Cela mériterait une étude approfondie par Signo 2024-06-02 17:14:26 |
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Je n’ai pas l’impression que la figure du prêtre était si valorisée que cela au Moyen-Age, par exemple.
Avec la Contre-Réforme, on reconstruit toute la chrétienté sur la base d’une réaction au protestantisme. On se met donc à développer une spiritualité proprement sacerdotale en réaction à l’erreur protestante. Cela a donné de très bonnes choses d’ailleurs, comme l’Ecole française de spiritualité au XVIIe siècle.
Mais c’est aussi dans le cadre de la Contre-Reforme que l’Eglise se transforme petit à petit en système militarisé, dans lequel l’obéissance change de nature (« perinde ac cadaver » comme diront les Jésuites), avec le culte d’une autorité cléricale considérée comme absolue, le culte du secret, une ecclésiologie de plus en plus fondée sur le pouvoir et de moins en moins sur la communion dans la foi. Ce système a son idéologie officielle (le thomisme), sa mentalité imprégnée de juridisme, etc.
Tout cela sera radicalisé et durci dans la deuxième moitié du XIXe siècle avec la réaction ultra-montaine.
Les milieux tradis sont restés figés sur ce modèle de réaction hérité de cette époque: on ne remet pas en question la figure du prêtre considéré comme autorité morale incontestable, etc. Le progressisme contemporain réagit à ces excès par des excès en sens inverse (rapprochement avec le libéralisme protestant).
A partir du Concile, les choses s’aggravent dans le sens de ce que vous dites: l’autorité traditionnelle du prêtre est remplacée par les figures charismatiques fondateurs de communautés nouvelles, dont la plupart se révéleront être des abuseurs. On constate au passage que le modèle tridentin dans le cas de l’affaire des frères Philippe a mieux fonctionné que le « laisser faire » post-conciliaire: condamnés par le Saint-Office, les deux abuseurs bénéficieront du libéralisme des autorités post-conciliaires, qui réagit à l’excès de juridisme par l’abandon complet de toute forme de régulation (le droit canon sera peu appliqué dans les années qui ont suivi le Concile).
Donc au bilan à mon sens il y a trois « écosystèmes » qui favorisent les abus:
- un milieu fermé, fortement clérical et évoluant en vase clos de type tridentin;
- un milieu centré sur de fortes personnalités charismatiques à l’égard desquelles on perd toute forme d’esprit critique;
- le libéralisme moral, dans lequel les repères moraux sont effacés au nom de « l’amour libre » et du « jouir sans entraves ».
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