Même circonspection dans La Vie par Signo 2025-07-13 18:14:57 |
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Un article pas inintéressant :
Léon XIV : un début de pontificat en discrétion et beaucoup de questions
Les deux premiers mois du pape Léon XIV manifestent un début de pontificat placé sous le signe de l’écoute et de la réflexion. Mais la part la plus importante reste invisible aux observateurs.
Marie-Lucile Kubacki à Rome, le 11/07/2025
Le petit village de Castel Gandolfo, havre de paix et de verdure au cœur des Castelli Romani, à moins d’une heure de Rome, a vécu le 6 juillet 2025 une résurrection longtemps espérée : le retour du pape. C’est en effet là que se trouve la résidence d’été des souverains pontifes depuis le XVIIe siècle.
François n’en avait cependant jamais fait usage, n’ayant pas l’habitude de prendre des vacances, transformant la demeure en un musée qui est l’un des joyaux du Vatican. Mais Léon XIV a décidé de renouer avec la coutume – sans fermer le musée. Un choix pas si anecdotique, car il confirme sa volonté de renouer avec une certaine tradition dans l’exercice de la fonction pontificale… et de prendre le temps.
La paix et l’IA
Que s’est-il passé en effet au cours des deux mois qui se sont écoulés ? En apparence, peu de choses. En comparaison avec le pontificat de François, qui avait démarré sur les chapeaux de roues, l’effet de contraste est saisissant.
Certes, il y a eu des discours. Celui prononcé au soir de son élection, sur la paix. L’interpellation des parlementaires à l’occasion du Jubilé des pouvoirs publics fin juin, sur l’importance de la loi naturelle, de Cicéron à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Ou ses interventions récurrentes à propos de l’intelligence artificielle (IA), dont le rôle est d’être « un instrument au service du bien de l’être humain » et non « pour le diminuer ou en provoquer la perte ». Au point qu’au jeu des pronostics sur le thème de sa première encyclique, les paris oscillent entre la paix et l’IA.
Mais sa prise de parole la plus marquante après son discours d’élection date de mi-mai. Devant les participants au Jubilé des Églises orientales, le pape a proposé une réflexion spirituelle et liturgique valable pour toute l’Église. « Quelle contribution importante peut nous apporter aujourd’hui l’Orient chrétien ! a-t-il lancé. Combien nous avons besoin de retrouver le sens du mystère, si vivant dans vos liturgies qui impliquent la personne humaine dans sa totalité, chantent la beauté du salut et suscitent l’émerveillement devant la grandeur divine qui embrasse la petitesse humaine ! Et combien il est important de redécouvrir, même dans l’Occident chrétien, le sens de la primauté de Dieu, la valeur de la mystagogie, de l’intercession incessante, de la pénitence, du jeûne, des larmes pour ses propres péchés et pour ceux de toute l’humanité (penthos), si typiques des spiritualités orientales ! Il est donc fondamental de préserver vos traditions sans les édulcorer ne serait-ce que par commodité, afin qu’elles ne soient pas corrompues par un esprit consumériste et utilitariste. Vos spiritualités, anciennes et toujours nouvelles, sont un remède. »
Un style très différent de François
Du point de vue du style et de la communication, Léon XIV se révèle assez différent de François, au grand désespoir des vaticanistes, qui disposent de moins de grain à moudre. Il lit ses discours sans s’écarter du texte, travaille avec la Secrétairerie d’État en respectant les circuits diplomatiques officiels.
Pas de place pour l’improvisation – il a improvisé une seule fois, à Castel Gandolfo, lors d’une messe sur le respect de la Création, affirmant que « la liturgie représente la vie » et demandant de « prier pour la conversion de nombreuses personnes, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église, qui ne reconnaissent pas encore l’urgence de sauvegarder la maison commune ».
Là où François lançait volontiers des ballons d’essais, ajustant la trajectoire en fonction des réactions, Léon XIV, plus secondaire, observe et prend le temps, privilégiant la stratégie à la tactique. Exemple frappant, il n’a pas encore nommé de remplaçant au poste qu’il occupait au moment de son élection : celui, très stratégique, de préfet pour le Dicastère pour les évêques.
