L'article. par Justin Petipeu 2025-05-28 13:27:19 |
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Les révolutions ont-elles d'autre but qu'elles-mêmes ? Elles marquent l'histoire parce qu'elles se sont produites, et pas forcément pour les effets qu'elles produisent. Ainsi du pape François, révolutionnaire authentique : séducteur, courageux, autoritaire. La postérité de son nom, de son style, de son ambition ne garantit pas celle de sa politique. Et depuis sa mort et l'avènement de Léon XIV, les témoignages dessinent un portrait nuancé, ne disons pas déplaisant, d'un pape et d'un pontificat déstabilisants.
La sobriété, la simplicité et la joie étaient devenues le style, c'est-à-dire la forme, d'un règne dédié au peuple de Dieu, lequel devait se reconnaître dans les habitudes du successeur de saint Pierre. François n'avait pas de limite en la matière, et il sacrifia rituels et traditions protocolaires à la modestie. Il refusa de vivre dans l'appartement dévolu au pape dans le palais épiscopal, à quoi il préféra la maison Sainte-Marthe. Sobriété, là encore. En réalité, ce choix n'a pas produit les effets escomptés. C'est ce que nous rappelle le dernier livre du journaliste et vaticaniste Jean-Marie Guénois, Léon XIV, de révélations en révélations*. Une enquête passionnante sur le nouveau pape, et par conséquent sur l'ancien.
C'est le principe de la monarchie, même élective, que de justifier son existence par et pour ce qui a précédé. En la matière, tout sert la continuité, y compris les ruptures, qui ne sont pas des conclusions, mais de nouveaux chapitres. Sainte-Marthe, donc, a coûté plus cher que le palais apostolique. Jean-Marie Guénois écrit : « Plusieurs chambres de Sainte-Marthe n'étaient plus louées, il a fallu installer une logistique dont le bâtiment, une sorte d'hôtel, était dépourvu et réserver quasiment un demi-étage au pape, diminuant ainsi de plusieurs chambres la capacité d'accueil. »
Et l'auteur d'ajouter que c'était moins par goût de la modestie que par horreur de la solitude que François a voulu ce déménagement. L'anecdote est un résumé du pontificat. Des initiatives flamboyantes, populaires, pas toutes fondées sur des postulats rationnels. Communication n'est pas raison, même si ça marche.
Dans la catégorie des secrets très mal gardés, l'autoritarisme du pape. François aimait les gens, mais pas la contradiction. Depuis plusieurs semaines, à Rome, les langues se délient et beaucoup évoquent désormais les penchants despotiques du prédécesseur de Léon XIV. Sa gentillesse n'avait d'égale que sa dureté. « Le pape François n'a pas hésité à dénigrer ce qui lui déplaisait, à critiquer qui lui résistait, à antagoniser les factions et frictions, cette attitude publique lui ayant valu isolement et inimité. » Ce qui explique en partie la solitude de ses dernières années.
Le pape est homme de foi, mais aussi de pouvoir, il n'échappe pas aux écueils de la catégorie. Quant à son style de gouvernement, il ne relevait pas exactement de la bienveillance mutuelle, de l'écoute et de la collégialité. Il était à ce point convaincu de l'impureté de la curie qu'il lui avait retiré la plupart de ses prérogatives pour les concentrer entre ses mains. Personne n'y échappa, ni les préfets, c'est-à-dire les ministres, ni la secrétairerie d'État, l'équivalent de Matignon au Vatican. Quant aux cardinaux, il en a créé beaucoup mais ne les a pas réunis souvent, une fois en douze ans.
Et puisque nous parlons de style, parlons vêtements. Dès sa première apparition, François s'était distingué. Ni mozette ni étole. La soutane blanche, portée par les papes depuis le XVIe siècle, et rien d'autre. Une sobriété qu'il cultivera, et une singularité qui sera le début de longues séries. Ce qui pourrait apparaître comme de la modestie pourrait aussi être considéré comme une appropriation inopportune de la fonction. Jean-Marie Guénois le relève : la papauté n'appartient pas à celui qui l'exerce. C'est pourquoi le respect de la tradition, les vêtements, le lieu de résidence, le protocole, etc., ne sont pas seulement des symboles de la puissance et ne relèvent pas, ou pas seulement, d'une habituelle comédie du pouvoir. S'y soumettre en tant que pape, c'est disparaître en tant qu'individu.
François avait des convictions, c'est évident, mais il aimait aussi faire le malin. C'est évident aussi. Ce qui n'a rien de répréhensible, ça le rendait sympathique, indéniable qualité pour sa fonction, mais ça compte. Et d'ailleurs, se faire nommer François, sans la précision numérique « Ier », n'était pas anodin. Il y voyait de la simplicité ; d'autres, l'orgueil.
La révolution François dépendait de sa personnalité hors du commun. De son absence de peur, de son énergie et de sa détermination de conquérant, du plaisir, réel et visible, qu'il éprouvait à être ce qu'il était devenu. Se perdre en conjecture à propos de ce qu'il aurait pu ou dû faire est un jeu à somme nulle. Il a merveilleusement rencontré son époque et son monde, en répondant avec gaieté à une demande évidente de sens et de signification. Il était mieux qu'un pape, il était un individu. D'où la disharmonie avec toutes les institutions qui réclament la conformité. Derrière laquelle la banalité n'est jamais loin.
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