nous voulons nous nourrir des deux rites, embrasser l’histoire et la culture tout autant que le renouveau philosophique apporté par Vatican II. Les deux réflexions nous font avancer vers la vérité. »
À Lyon, à la sortie de l’église Saint-Georges, Marie-Adélaïde, 22 ans, indique être plutôt « branchée » messe ordinaire, mais suit depuis quelques mois son compagnon pour la messe tridentine. Sur le parvis, le couple de jeunes mariés admet volontiers « manger à tous les râteliers », car selon eux la passerelle d’un monde à l’autre est devenue plus simple : « Beaucoup de paroisses classiques se sont un peu tradifiées tandis que les paroisses tradis le sont un peu moins. »
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