"la gouvernance parfois musclée de son prédécesseur" La Vie par Cristo 2025-05-29 23:29:45 |
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Léon XIV : les premiers pas du pape, entre communion et effet caméléon ?
Les premiers jours du pontificat de Léon XIV ont révélé un pape qui, particulièrement soucieux de l’unité, multiplie les références à ses prédécesseurs. Un état de grâce apaisant, mais pour combien de temps ?
Par Marie-Lucile Kubacki, à Rome
Publié le 21/05/2025
Un sans-faute : dans l’univers pourtant sans pitié du Vatican, les premiers pas et les premiers mots du pape Léon XIV semblent faire l’unanimité. Sa première semaine de pape, scrutée dans le monde entier, a soulevé l’enthousiasme sur l’ensemble de l’échiquier ecclésial.
Les plus traditionnels ont apprécié son attention à la liturgie, son appel aux responsables politiques à miser « sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme » et la tonalité très spirituelle de ses prises de parole ; les plus réformateurs, sa volonté de ne pas rompre avec les grandes lignes du pontificat de François, de l’attention aux plus pauvres au plébiscite de la synodalité, en passant par la critique des excès du capitalisme. Quel est le secret de cette popularité ?
Le charme de la nouveauté
Évidemment, l’effet « lune de miel » joue à plein. Léon XIV a pour lui le charme de la nouveauté. C’est un pape tout neuf, sans polémiques ni acte de gouvernance sensible à son actif. Dans une Curie fatiguée par la politique d’austérité économique et la gouvernance parfois musclée de son prédécesseur, beaucoup rêvent qu’il soit l’homme de l’apaisement, capable de reconnaître le travail de « ses » propres salariés.
En interne au Vatican, on compte sur son sens de la rigueur, puisqu’il est canoniste et qu’il a étudié les mathématiques, pour remettre la réforme de la Curie sur de nouveaux rails, mais aussi sur son calme et son sens de l’écoute, sa volonté affichée dès les premiers instants de travailler avec les structures en place, plutôt que de les contourner, pour faire ce travail de manière rationnelle et humaine.
À l’extérieur, chacun trouve en lui matière à espérer. Il faut dire qu’il y a en lui du Léon XIII, dans sa conscience de vivre un tournant « technique » marqué par l’essor de l’intelligence artificielle. Du Paul VI, dans les premiers mots prononcés au soir de son élection, la reprise du « Plus jamais la guerre » formulé par son prédécesseur à la tribune de l’ONU en 1965. Du Jean Paul II dans le « N’ayez pas peur » lancé aux jeunes amassés parmi la foule de la place Saint-Pierre lors de sa première prière dominicale du Regina cæli, mais aussi dans son amour du sport. À peine élu, Léon XIV a rencontré le champion de tennis italien Jannik Sinner. Et avant son élection, il se rendait régulièrement en salle – son entraîneur a confié à plusieurs journalistes avoir eu la surprise de sa vie en voyant son élève apparaître vêtu de blanc au balcon de la loggia le 8 mai…
Un pape caméléon ?
Ces points communs suscitent une véritable liesse en Pologne, où l’on multiplie les comparaisons entre les deux papes. Il y a aussi du Benoît XVI en Léon XIV, dans cette réserve qui lui fait priser l’écrit et s’interdire les improvisations, et plus profondément encore dans la place conférée au triptyque « paix, justice et vérité », livré comme feuille de route aux cardinaux et ambassadeurs du Saint-Siège, combinée à une critique du relativisme et une manière de toujours replacer le Christ au centre de son discours. Du François, enfin, dans le choix de se présenter comme « descendant d’immigrés, lui-même immigré » et dans une certaine forme d’enthousiasme missionnaire, respectueux de la culture et de l’âme des peuples.
Caméléon, le pape Léon ? Certes, il entre dans ces références appuyées une manière de s’inscrire dans une succession sans privilégier ni exclure. C’est ainsi, aussi, que l’on peut comprendre le choix de son nom de pape, au-delà de la référence à Léon XIII. Léon n’avait pas été porté par un pape depuis un siècle, ce qui empêche les interprétations sur la rupture et la continuité qu’aurait immanquablement suscitées le choix du nom d’un prédécesseur plus immédiat, en particulier Jean Paul, Benoît ou François. Léon XIV a demandé aux cardinaux, au lendemain de son élection, de réaffirmer leur pleine adhésion au concile Vatican II, et il multiplie les références historiques.
