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Ordination des femmes: le plaidoyer d'un professeur de l'Université catholique de Louvain
par Signo 2019-05-14 20:19:01
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Article paru dans La Croix, à lire ici.

Bon, c'est un ramassis de stupidités.

Mon analyse:


Le pape François vient de déclarer que la commission mise en place sur l’ordination diaconale des femmes n’est pas parvenue à un accord. Il ajoute que des positions assez différentes se sont exprimées. Il faudrait alors attendre de nouveaux éléments. En fait, ce n’est pas une surprise. Il était illusoire d’attendre une position unanime alors que le dossier est bien connu depuis des années, avec ses appréciations divergentes. Tout dépend des dimensions que l’on privilégie, tant pour l’histoire, la théologie ou le droit, et le type de lecture de l’histoire comme de la tradition théologique. Rappelons ici brièvement quatre dossiers. Le dossier historique est pauvre mais clair. Des femmes diacres existaient dans l’Antiquité dans plusieurs régions de la Méditerranée. Certains auteurs parlent de diaconesses, mais il faudrait privilégier le mot diacre aussi pour les femmes, puisque la seule mention dans le Nouveau Testament emploie le même mot que pour les hommes (diakonos), pour qualifier Phoebé que Paul appelle aussi sa sœur (Rm 16,1). Quelle était la place de ces femmes dans la communauté ? C’est difficile à reconstituer tout comme pour les hommes diacres, et variable selon les sources. Se questionner sur la dimension d’ordination sacramentelle aux origines est une impasse car anachronique, quel que soit le ministère concerné.



La malhonnêteté de l'article commence dès les premières lignes. L'auteur commence par reconnaître que la commission «n'est pas parvenue à un accord», ce qui est déjà en soi l'aveu de l'incapacité de ladite commission à fournir la moindre preuve historique de l'identité entre le diaconat féminin tel qu'il était vécu au cours des premiers siècles et le diaconat ministériel ordonné, alors même que cette commission a été instituée afin de trouver à tout prix des éléments historiques destinés à justifier a posteriori la réception par les femmes du sacrement de l'Ordre, et non pas pour établir une vérité historique qui a été déjà tranchée de manière parfaitement claire dans le passé récent. On est également frappé par l'absence à peu près complète de toute référence à la Tradition de l'Eglise, mis à part une phrase lapidaire (en gras) qui affirme que "tout dépend des dimensions que l'on privilégie", comme si la référence à la Tradition, au lieu d'être incontournable car consubstantielle à la nature même du christianisme authentique (partagé par la TOTALITE des Eglises apostoliques), n'était qu'une référence possible parmi beaucoup d'autres. Or, cette approche relativiste qui met sur le même pied la Tradition, l'histoire, le droit, etc. comme critère de légitimité est déjà en soi une approche libérale et protestante. Enfin, la dernière phrase de ce passage semble totalement oublier le fait que l'ordination sacramentelle n'est pas une création tardive du Moyen-Age ou de l'époque constantinienne, mais trouve son origine dans les Actes des Apôtres, ce qui est souligné par le fait que c'est l'imposition des mains qui est la matière du sacrement, et non autre chose. Il n'est donc pas anachronique sur le plan théologique de parler de la réalité de l'ordination au cours des premiers siècles, même si le terme n'existe évidemment pas encore.


Le dossier de théologie sacramentaire ne pose aucune difficulté à partir du moment où l’Église catholique a restauré en 1966 le diaconat comme un degré propre et autonome du sacrement de l’ordre. Auparavant, cela aurait été impensable car le diaconat n’était qu’une étape avant l’ordination comme prêtre. Il était alors exclu que des femmes soient concernées. C’est désormais possible, et sans devoir imaginer une ordination différente de celle des hommes.



