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Réflexions attentistes
par le torrentiel 2025-09-05 11:21:01
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Bonjour à tous,

Cet article est intéressant et me donne envie de proposer des réflexions à deux niveaux.

1. Un pontificat en différence d'attitudes et de spiritualité.

a) La synodalité.

Le pape Léon XIV semble pratiquer "le synode comme écoute et non comme parlote. Ce que j'ai retenu de plus intéressant de la lecture du livre de mon ami René Poujol, "le Synode, c'est maintenant" récemment publié aux éditions Salvator, c'est la méthode de la "conversation dans l'Esprit", où chacun commence par donner son point de vue dans un premier tour de table; dans un second tour, on reprend ce que l'autre nous a dit et qui nous a interpellés positivement et dans un troisième tour, on recherche un consensus.

On pourra dire que cette méthode est commune aux Francs-maçons et à pas mal de groupes de parole au sein du milieu associatif. On peut également ne pas être dupe du fait que le synode est ordonné à une redistribution du pouvoir au sein de l'Église, qui lutte en interne un peu comme s'il n'y avait plus que du pouvoir à partager au sein d'une institution qui n'est plus guère audible et devrait donc avoir d'autres priorités: celle de communiquer ou d'évangéliser. Les milieux traditionalistes ont perçu dès l'époque de Jean Madiran que le synode était l'aboutissement du néoconciliarisme. Le rapport Sauvé avait tenté d'introduire l'agenda d'un Vatican III dans une Église qui n'a pas mordu à l'hameçon, car on ne transforme pas plus facilement la foi avec des affaires de moeurs qu'on ne recouvre de bonnes moeurs parce qu'on a retrouvé la foi. L'agenda de Vatican III n'a pas pris dans l'Église. Mais plus besoin de Vatican III si le synode devient un concile permanent.

Or le synode est avant tout une méthode de la "conversation dans l'Esprit" qui vise à développer une qualité d'écoute et donc de silence peut être retournée contre le but initial de ceux qui ont brandi le synodalisme comme un militantisme avec des schémas cachés de réforme de l'Église. L'écoute s'impose, car "marcher ensemble sous la conduite de l'Esprit" n'implique pas que nous ayons toujours des décisions à prendre. S'écouter pour se connaître et cheminer ensemble est bien plus important. Léon XIV semble être adepte de cette manière de pratiquer la synodalité comme écoute plutôt que comme méthode de discernement. Et ce n'est pas étonnant: François était jésuite quand Léon est augustinien. Le jésuite pèse le pour et le contre pour choisir parfois douloureusement, mais toujours rationnellement en ayant conscience de ce qu'il gagne et de ce qu'il perd. Il n'est pas dans l'"aussitôt" qui a fait quitter leur barque et leur père aux fils de Zébédé. Le disciple de saint augustin est dans une écoute intérieure qui le prédispose à accueillir la parole émanée non de son colloque singulier avec sa conscience, mais du silence. L'écoute de Dieu qui émane du silence et le tutoiement de la conscience se font extérieurs à la conscience elle-même. Ce n'est plus elle qui se parle, c'est Dieu qui lui murmure ou l'interpelle. De cette écoute peut naître une véritable rencontre avec les personnes, car cette écoute n'est pas projective. Est-ce cette écoute que le pape Léon a pratiquée dans son ministère péruvien là où il semblait souvent que François qui aimait le silence dans la liturgie et lui donnait une grande place, développait une "théologie confuse" où le Christ était davantage le frère universel que le Fils de Dieu et s'échauffait de l'idée de fraternité comme si l'envers de la fraternité n'était pas le fratricide, comme si le péché originel venant à se concrétiser n'était pas le meurtre d'Abel par Caïn et comme s'il allait de soi que tous nos frères ne peuvent que penser comme nous. Confusion qui fait que les jésuites sont des ennemis du scrupule, comme l'a montré Pascal avec une ironie mordante dans les Provinciales, Pascal dont François a voulu redorer le blason dans un partage littéraire dédié et qui n'était pas sans qualité.

b) La remise en ordre de l'écologie.

