Le changement doctrinal opéré par Nostra Aetate à la lumière d'une anecdote personnelle par Candidus 2025-05-08 12:21:16 |
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Jusqu'au Concile Vatican II, la réflexion de l'Eglise sur le peuple juif se faisait dans le cadre de la thèse substitutionniste : l’Église était le « nouvel Israël », elle avait remplacé le peuple juif dans son alliance avec Dieu, du fait du refus du Messie par Israël. St Augustin nuancera légèrement cette doctrine en attribuant à Israël la fonction de "peuple témoin".
Le concile Vatican II a été à l'origine d'un changement fondamental. Le texte clé est la déclaration Nostra Aetate (n°4), promulguée le 28 octobre 1965.
La nouveauté de ce texte réside dans deux affirmations ambiguës selon lesquelles :
- l'’Église reconnaît ses racines dans le judaïsme
- l’Alliance de Dieu avec Israël n'a jamais été révoquée (« Dieu […] ne regrette pas ses dons ni son appel » Nostra Aetate, §4, en référence à Romains 11:29).
Première ambiguïté : de qui parle-t-on lorsqu'on désigne le judaïsme comme le lieu d'enracinement du christianisme ? Le judaïsme dans lequel est né Jésus et qui a cessé d'exister au moins depuis la destruction du Temple et la cessation des sacrifices sanglants, ou le néo-judaïsme talmudique, issu du pharisaïsme ?
Deuxième ambiguïté : certes "les dons de Dieu sont irrévocables", mais les Pères de l'Eglise et la Tradition ont toujours enseigné que ces dons trouvent leur accomplissement ultime dans le Christ. Autrement dit, l’Ancienne Alliance n’est certes pas abolie, mais elle perd sa pertinence parce qu'elle est dépassée et intégrée dans la Nouvelle qui ne concerne plus Israël comme entité ethnique ou religieuse, mais l’Israël spirituel, l’Église.
Nostra Aetate n'aurait jamais recueilli une majorité de votes au Concile en 1965 si elle avait clairement rejeté la théologie traditionnelle de la substitution. On a donc fait voter un texte ambigu et comme on l'a vu en d'autres occasions, la théologie post-conciliaire a fait le reste en développant l'ambiguïté dans un sens rupturiste.
C'est ainsi qu'en 1974 a été publié par la "Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme" le document "Orientations et suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire Nostra Aetate". Les "liens qui unissent la foi chrétienne et la foi juive" sont évoqués, sans préciser de quel judaïsme on parle. L'affirmation ambiguë est réitérée, selon laquelle Dieu ne regrette pas ses dons ni son appel.
La nouvelle doctrine de la permanence de la première alliance est enfin clairement affirmée en 1986, lorsque Jean-Paul II dans son discours à la synagogue de Rome, évoque les juifs comme "nos frères aînés dans la foi", et affirme que l’alliance conclue avec eux « n’a jamais été révoquée ».
Pour terminer sur une note personnelle, je voudrais évoquer une rencontre que j'ai faite il y a quelques jours et qui illustre les conséquences de ce changement de doctrine. J'étais invité à dîner par une cousine qui voulait me présenter son nouvel "ami" : un agrégé de philo d'origine juive qui, à l'âge de 19 ans, alors qu'il ne s'était jamais intéressé à ses racines juives, s'est converti au catholicisme et a été baptisé. Il est ensuite devenu diacre permanent, puis a divorcé. C'est alors qu'il a, m'a-t-il expliqué, redécouvert ses racines juives pour les embrasser à nouveau. Lors de ma conversation avec lui, j'ai bien senti que la théologie des deux Alliances, validée d'une manière ambiguë par le Concile puis plus explicitement par les théologiens post-conciliaires, a joué un rôle clé dans son apostasie. Après tout, puisqu'il est ethniquement juif (si ce mot à un sens dans le cas des Juifs), et si l'ancienne Alliance est toujours un chemin vers Dieu offert aux Juifs, pourquoi ne pourrait-il pas l'emprunter ? C'est ce qu'il a fait.
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