Le Sacrifice de la Croix est le véritable acte cultuel, la Cène n'en donnant que le sens par avance, parce que ce ne serait plus possible après.
Je ne suis pas sûr d’avoir bien compris votre phrase, cher Maître, mais il ne faut pas dissocier la Cène et la Croix comme vous semblez le faire.
La Cène et la Croix sont un seul et même sacrifice.
La Cène n’était pas un simple repas convivial entre amis mais un véritable acte de culte. Dès le matin, le Christ a envoyé ses disciples préparer la salle en vue de la digne célébration de ladite Cène dont j’ai jadis appris au catéchisme (il y a plus de soixante ans…) qu’elle était un repas sacrificiel.
Et les paroles de Notre-Seigneur sont très explicites :
Corpus meum, quod pro vobis tradetur (1 Cor 11, 24) –
Calix Sanguinis mei, qui pro vobis effundetur.
En prononçant ces paroles qui consacrent le pain et le vin, le Christ donne sa vie par avance : c’est le Sacrifice parfait.
Et le lendemain, sur la Croix, Jésus dira au moment de rendre l’esprit :
Consummatum est (Jn 19, 30).
C’est la raison pour laquelle Jésus, au Jardin des Oliviers, ne pourra pas être exaucé lorsqu’Il dira à Son Père :
Si possibile est, transeat a me calix iste (Mt 26, 39).
Non, ce n’est plus possible, car Jésus a déjà donné Sa vie et Il ne peut plus revenir en arrière.
Cela montre bien que la Cène et la Croix sont un seul et même sacrifice.
Et si la Cène a anticipé la Croix, la Messe de même perpétue et actualise jusqu’à la fin du monde le sacrifice de la Croix. La Croix est vraiment centrale.
La Messe se célèbre sur un autel en forme de table recouverte de nappes comme pour rappeler la Cène, mais il est toujours surmonté d’un crucifix afin que le prêtre ait sous les yeux en permanence le sacrifice de la Croix. Et la plus belle appellation de la messe, c’est justement « le Saint-Sacrifice » : la Cène – la Croix – la Messe : un seul et même Sacrifice, un seul et même acte cultuel.
Tout cela, Benoît XVI le sait mieux que quiconque.
P. S. : Si je puis me permettre cette comparaison osée, je dirais qu’il y a le même rapport entre la Cène et la Croix (« tout est consommé » ou, selon les traductions, « tout est accompli ») qu’entre le mariage ratifié et le mariage consommé.