Définissez d'abord et vous vous écharperez après ! par baudelairec2000 2022-02-15 22:49:39 |
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Un catholique peut-il être républicain ?
Question intéressante, voire passionnante, à condition de pouvoir donner un contenu et d'apporter une définition au terme "république".
Quelques pistes.
1/ Etymologie du mot: "res publica" (la chose publique). La Res publica est , si je peux dire, le terrain de jeu de l'Etat, par opposition aux "res privatae". La Res publica regarde le bien commun.
La royauté a pour souci de sauvegarder la Respublica, c'est ce que disent notamment dans tous leurs traités les clercs du IXe siècle en Francie occidentale, ainsi Hincmar de Reims lorsqu'il s'adresse au roi Charles le Chauve dont il est le conseiller son "De regis persona et regio ministerio" pour lui rappeler que le ministère royal doit avoir en ligne de mire la Respublica et sauvegarder le bien commun.
Je ne saurais trop conseiller pour ceux qui voudraient approfondir ce sujet de la Respublica et du bien commun la lecture des ouvrages suivants:
Le prince, son peuple et le bien commun (de l'Antiquité tardive à la fin du Moyen Age), ouvrage collectif paru aux Presses universitaires de Rennes, 2013.
Yves Sassier, Royauté et idéologie (Armand Colin, 2002)
Bruno Dumézil, Servir l'Etat barbare dans la Gaule franque IVe-IXe siècle (Tallandier, 2013).
Et pour la fin, l'ouvrage très fin de Laurent Theis, Charles le Chauve. L'empire des Francs, Gallimard, 2021 (première biographie du petit fils de Charlemagne par un historien français). Un chapitre fondamental dans cet ouvrage, le chapitre VII intitulé "25 juin 864. Au service de la chose publique." Pour moi, il s'agit d'un ouvrage extrêmement stimulant.
2/ On comprend alors que faire de la respublica un type de régime politique est, selon la terminologie classique, une absurdité. La République ne peut être selon les auteurs - latins, cela va sans dire - un régime qui viendrait s'ajouter à la royauté et à l'aristocratie parmi les régimes justes. Le troisième type de régime juste est en effet la "politia", décalque de la "politeia" des Grecs (gouvernement des citoyens). Aussi est-ce une erreur fondamentale que de donner comme titre à l'un des principaux ouvrages de Platon, "La République". Cicéron dit de ce que troisième régime qu'il est une "civitas popularis", ce qui me semble-t-il vient renforcer son affirmation que la Respublica est la "chose du peuple" (dans le De republica).
Rappelons le titre d'un ouvrage incontournable paru en 1576, "les 6 livres de la République" de Jean Bodin.
Un royaliste soucieux de la Respublica et du bien commun est par conséquent un républicain ... Je n'ai pas dit qu'il était démocrate.
3/ On a fini par confondre république et démocratie. La démocratie est selon les auteurs grecs anciens un régime injuste, celui dans lequel la licence s'est substitué à la liberté. C'est le pouvoir du "demos" et non des "politès". Il a en effet paru naturel à certains de faire de la politeia ou de la politia (terme qu'on retrouve chez saint Thomas) une sorte de démocratie restreinte: le tour était joué, les deux termes devenaient ainsi synonymes.
Il faut dire que Montesquieu a grandement contribué à accroître la confusion entre les deux termes puisque, dans l'Esprit des Lois, il fait de la démocratie une subdivision de la République.
4/ Le terme de "politeia" désigne un régime politique, celui où les citoyens exerce le pouvoir, mais il relève aussi d'un cadre plus général,car il se traduit aussi par constitution (cf. le titre de l'ouvrage d'Aristote, La constitution des Athéniens). C'est dans ce contexte que la France issue de plusieurs révolutions se donne différentes constitutions qui donnent naissance à la Seconde République (1848) et à la Troisième République dont l'existence sera consacrée par les lois constitutionnelles de 1875. Le Ralliement à la République est peut-être l'acceptation du régime inauguré par les lois constitutionnelles de 1875, mais il est avant tout la reconnaissance de la Révolution française et de la démocratie moderne. Il ne faut pas s'y tromper: Léon XIII et la plupart de ses contemporains, qu'ils soient partisans de sa politique ou des adversaires, n'ont pas su faire cette distinction essentielle entre république, terme positif, et démocratie, terme qui renvoie, avant le XVIIIe siècle, à un régime injuste. Et Léon XIII saura jouer de cette confusion pour faire avaler à la majorité la pilule du Ralliement.
C'est pourquoi ce pape peut tranquillement écrire dans "Au milieu des sollicitudes", les propos suivants - on s'intéressera à la liste aberrantes des régimes politiques à laquelle il réduit l'histoire de France en un peu moins d'un siècle:
"Divers gouvernements politiques se sont succédé en France dans le cours de ce siècle, et chacun avec sa forme distinctive : empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces formes, considérées en elles-mêmes; on peut affirmer également en toute vérité que chacune d'elles est bonne, pourvu qu'elle sache marcher droit à sa fin, c'est-à-dire le bien commun, pour lequel l'autorité sociale est constituée; il convient d'ajouter finalement, qu'à un point de vue relatif, telle ou telle forme de gouvernement peut être préférable, comme s'adaptant mieux au caractère et aux moeurs de telle ou telle nation. Dans cet ordre d'idées spéculatif, les catholiques, comme tout citoyen, ont pleine liberté de préférer une forme de gouvernement à un autre, précisément en vertu de ce qu'aucune de ces formes sociales ne s'oppose, par elle-même, aux données de la saine raison, ni aux maximes de la doctrine chrétienne. Et c'en est assez pour justifier pleinement la sagesse de l'Eglise alors que, dans ses relations avec les pouvoirs politiques, elle fait abstraction des formes qui les différencient, pour traiter avec eux les grands intérêts religieux des peuples, sachant qu'elle a le devoir d'en prendre la tutelle, au-dessus de tout autre intérêt. Nos précédentes Encycliques ont exposé déjà ces principes; il était toutefois nécessaire de les rappeler, pour le développement du sujet qui nous occupe aujourd'hui."
Bonne réflexion à tous.
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