oui, la table est importante ! par JVJ 2020-08-26 12:13:00 |
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Les prêtres savent ma maison ouverte, avec un lit au milieu de livres... Ma maison les accueille en soutane, en clergyman ou en civil (my God !). Ils peuvent même venir à l'improviste, ce qui en principe n'est pas permis par le règlement.
Les prêtres mangent souvent mal et sur le pouce, comme beaucoup de célibataires ou de veufs âgés. Ils n'ont plus de gouvernantes (qui écrira leur histoire et à partir de quoi ? combien sont-elles encore ? je n'en connais plus aucune).
Je voudrais lire cet hommage aux gouvernantes, outre leur histoire depuis deux siècles.
Le 31 décembre dernier, j'ai appelé un ami prêtre vers 19 h pour bien vérifier qu'il n'était pas seul (à sa place j'aimerais être parfois seul quand les autres font ripaille...). Il ne lui fallut pas deux minutes pour se décider et nous honorer de sa présence, sans quoi il aurait mangé tout seul alors que manifestement il ne le souhaitait pas. Nous n'avions voulu avoir personne ce soir-là, je précise, comme à Noël.
Combien de fois de vieux prêtres aidant des paroisses sont-ils repartis après la messe du samedi soir (horresco referens !) et du dimanche, dans la maison de retraite diocésaine ou chez eux parce que personne ne pensait à eux !? J'ai des dizaines de cas en mémoire. Le prêtre qui conduisait encore passait par le frigidaire de la cuisine et prenait un morceau de fromage avec un fruit. Ils étaient fatalistes et n'en voulaient à personne.
Autrefois, on donnait un panier à M. le curé, mais combien ont-ils encore le goût de faire une salade ou cuire un lapin ? Je continue cette pratique, en changeant le lapin par des fruits et des gâteaux.
Il y a quelques années, j'ai invité à plusieurs reprises le curé pour faire connaissance et lui offrir accessoirement un repas agréable, je crois, avec des enfants, un samedi soir. Je me serais jamais permis de lui dire que ses étoles sans chasuble me fatiguaient ! C'est le même qui ne voyait pas l'intérêt d'ouvrir en semaine l'église du village...
Ce prêtre m'a dit plusieurs fois qu'il avait des réunions et des occupations. Je lui ai dit en plaisantant qu'il fallait savoir supprimer des réunions. Il n'a rien compris. J'étais prêt à le conduire, puisqu'il ne circulait pas de nuit.
Comme il n'avait aucun dossier sur nous et qu'il ne pouvait soupçonner que nous allions ordinairement à la messe traditionnelle, j'ai fini par conclure à de la goujaterie et à une absence de savoir-être, car je ne suis pas certain qu'il croulait sous les invitations de jeunes couples le week end. Je suis même certain qu'il n'était jamais invité par des couples de moins de 60 ans !
Tant pis pour lui.
Il m'est arrivé quelques fois d'inviter un prêtre dépannant la paroisse alors que cela ne me disait rien du tout de l'avoir à table et en espérant que quelqu'un l'avait déjà invité... Il faut avoir une épouse admirable et qui partage le même accueil inconditionnel du prêtre.
Mes vieux amis prêtres des campagnes souffraient de ne plus avoir de repas amicaux entre prêtres voisins. La distance faisait que parfois il n'y avait pas un prêtre à 50 km à la ronde ! C'est toujours le cas pour les derniers curés de campagne. Un bon repas, de bonnes bouteilles, un cigare, une liqueur, l'humour et les souvenirs en commun les aidaient à tenir. C'était l'occasion aussi pour eux de chanter ou de parler de leurs ruches, pas du dernier éditorial de La Croix ! Je plains ceux qui se réfugient sur internet ou un DVD. La compagnie des laïcs ne fait pas tout et il faut veiller à ne pas non plus être intrusif ou à s'accaparer un prêtre parce que cela flatterait, à tenter même le diable... Il y a des dames qui fantasment sec ou qui se trouvent valorisées parce qu'à la maison il n'y a personne ou que du mépris. Si en plus elles peuvent le tutoyer et l'appeler par son petit nom, c'est l'idéal...
Il y a les prêtres qui se savent libres de parler dans certaines maisons et même de parler de tout autre chose que d'Eglise, de blaguer. C'est une grâce pour les enfants (cela peut aussi peser quand ils grandissent...). Cela leur change des repas en terrain miné, chez des gens ou entre confrères avec lesquels il faut peser ses mots. Il faut savoir qu'il se trouve des maisons bien catholiques où cela ne rigole ja-mais et dans lesquelles "Monsieur l'abbé" est prononcé à chaque début de phrase avec des trémolos dans la voix.
J'admire les prêtres qui sont invités dans des maisons où ils savent par avance qu'ils vont s'ennuyer, devoir s'intéresser à la collection de BD de Monsieur ou se tenir très en retrait. Mais cela fait partie aussi de leur ministère, normalement. Quand les prêtres traditionnels auront des paroisses, comme certains ici le souhaitent, cela va leur faire très très drôle (mais je crois qu'ils le savent pour certains). Beaucoup voudront retourner dans leur réseau d'initiés avec des enfants qui savent le Salve regina dès 5 ans (comme les miens).
Les repas avec plusieurs vieux curés demeurent mes meilleurs souvenirs de table, et de loin (alors que j'étais jeune...), car ils avaient tout pour eux, notamment la joie et le recul des années, et ils savaient demander l'aide à la bonne cuisinière désintéressée locale...
Comme c'est plus fort que moi...
1. Les repas de prêtres dans les familles permettent aussi de voir, dès lors qu'ils ont l'oeil averti, une partie de ce à quoi ils ont heureusement échappé ! Et je parle de toutes les familles, la mienne comprise.
2. Un évêque qui n'a pas un bon coup de fourchette ne peut pas être un bon évêque. Il existe des pontifes qui refusent de boire un Gevrey-Chambertin (sans invoquer le concile, il est vrai).
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