Une autre interprétation, la moins bergogliocentrée possible par Scrutator Sapientiæ 2022-07-31 11:30:31 |
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Bonjour Roger,
Vous avez évidemment raison de vous en prendre à la nouvelle conception de la charité et de la morale chrétiennes qui a commencé à sévir dès les années 1960 (cf. Marc Oraison) et qui a continué à le faire jusqu'à nos jours, d'où l'absence ou le déficit de réception de Veritatis splendor, au sein même de l'Eglise catholique, depuis 1993.
D'après cette nouvelle conception de la charité et de la morale chrétiennes, aimer,
- ce n'est plus avant tout, avec l'aide de la grâce de Dieu, s'efforcer de dire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien, et aussi s'abstenir de dire ce qui est faux et de faire ce qui est mal (ce qui présuppose que l'on connaisse un tant soit peu ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est faux et ce qui est mal), même si c'est souvent coûteux et parfois extrêmement désagréable,
mais
- c'est avant tout s'efforcer de mettre le moi à la place du surmoi, et s'efforcer de donner raison le plus souvent possible, ou de donner tort le moins souvent possible, au moi, à son propre moi et à celui des autres.
(Ce n'est plus de la théonomie participée, c'est de l'autonomie émancipée...)
De même, vous avez raison de pointer du doigt une fâcheuse tendance, typiquement néo-catholique post-conciliaire, même si, au moins jusqu'à Benoît XVI inclus, cela n'a pas été la tendance papale officielle, selon laquelle le Christ n'est pas venu parfaire, mais est venu abolir.
Le personnalisme, ou ce qui en tient lieu, débouche souvent, respectivement en religion et en morale, sur un anti-dogmatisme et sur un anti-légalisme qui sont parfois consternants de bêtise.
Voici une autre interprétation, la moins bergogliocentrée possible, de certaines prises de position traditiophobes qui ne brillent pas par leur sagacité et par leur subtilité, et qui n'ont pas toutes attendu l'élection du prédécesseur de François pour commencer à se manifester.
Hypothèse : dans le contexte du monde occidental, nous sommes en présence de théologiens et d'évêques qui, depuis le milieu des années 2000, sont assez nombreux à avoir bien conscience du fait que le Concile est un échec et du fait que l'après-Concile les conduit à la faillite.
Dans ce contexte, le Concile et l'après-Concile étant fréquemment critiqués, non par des catholiques traditionnels qui ne comprennent pas du tout mais, au contraire, par des catholiques traditionnels qui comprennent assez bien le pourquoi et le comment de l'échec et de la faillite, les clercs idéologiquement néo-catholiques post-conciliaires, et qui sont décidés à le rester, ne disposent que de deux solutions : l'autoritarisme institutionnel et l'incrimination moralisatrice, puisque le réel ne leur permet pas de disposer d'autres arguments.
En effet, sauf si ce sont des aliénés absolus ou des sophistes éhontés, ils ne vont quand même pas nous dire, par exemple, que la diminution du nombre de prêtres constitue un fruit du Concile, qui donne aux communautés chrétiennes la possibilité et la joie de faire l'expérience du sacerdoce commun à l'ensemble des fidèles !
Donc, encore une fois, face au réel, et face à des catholiques traditionnels qui ne sont absolument pas dépourvus d'arguments pour faire connaître et comprendre le Concile en tant qu'échec et l'après-Concile en tant que faillite, que reste-t-il aux traditiophobes, sinon l'autoritarisme institutionnel, l'incrimination moralisatrice (les tradis disent ce qu'ils disent, non parce qu'ils ont raison de le dire, mais parce qu'ils sont dépourvus de charité, maurrassiens, nostalgiques, repliés sur eux-mêmes..), ainsi que la désinvolture caricaturale, qui vise à créer un effet de sidération, dans le but de "souffler" le contradicteur éventuel ?
Il est possible que cette interprétation soit erronée, mais ce qui importe est qu'elle soit la moins bergogliocentrée possible, car enfin, soyons clair : quand une équipe de football joue mal depuis six décennies, on ne s'en prend pas, d'une manière disproportionnée, à celui qui n'est l'entraîneur de cette équipe que depuis un peu moins de dix années.
Bon dimanche.
Scrutator.
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