S’inscrire dans une histoire longue est pour lui une manière de s’effacer derrière sa charge, de laisser moins de place à sa personnalité – lors de l’audience avec les médias, beaucoup ont remarqué qu’il avait refusé de se laisser prendre en selfie, privilégiant les symboles classiques de la papauté à la valorisation de sa propre image. Lors de sa toute première homélie de pape, il a plaidé pour un « engagement inconditionnel pour quiconque exerce un ministère d’autorité dans l’Église : disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié, se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer ».
Unité et humilité
Dans cette attitude, il entre une partie de tempérament et de conviction évangélique. Mais il faut aussi prendre en compte que les premiers pas d’un pape sont guidés par les attentes exprimées lors du préconclave, lors des congrégations générales qui ont précédé le vote des cardinaux dans la chapelle Sixtine. Si bon nombre de cardinaux ont salué la vision de François d’une Église missionnaire et proche des laissés-pour-compte, ils ont également insisté sur le besoin de travailler davantage tous « ensemble » et de se concentrer en urgence sur l’unité de l’Église catholique, menacée par l’explosion des contextes culturels et des « idéologies » libérales et conservatrices, toujours promptes à instrumentaliser le religieux.
En appuyant les références à tous ses prédécesseurs depuis le concile Vatican II, mais également au-delà, Léon XIV travaille cette unité. Loin de faire du name dropping, cette stratégie publicitaire qui consiste à citer des noms pour s’en attribuer l’aura, il agit en profondeur en déjouant les récupérations idéologiques dont chacun de ces papes a pu être le jouet. En faisant cela, il va à rebours de la logique de certains de leurs héritiers spirituels autoproclamés, qu’ils soient « wojtiliens », « ratzingeriens » ou « bergogliens », à l’exclusion des autres.
Une herméneutique de la succession
Cette herméneutique de la succession, où chacun enrichit le legs de ses prédécesseurs, est salutaire dans une Église qui a tendance à renvoyer ses papes dos à dos pour leur faire assumer ce qu’elle a envie d’entendre, comme s’il s’agissait d’un choix à la carte. Mais comme s’interrogeait un vaticaniste italien quelques jours après l’élection : « Qui sait combien de temps durera l’intérêt du “monde” pour ce pape qui nomme le Christ dans chaque phrase qui sort de sa bouche, se rend en pèlerinage dans les sanctuaires mariaux, qui fait chanter Regina cæli sur la place Saint-Pierre et qui parle de l’”athéisme de fait” d’un certain nombre de baptisés ? » Léon XIV parviendra-t-il réellement à contenter tout le monde, surtout quand il lui faudra prendre position sur certains dossiers sensibles ?
L’humilité de sa parole et de son attitude est sans doute la clé de voûte de la force de ce pape inattendu mais qui, réflexion faite, semble « cocher toutes les cases ». « J’ai été choisi sans aucun mérite et, avec crainte et tremblements, je viens à vous comme un frère qui veut se faire le serviteur de votre foi et de votre joie, en marchant avec vous sur le chemin de l’amour de Dieu, qui veut que nous soyons tous unis en une seule famille », a-t-il simplement énoncé dans l’homélie de la messe de début de pontificat.
Humilité aussi, lorsque se référant à « l’esprit missionnaire » qui doit habiter chaque baptisé, il a ajouté que celui-ci ne devait pas être prétexte à « s’enfermer » ou « se sentir supérieurs au monde » : « Nous sommes appelés à offrir à tous l’amour de Dieu, afin que se réalise cette unité qui n’efface pas les différences, mais valorise l’histoire personnelle de chacun et la culture sociale et religieuse de chaque peuple », a-t-il insisté. Attitude au fond très paulinienne, qui rejoint ce que l’apôtre père des missionnaires écrivait dans sa lettre aux Corinthiens : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. »
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