En revanche, peut-on considérer comme un péché le fait de lire du Victor Hugo ou du Balzac ... Ou les Provinciales ? Ne peut-on pas considérer que des ouvrages subversifs en leur temps laissent indifférents des esprits modernes habitués à bien pire ? Qui de nos jours a perdu la foi après avoir lu Voltaire, dont les ouvrages paraissent caricaturaux à un esprit contemporain ?
Il est hors de discussion que l'Index comporte des ouvrages qui ont été interdits pour des raisons d'abord circonstantielles et pas toujours intrinsèques, et c'est bien la raison pour laquelle l'Index est (était) revu de façon régulière et que non seulement il peut comporter des additions, mais aussi des radiations.
L'exemple le plus récent est la refonte de l'Index par le pape Léon XIII qui en 1900 (date de l'édition ; la Constitution apostolique qui la régit date de 1897, les Romains y ont travaillé trois ans, mais ils ont eu l'aide de quelques Allemands

sinon cela aurait traîné encore plus

) a rayé environ 700 titres (dont beaucoup d'auteurs de belles lettres comme Erasme, ou des auteurs complètement tombés dans l'oubli) qui y figuraient y dont l'inclusion ne semblait plus pertinente. Sur cette base ont suivi au XXe s. les éditions de 1929, 1938 et 1948 (avec des actualisations jusqu’en 1961, on en parlait). Or les auteurs que vous mentionnez
y sont restés. Ce n'est donc pas sans raison. Et même, si c'était sans raison, et il conviendrait de les rayer,
quid ad nos ?
En effet, c'est le Magistère de l'Église, éditeur de l'Index, et pas le lecteur catholique comme vous et moi, si érudit ou instruit ou cultivé soit-il (ou se considère-t-il

, car certains esprits forts ont tendance à se croire toujours au dessus de la mêlée), qui est compétent et en droit pour faire ce tri. Une question de bon sens, d'humilité, d'obéissance et de mortification.
En plus, en cas de vrai besoin ou de raison sérieuse (études, ...) il y a (avait) toujours la possibilité d'avoir une dispense, qui est (était) toujours nominative et limitative, pour posséder, garder, lire et étudier tel livre indexé. Il (faut) fallait passer par le curé, qui consultait l'Ordinaire.
Ainsi nous avons dans la bibliothèque de mon père, qui était entre autres romaniste, quelques livres en français et italien repris dans l'Index et pour lesquels il avait une dispense. Nous avons gardé ce fonds (dont certaines éditions précieuses) dans notre bibliothèque familiale. Feu mon père, connaissant et encourageant mes goûts pour les livres et les langues, et bien conscient de ses devoirs, m'avait simplement dit que tel ou tel livre n'était pas pour moi.
Dieses Buch sollst du nicht lesen. Je ne les ai jamais ouverts.
Concernant les belles lettres, pour les collèges ou lycées, on fait (faisait) des éditions qui comportent des extraits choisis et qui faisaient l'objet d'un imprimatur (parfois tacite, quand on faisait foi au compilateur ou éditeur religieux), ce qui permettait l'étude et la lecture de certaines oeuvres par ailleurs interdites, ce qui était en outre précisé.
Personnellement pendant mes études, j'ai été tenté de lire
The history of the decline and fall of the Roman Empire de Edward Gibbon, Esq. de 1776. Ouvrage grandiose et magnifique, du point de vue du style anglais (et c'était la raison principale de ma tentation), mais fourré de mesquineries, de mensonges et de vérités travesties concernant les débuts du Christianisme et de son dogme. Indexé en 1783 et y resté jusqu'au bout. Probablement ces mesquineries, mensonges et vérités travesties ne m'auraient pas échappé et ne m'auraient pas influencé de façon à me faire douter de la Foi. Mais qui suis-je pour juger de mes propres capacités dans le domaine ? Chacun à sa place.
En temps normal j'aurais sans doute pu avoir une dispense pour étudier cet ouvrage, si c'était nécessaire, et dans notre temps anormal, je parle des années 80, j'aurais peut-être même pu faire valoir dans mon for interne une
praesumptio juris, pour impunément passer outre les proscriptions canoniques, si (si !) l'étude de cet ouvrage m'avait été absolument indispensable. Mais ce ne fut pas le cas, et je n'ai finalement à ce jour jamais lu même pas une demi-page de Gibbon.
Je vis très bien comme ça.
Serva ordinem, et ordo te servabit.