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Julien Green, un écrivain catholique entre ombre et lumière
par Jean Kinzler 2021-10-16 13:31:54
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Julien Green, un écrivain catholique entre ombre et lumière
Auteur d’une œuvre romanesque et d’un journal intime qui ont marqué son temps, Julien Green fut un des principaux écrivains français catholiques du XXe siècle. Les volumes 2 et 3 de son « Journal intégral » viennent de paraître.
Par François Huguenin
Publié le 15/10/2021 à 11h23

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L’œuvre de Julien Green (1900-1998) est traversée par une tension entre une intense soif spirituelle et une insatiable attirance vers le plaisir charnel, en l’occurrence homosexuel. La publication des volumes 2 et 3 du Journal intégral révèle la violence de chaque instant de ce combat intérieur.
Nous avions quitté Julien Green à l’aube de la Seconde Guerre mondiale après un premier volume du Journal intégral qui dévoilait ses errances nocturnes (de 1919 à 1940). À partir de 1940, dans les volumes 2 et 3 qui paraissent chez Bouquins, ce registre se fait bien plus rare. Il faut dire que la guerre a profondément changé Green.

Il avoue y avoir tout perdu, tout sauf l’amour. Émigré aux États-Unis, pays dont il gardera toujours la nationalité, il vit la tristesse de la séparation avec l’être qu’il aime le plus au monde, Robert de Saint-Jean, de l’exil hors de France et de Paris auxquels il est viscéralement attaché, et un temps des affres d’une pseudo-vie militaire qui le déprime profondément.

Or, cet arrachement à une vie qu’il aimait, mais qui avait fini par l’engluer dans la quête d’aventures médiocres, constitue un appel à une libération. De fait, durant ces années de guerre, la soif spirituelle a pris le dessus.

Le champ de bataille d'un combat titanesque
Cependant, la tension quasi insoutenable entre les aspirations du corps et celles de l’âme, entre la nature et la grâce, demeure au cœur de l’univers intime de Green. Elle est à l’origine d’une œuvre romanesque qui vient transfigurer cette lutte dans des créations qui échappent à l’auteur même qui écrit ce qui lui est donné à voir, assis à sa table de travail.

Toujours est-il que, dans le Journal, au jour le jour, Green se décrit comme le champ de bataille d’un combat titanesque entre le péché et la foi qui le dépasse. Et si cette lutte est si douloureuse, c’est qu’il y voit un enjeu en termes de salut.

Pour Green, le péché de chair abîme l’âme et vient inexorablement altérer la relation de l’homme à Dieu. D’où le fréquent recours à la confession, avec une persévérance édifiante, qui ne suffit pourtant pas à apaiser l’écrivain. L’angoisse du salut ne quitte pas Green, pourtant profondément certain de la miséricorde de Dieu.

Mais il ne peut s’empêcher, du fait du climat d’une époque mais aussi, et surtout, de son éducation familiale, marquée par la figure d’une mère puritaine, de douter d’être sauvé.

Il faut tous les trésors de délicatesse de son accompagnateur spirituel, le père Couturier, ou l’amitié fidèle de Maritain, tous les deux exilés comme Green aux États-Unis, pour l’empêcher de désespérer.

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Le regard que portent sur lui ses deux amis dont il tient la parole en haute estime est sans doute déterminant dans son évolution. Sans ces mains tendues, peut-être le destin de Green aurait-il été autre.

Une persévérance quasi enfantine
Green l’avoue : il est profondément charnel, éperdument attiré par la beauté, faible de tempérament. Mais c’est une âme profondément spirituelle qui a besoin de la prière, notamment de l’oraison, et des sacrements pour respirer et vivre. Juste après la guerre, lorsque le père Couturier lui dira qu’il a « une nature mystique ».

Green qui a lu tous les grands spirituels, et notamment saint Jean de la Croix, sait qu’une vie spirituelle intense n’est pas pour autant à l’abri des obscurités parfois très prosaïques de l’existence. Il peut même voir dans la tentation une forme paradoxale de la manifestation de la grâce.

Néanmoins, la question lancinante demeure chaque jour aussi présente : comment vivre dans le monde sans pécher ? En permanence taraudé par le regret de ne pas avoir embrassé la vocation religieuse, tout en doutant qu’elle constitue réellement son appel, Green exprime bien cette aporie : « Peut-on mener une vie vraiment spirituelle et rester dans le monde ? Éternel problème. La vie spirituelle me donne toujours l’envie de fuir le monde ; il n’y a que le péché qui me permette de me sentir à l’aise dans le monde. Mais je veux résister au péché dans le monde, et il y a là une sorte de contradiction profonde » (4 juillet 1945).

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Green tentera de relever ce défi impossible en faisant régulièrement vœu de chasteté pour des périodes de quelques mois, entre deux fêtes mariales, avec une persévérance quasi enfantine.

Ces passages très émouvants dans leur simplicité et qui viennent d’être dévoilés au public par ce Journal intégral, avaient été retirés du texte publié initialement par l’auteur parce qu’il ne voulait pas être mièvrement édifiant. Mais nulle part, il ne cède à la tentation de la bondieuserie. Ce qui est écrit est sobre, juste et beau.

La lumière au cœur des ténèbres
Combien il est difficile de savoir ce qui se passe entre un homme et Dieu ! C’est ce que ces pages ardentes nous laissent entrevoir : chaque personne est un mystère insondable dont les actes ne peuvent à eux seuls exprimer la destinée de toute une existence.

Il y a des interstices où la nature blessée et endurcie par le péché laisse passer la grâce. Green l’avoue : « Tout cela me fatigue. Je ne suis pas un lutteur, je ne suis qu’un voyageur las qui va lentement vers la lueur qu’il entrevoit dans la nuit » (25 février 1944).

De fait, la lumière apparaît au cœur des ténèbres. Elle est toujours liée à une présence, la Présence. Dans une autobiographie spirituelle inédite, dont le titre Todo es nada (« Tout est rien ») est emprunté à Thérèse d’Avila, qui fut rédigée en 1941, et que l’on trouve annexée au deuxième volume de ce Journal, Green revient sur cette nuit de 1934 où il sentit la présence de Jésus derrière lui ; ou sur ce jour de printemps 1938 où il entendit « la voix » lui donnant un nom nouveau, celui que reçoivent les rachetés dans l’Apocalypse.

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Le Journal relate aussi, à la date du 29 avril 1948, une nuit de feu : « J’ai été pris et jeté dans une sorte d’océan de flammes, ou plutôt, je suis devenu une flamme, je me suis changé en feu dans un brasier sans limites. »

Cette joie dont il se sent immédiatement indigne indique le passage de la grâce dans la vie : absolument gratuit, totalement mystérieux, il fait éclater toutes les certitudes, sauf celle de Celui qui est l’amour inconditionnel pour chacune de ses créatures.

Le livre : Toute ma vie, Journal intégral, de Julien Green, tomes 2 et 3, Bouquins, 32 €.

Par François Hugueninhttps://www.lavie.fr/ma-vie/spiritualite/julien-green-un-ecrivain-catholique-entre-ombre-et-lumiere-78042.php

     

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