François assurait que l'écologie intégrale incluait l'humanisme intégral. Lors de son "intronisation", il avait insisté sur la dimension franciscaine de l'homme comme "gardien de la Création". Mais peu à peu, la maison commune avait fait céder le pas à l'homme en raison duquel elle existait. François avait beau parler de "la fin dans le monde", l'impératif écologique l'avait éclipsée. Il semble que Léon XIV rompe avec "l'éco-idolâtrie" bien nommée par cet article et qui provoque une inversion du regard où l'homme borne ses ambitions à la terre où il abaisse ses regards plutôt que d'élever ses yeux au ciel ou vers le ciel, comme les disciples regardant Jésus les quitter à l'Ascension, lorsqu'Il monte vers ce ciel d'où Il attirera tout à Lui, selon la promesse qu'Il a faite.

c) Attraction dans un salut qui n'est pas automatique, mais suppose une inflexion de l'homme se convertissant pour accepter ce salut et désirer le mettre en oeuvre en menant le plus dur des combats qui est le combat spirituel. Léon XIV s'est déclaré prisonnier des Romains à la manière de saint Jean Damascène au premier jour de sa prise de fonction, ce qui a fait dire à Philippe de Villiers qu'il allait s'"abandonner à sa fonction". C'était bien vu. L'exemple invoqué par cet article sur la manière dont le pape traite la figure de Judas isscariote rappelle à bon escient que "le salut n'est pas automatique", que "Judas sest exclu du salut de son propre chef", selon l'idée augustinienne traditionnelle qui n'est pas sans susciter d'autres questions que "Dieu qui nous a créés sans nous ne peut pas nous sauver sans nous". Et l'article de citer le Catéchisme de saint Pie X qui est un manuel de pondération dans la repentance et dans la pénitence: « Personne ne peut nier que c'est une vertu de s'affliger au moment, de la manière et au degré requis. Gérer ainsi sa douleur relève de la vertu de pénitence. Certains éprouvent une douleur sans commune mesure avec leurs crimes. […] D'autres, au contraire, cèdent à une telle mélancolie et à un tel abattement qu'ils abandonnent tout espoir de salut. […] Tel était certainement l'état de Judas qui, se repentant, se pendit, perdant ainsi corps et âme. La pénitence, donc, considérée comme une vertu, nous aide à réguler avec modération notre sentiment de douleur. »La modération de la vertu grecque s'est transportée au centre de la romanité catholique.


2. Ce qui ne laisse pas d'être déroutant chez Léon XIV, c'est qu'il dit avec fermeté des mots tendres, et cela dès les premiers mots de son discours très écrit prononcé à la loggia de la chapelle sixtine, un discours si écrit que le P. Gilles routier, accompagnateur du synode et correspondant de "Radio canada", pouvait dire de lui qu'il connaissait bien: "C'est un homme qui pense avant de parler", au contraire de son prédécesseur qui semblait souvent parler avant de réfléchir.

Il y a quelque chose de sévère dans la présentation et dans la tenue de Léon XIv. Le hiératisme de Benoît XIV avc quelque chose de l'athlétisme de Jean-Paul II. En lui semblent se joindre la fermeté de "l'athlète de Dieu" et l'humilité de "l'humble ouvrier de la vigne du Seigneur" comme se définissait Benoît XVI, qui n'a jamais trouvé ses marques dans sa fonction de successeur de JeanPaul II, comme il n'est pas certain que Léon XIV trouve les siennes en tant que successeur de François, s'il n'impose pas sa personnalité au-delà d'une rupture avec le style de son prédécesseur. Car François avait semblé faire intégrer à l'Église qu'il serait une sorte de pape de la fin du monde, soit que celui-ci fût dans les derniers temps, soit qu'il n'eût plus besoin d'un homme exerçant la fonction pontificale.

Enfin, il n'est pas jusque dans son écriture que Léon ne semble manier deux veines: une veine douce, jusqu'à l'évidence de la spiritualité, qui fait de Dieu un compagnon de l'homme au jour le jour (et du reste, cet article donne comme une évidence que "Dieu est au service de l'homme"). Aux jeunes, il semble donner des "pensées du jour" comme autant de routines spirituelles permettant de manier avec facilité un chemin dont par ailleurs, il souligne l'escarpement qu'il développe dans sa seconde veine littéraire. C'est cette ligne de crête qui semble être la marque ou le clivage de Léon. Pourra-t-il montrer ce qui chez lui domine, de la souplesse ou de la raideur?

     

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