Ce raccourci composé d'affirmations gratuites prétend balayer d'une phrase lapidaire la totalité des pourtant très nombreux éléments allant à l'encontre d'une possibilité d'ordination féminine. L'auteur établi un lien entre restauration du diaconat permanent et diaconat féminin que rien ne permet de justifier. C'est oublier que le diaconat permanent ne change absolument rien à la doctrine enseignant que le diaconat n'est que le premier degré du sacrement de l'Ordre, et non un sacrement à part débouchant sur un ministère à part. La preuve en est que les Eglises orientales, dont beaucoup ont pourtant suivi des évolutions assez différentes de celles de l'Eglise catholique sur bien des points, et qui possèdent un diaconat permanent qui est l'héritier direct de celui des premiers siècles, n'ont jamais permis "l'ordination" diaconale des femmes et ne le feront sans doute jamais. On en profitera au passage pour rappeler que cette question de l'ordination des femmes n'est qu'une "lubbie" propre au monde occidental, et qu'elle est aujourd'hui encore totalement étrangère au monde chrétien oriental, pourtant resté bien plus proche spirituellement et ecclésiologiquement du christianisme des premiers siècles que l'Eglise latine.


Le dossier socio-anthropologique n’est certes pas le plus important, mais il paraît difficile d’en faire l’impasse aujourd’hui. Le résultat en est une perception différenciée du statut et du rôle de la femme selon les cultures aujourd’hui. Or cette conscience vive est en bonne cohérence avec l’appel récurent du pape François à une décentralisation dans l’Église catholique, mue par le principe théologique de la synodalité. D’ailleurs l’exemple du diaconat permanent des hommes a montré la voie. Dans les années 1970, les Églises d’Afrique n’ont pas estimé opportun d’introduire le diaconat permanent. Une restauration du diaconat féminin ne serait ainsi pas tout de suite universelle, mais laissée au discernement pastoral des Églises.



Quelle ramassis d'âneries! Tout est contestable dans ce passage. Que veut dire "cultures d'aujourd'hui"? Rien. Si ce terme a pour vocation d'embrasser toutes les cultures existantes aujourd'hui sur Terre, comment oublier que quantité d'entre-elles sont totalement étrangères au féminisme radical qui n'est qu'un phénomène purement occidental et certainement pas universel. En fait, l'auteur confond "cultures d'aujourd'hui" et "mentalité ultralibérale occidentale". Ce n'est rien de moins qu'une expression de l'anthropocentrisme de l'homme occidental qui s'imagine naïvement que la Terre entière partage sa vision du monde, et qui est même incapable de comprendre qu'il puisse en être autrement. Je connais quantité de cultures qui n'accepteraient JAMAIS des femmes prêtres ou même diacres. Ensuite, l'auteur nous apprend que la "synodalité" est un "principe théologique". "Principe théologique", je ne sais pas, mais bêtise théologique, oui, à coup sûr. Tout simplement parce cette idée est, une fois de plus, une lubbie du catho libéral du début du XXIe siècle. L'épiscopat est un principe théologique. La collégialité épiscopale est un principe théologique lorsque l'on parle du corps épiscopal tout entier (= Concile). L'idée de la synodalité comme principe théologique est totalement étrangère à la Tradition comme au Magistère. Lorsque la synodalité a été institué à la suite du Concile, il s'agissait d'en faire un outil de conseil du Pape pour l'aider dans sa tâche de gouvernement de l'Eglise universelle; à aucun moment il n'a été question d'en faire un "principe théologique".


Enfin, le dossier de théologie pastorale est le plus important. Des dizaines de milliers de femmes exercent un ministère diaconal sans être ordonnées pour cela. Ce sont principalement les aumônières de prison, d’hôpitaux et autres maisons de santé d’une part, et les animatrices pastorales en monde scolaire d’autre part. La plupart ont des mandats formels et sont parfois salariées. Un enjeu théologique primordial se pose alors aujourd’hui, comme l’écrivait le cardinal Koch déjà en 1997. Dans l’Église catholique dont la structure est sacramentelle, il n’est pas souhaitable que des personnes exercent durablement un ministère de type ordonné sans avoir reçu le sacrement de l’ordre lui correspondant. L’agir de ces femmes est explicitement signe de l’amour bienveillant et de la miséricorde de Dieu auprès de personnes fragiles ou en construction. Et nous croyons que leurs actions sont efficaces, au sens justement d’une sacramentalité. Ces femmes sont essentielles au déploiement de la diaconie, une composante de l’évangélisation. À partir de là se pose une alternative simple : soit les sacrements sont des réalités de notre foi, soit pas. Si oui, cela changerait quelque chose, tant dans la portée du signe que dans l’efficacité de leur action diaconale, que ces femmes soient munies d’une grâce spécifique car sacramentelle. Pour le dire en bref, qu’elles soient ordonnées.

     

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