Que pense-t-il des dossiers diplomatiques « chauds » que sont l’Ukraine et le Proche-Orient ? Avant d’être pape, en 2022, il avait eu des propos très marquants sur la situation à l’est de l’Europe : « De mon point de vue, il s’agit d’une véritable invasion impérialiste, où la Russie veut conquérir un territoire pour des questions de pouvoir, en raison de l’emplacement stratégique et de la grande valeur culturelle et historique de l’Ukraine. Des crimes contre l’humanité sont commis en Ukraine », affirme-t-il dans une vidéo devenue virale.
Depuis qu’il est pape, il a rencontré des Ukrainiens à plusieurs reprises (une audience avec le chef de l’Église gréco-catholique d’Ukraine, Sviatoslav Shevchuk, en mai, une audience avec des évêques ukrainiens en juillet, une réception de 32 jeunes de Kharkiv en juin, puis la rencontre avec 300 enfants ukrainiens pris en charge par la Caritas en juillet) et il s’est entretenu deux fois avec le président Volodymyr Zelensky, juste après sa messe inaugurale et pendant ses premiers jours de « vacances » à Castel Gandolfo.
Toutefois, à l’exception, peut-être, de sa proposition de faire du Vatican un espace de pourparlers entre les différentes parties – offre déclinée par Moscou, les spécialistes du dossier ne repèrent pas d’inflexion majeure pour le moment. De même en ce qui concerne le Proche-Orient.
La partie immergée de l’iceberg
Le début de son pontificat est à l’image de l’iceberg, dont la partie émergée représente la plus petite part. Pour l’heure, son action est resserrée sur la gouvernance interne, loin des yeux. « Il cherche à s’entourer des bonnes personnes pour gouverner de manière collégiale en mettant à profit les talents et les compétences des uns et des autres. Il se concentre sur les fondamentaux et a déjà donné des directives importantes, commente un bon connaisseur du Vatican. Il est très déterminé et il se fait respecter. À l’extérieur, on ne voit pas grand-chose. Ce qui fait dire qu’il est dans la continuité de François. Il évite et il évitera de donner des signes de rupture. »
La nature ayant horreur du vide, les mécontents de tous bords s’agitent beaucoup. Récemment, une journaliste américaine a publié une partie du rapport (a priori confidentiel) du Dicastère de la foi sur les consultations d’évêques, qui avait amené le pape François à limiter la messe en rite préconciliaire, au grand dam des traditionalistes. Son but ? Prouver que la majorité des évêques ne souhaitaient pas un tel changement. « Une reconstruction très partiale et incomplète des processus décisionnels », a réagi le directeur de la salle de presse du Saint-Siège.
Un livre contestant l’approche de François est paru dans la foulée en Italie sous la plume de Nicola Bux, ancien consulteur du Dicastère pour la doctrine de la foi, et le vaticaniste Saverio Gaeta (La liturgia non è uno spettacolo, « La liturgie n’est pas un spectacle »). Ailleurs, d’autres s’en prennent à la synodalité, n’hésitant pas à railler sur les réseaux sociaux les membres du secrétariat général du Synode à Rome.
Sur la liturgie, s’il est assez impensable d’imaginer Léon XIV « défaire » ce qu’a fait son prédécesseur, certains estiment qu’il pourrait lâcher du lest aux évêques, afin qu’ils ajustent selon les situations locales. Quant à la synodalité, il s’est prononcé très favorablement en faveur de la réforme impulsée par François, tout en remettant la collégialité à l’honneur.
Au fond, il semblerait que Léon XIV se donne le temps de révéler le fond de sa pensée sur les dossiers les plus sensibles. Quand on n’agite pas l’eau, on ne peut pas la laisser décanter, dit un proverbe africain. François n’a pas hésité à secouer les eaux, convaincu que cela amènerait à révéler les êtres et les situations en profondeur. Avec Léon XIV, a commencé le temps de la décantation. Le poids des espoirs et des attentes est à l’image des 100 kg de lettres qui arrivent quotidiennement au Vatican depuis son élection. Quelles réponses Léon XIV apportera-t-il ? À ce stade, bien malin qui peut le dire.
Source
On notera que François, lui, n’a pas jugé « impensable » de « défaire ce qu’a fait son prédécesseur »…
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