Non par Gaius 2022-02-02 21:44:54 |
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1. Feldkamp tend à nous faire croire que Pie XII aurait alerté les alliés et que ceux-ci ne l'auraient pas cru. En réalité ce sont les alliés qui ont demandé au Vatican s'il disposait d'informations pouvant confirmer les leurs, cas échéant d'émettre une protestation. Dell'Aqua conseille au pape de n'en rien faire, malgré les informations dont il dispose déjà, car ces juifs ont tendance à exagérer (en 1944 il ira jusqu'à affirmer que au cours des 19 siècles depuis le Christ "la race a empiré": Icks, p. 397), de même que les orientaux et il ne faudrait surtout pas que les alliés tirent parti d'une protestation pontificale comme ils l'ont fait après celles des évêques français.
2. L'argument du silence pour éviter un plus grand mal n'est pas pleinement convaincant. On cite l'exemple hollandais. Mais les protestations des évêques français précisément avaient au moins pour un temps permis d'arrêter les déportations. En Allemagne même, Mgr von Galen s'était élevé en pleine guerre contre l'élimination des malades mentaux et les nazis avaient dû reculer. D'autre part, envers le communisme l'Eglise n'a jamais hésité à condamner "à temps et à contre-temps" malgré le risque de persécution. Et face au drame qui se jouait on se demande bien quel plus grand mal aurait pu advenir.
3. Affirmer que Pie XII aurait "sauvé 15'000 juifs" demande pas mal de raccourcis. Il est vrai que des milliers de juifs ont été secourus et cachés dans des maisons religieuses de Rome. Et l'on peut raisonnablement supposer que Pie XII a été au courant et qu'il a approuvé. On ne connaît cependant pas de source écrite mentionnant une intervention directe de sa part (ce qui ne veut pas dire bien sûr qu'il n'y en a pas eu). La seule trace dans les ADSS (vol. 10 n° 53 i.f., p. 129) date de février 1944 et va dans le sens contraire: A la suite d'interventions des soldats allemands à St Paul-hors-les-murs le cardinal Rossi demanda aux chanoines de St-Pierre d'éloigner ceux qui avaient trouvé refuge dans leurs appartements, en précisant agir par "ordre supérieur"... (après intervention du cal Maglione, seuls ceux qui le voulaient sortirent).
4. Après la guerre, alors que le risque de "plus grand maux" avait disparu et que la découverte des camps avait choqué le monde, Pie XII n'eut jamais un seul mot public sur la Shoah ni sur l'antisémitisme, cela malgré la supplique adressée par Maritain (ambassadeur de France) en été 1946, après le pogrom de Kielce en Pologne.
5. Les lois raciales (allemande, italienne, française, slovaque) ne furent jamais condamnées ni avant ni pendant la guerre. Pie XI protesta uniquement auprès de Mussolini sur la question des mariages mixtes. Et après la chute du Duce en 1943, il est question d'abroger les dispositions litigieuses tout en maintenant les lois raciales qui "selon les principes et la tradition de l'Eglise comprennent des clauses qui devraient être abolies mais en contiennent d'autres qui méritent d'être confirmées" (ADSS vol. 9, nos 287, 296 et 317).
En définitive, si l'on ne peut pas dire que Pie XII fut le "pape de Hitler" (son implication dans les complots visant à tuer Hitler est désormais avérée, voir l'excellent ouvrage de Riebling, Le Vatican des espions), il est tout de même permis de jeter un regard critique sur son action durant et après la 2nde guerre mondiale.
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