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Une défense de Traditioni Custodes qui creuse toujours plus bas
par Ptitlu 2021-07-21 21:43:35
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Jean François Chiron sur la Croix

Ils font la guerre aux cantiques du Besnier maintenant...



Jean-François Chiron, professeur à l’Université catholique de Lyon, revient ici sur la décision du pape François dans son motu proprio « Traditionis Custodes » de contrôler plus strictement les messes en rite préconciliaire. Il s’agit selon ce théologien de lutter contre la formation d’une « Église dans l’Église ».

Motu proprio sur la liturgie : « L’Église n’est pas un archipel »
Lors d’une messe de la Toussaint dans l'église Saint-Pierre de Charenton, à Charenton-le-Pont, dans le Val-de-Marne. / Corinne SIMON/CIRIC

Il n’y a pas plus âpre que les controverses liturgiques. C’est qu’une liturgie est révélatrice du rapport à Dieu de la communauté qui la met en pratique, comme elle est révélatrice aussi bien du type d’Église que la communauté veut incarner que du rapport au monde de cette Église. En tout cela, la liturgie est, au plus haut point, symbolique. Ajoutons qu’elle est, par définition, visible, et qu’elle concerne la personne tout entière, dans son corps et dans son histoire : le rapport à soi-même est engagé. Tout est réuni pour que les positions montent aux extrêmes, avec une dose d’irrationnel. On le voit bien avec les réactions au motu proprio que vient de publier le pape François.

→ TOUT COMPRENDRE. « Traditionis Custodes », le nouveau motu proprio du pape François

Les évêques, gardiens de la tradition
Il n’est pas scandaleux qu’un pape souhaite se prononcer sur des problèmes dont on ne peut nier la gravité. Ce n’est pas pour rien que le document s’ouvre par des termes qui désignent les évêques, comme gardiens de la tradition. Le document de Benoît XVI avait dépossédé les évêques (et les curés) de toute autorité en la matière : ils étaient tenus d’obtempérer aux requêtes qui leur étaient adressées. État de choses sans précédents dans la tradition catholique. François rétablit une régulation, épiscopale, qui est de droit.

→ À LIRE. Motu proprio : la « messe tradi », symptôme d’une Église divisée

Il faut aussi prendre conscience de ce que les dispositions de Benoît XVI avaient d’inouï. Pour la première fois dans l’histoire, le choix d’un rite était laissé à subjectivité des croyants, prêtres et fidèles. Paradoxalement, c’est au nom de la tradition que la modernité individualiste et libérale avait annexé un champ nouveau, selon les lois de l’offre et de la demande.

Motu proprio : les évêques français veulent maintenir la communion

En changeant les règles du jeu, François entend que les célébrations non conformes à la réforme liturgique ne se multiplient pas. C’est cela, aussi, qui déplaît, ce qui montre à quel point on a affaire chez certains à un état d’esprit militant, sinon prosélyte. Pour reprendre un vocabulaire auquel le pape met fin, il s’agissait de « forme ordinaire » et « extraordinaire » : pour ses partisans, la forme dite « extraordinaire » était – par définition – supérieure à l’« ordinaire » ; l’horizon, plus ou moins explicite, étant qu’une inversion se produise et que l’« extraordinaire » devienne l’« ordinaire » et le remplace. C’est à ce mouvement que le pape a voulu mettre un terme : il ne rallume pas la « guerre liturgique », elle sévissait toujours, en sourdine.

Le Concile Vatican II n’est pas facultatif
Mais c’est aussi le rapport à Vatican II qui est en cause. En légitimant ce que Jean-Paul II s’était refusé à accorder aussi largement, Benoît XVI avait signifié, peut-être sans se l’avouer, que tout un pan de l’œuvre d’un concile œcuménique était facultatif. Or la réforme liturgique avait été voulue par les pères conciliaires.

→ POINT DE VUE. Archéologie d’une impasse liturgique, par Grégory Solari

D’autre part, l’argument principal du motu proprio est que l’attachement au rite non réformé traduit une remise en cause de Vatican II. Au vrai, le concile, dans ses grandes options théologiques, est sans doute plus souvent ignoré par les tenants de la forme dite extraordinaire que récusé explicitement. C’est surtout l’ouverture critique au monde promue par le concile qui ne passe pas : le dialogue n’est pas ici la valeur première – a fortiori la laïcité, sous quelque forme que ce soit.

→ REPORTAGE. « On a le passe sanitaire, voilà le passe liturgique » : à Lille, la tristesse des tradis après le motu proprio

Il n’est pas anodin que lors de ces célébrations on ait recours aux cantiques des années 1880, « Catholiques et Français toujours » ou « Nous voulons Dieu » (dans les écoles, les tribunaux…) : l’idéal reste un imaginaire de chrétienté, reconstituée le temps d’un office, pour une assemblée très homogène socialement. Et quel est le discours (homélies…) qui accompagne le rite ? On a constaté que c’est dans les assemblées où la messe était célébrée selon l’ancienne liturgie que le respect des normes visant à éviter la propagation de la pandémie a été le plus relatif. C’est un état d’esprit qui est en cause.

Univers parallèle liturgique et donc ecclésial
De fait, quoi qu’il en soit de la bonne volonté des personnes et de la conscience qu’elles en ont, une situation « Église dans l’Église » a été favorisée. Non pas explicitement « contre » l’Église ; mais, comme on dit en latin, « praeter legem » : comme si la loi n’existait pas, suscitant une sorte d’univers parallèle, liturgique et donc ecclésial. On parle d’« archipélisation » à propos d’une société où des groupes se juxtaposent en s’ignorant ; on comprend que, s’agissant de l’Église, un pape n’en prenne pas son parti.

Dans les milieux traditionalistes, « l’incompréhension » domine après le motu proprio du pape François

Comment, dès lors, envisager l’avenir ? Une formule de la lettre du pape aux évêques laisse entendre que son vœu est que tous puissent se retrouver dans un même rite. Une telle évolution ne pourra se faire que par la persuasion. Il serait ainsi légitime que, en certains lieux, on puisse proposer des célébrations à la dimension « verticale » plus accentuée, en latin et avec des formes plus proches du rite préconciliaire (position du prêtre à l’autel, table de communion…). Les bonnes volontés devraient pouvoir y retrouver ce qu’elles apprécient dans le rite non réformé ; il ne faut pas se faire trop d’illusions s’agissant des autres.

→ EN DÉTAIL. Motu proprio : que dit la nouvelle règle

Considérons donc le motu proprio non comme un terme – il n’interdit pas la célébration des messes selon le rite antérieur aux réformes conciliaires – mais comme une autre façon d’envisager les situations et de poser les problèmes. Une façon plus saine, et plus traditionnelle. Osons dire que le pape fait œuvre de communion. La balle est maintenant dans le camp des catholiques – de tous les catholiques, car la liturgie est la chose de tous.

Jean-François Chiron


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