Messages récents | Retour à la liste des messages | Rechercher
Afficher la discussion

Sacrosanctum Concilium
par Signo 2019-02-01 20:04:05
Imprimer Imprimer

La FSSPX reconnaît tout d'abord... que le texte, à première vue, est satisfaisant:

A première vue, on ne peut être que satisfait de ce texte. D’ailleurs, n’a-t-il pas été approuvé par la quasi totalité des pères conciliaires ?
La sanctification des hommes et la glorification de Dieu y sont rappelées(6) ; la liturgie est définie comme principe de la piété(7) ; le latin est prôné(8) ; le chant grégorien reste le chant d’Eglise(9) ; on entend donner une bonne formation aux pasteurs, clercs et fidèles(10)…


Puis elle mentionne un avis positif d'un théologien progressiste sur la constitution et utilise cet avis pour jeter la suspicion sur le texte (avis qui ne veut rien dire en lui-même: il y avait à l'époque des milliers de théologiens, et je pense qu'il ne serait pas difficile d'en trouver dix ou vingt à la théologie tout à fait orthodoxe qui s'en sont également réjoui... donc argument sans valeur):

Et pourtant, n’est-ce pas le sulfureux théologien Schillebeeckx(11) qui se réjouissait de cette constitution, la qualifiant de chef d’œuvre ? Voilà un signe qui ne trompe pas…

Il est certain que ce texte reprend en grande partie l’encyclique Mediator Dei de Pie XII, même s’il ne la mentionne pas. Mais le schéma conciliaire n’a pas la même qualité que le texte du pape. En effet, là où Pie XII, pour mieux cerner l’objet de la liturgie, condamnait les erreurs opposées (archaïsme, etc), le concile semble, lui, avancer en eau calme, comme si aucun danger ne menaçait. Ainsi, cette constitution laisse planer une sentiment d’assurance : elle prône une réforme de la liturgie, sans se rendre compte qu’il y a tout autour des écueils à éviter. Le silence sur les erreurs dénote très clairement un esprit dévoyé. D’autant plus que c’est le magistère qui parle. Ces omissions sont donc la porte ouverte à des errements que l’on constatera aisément…

Cette critique, bien timide d'ailleurs, révèle une fois de plus que la FSSPX est incapable de sortir d'une logique de "réaction", où l'Eglise doit nécessairement axer tout son discours sur le principe de la condamnation. Bien sûr, on est en droit de regretter que la constitution n'émet aucune condamnation; sauf qu'il faut se remettre dans le contexte de l'époque: le principe des anathèmes n'aurait dans le contexte moderne ou post-moderne aucune efficacité (il suffit de voir comment la majorité des mises en garde et des rappels doctrinaux des papes depuis Paul VI ont été superbement ignorés sur le terrain) et serait probablement même contre-productif (condamner et lancer des anathèmes dans le cadre d'un discours essentiellement négatif et prohibitif n'a de sens que dans le contexte d'une chrétienté où on a le sens du respect de l'auctoritas et où tout le monde obéit à Rome; ce n'est plus le cas, et depuis longtemps, dans les années 1960). Si le Concile avait lancé des anathèmes, il est évident que cela n'aurait STRICTEMENT rien changé sur le terrain.

Un autre problème plane dans le texte. On pourrait le qualifier de contradiction, encore qu’il ne soit pas énoncé précisément de cette façon. En effet, la constitution rappelle bien certains principes. On ne peut alors qu’être satisfait. Mais aussitôt le principe affirmé, le texte laisse la possibilité de le modifier. On ne dit pas oui. On ne dit pas non. On dit oui, mais…

Par exemple, au numéro 22, il est dit que seul le Siège apostolique, et dans certaines limites l’évêque, peut régler la liturgie. Mais au numéro suivant on permet des innovations si c’est utile.

Au numéro 36, il est affirmé clairement que « l’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». Au paragraphe suivant, on lit avec étonnement : « Toutefois, … l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place… »


Cette critique est profondément malhonnête: on accuse le numéro 23 d'être la source des abus liturgiques actuels alors que ce paragraphe, dans sa lettre comme dans son esprit, est la condamnation ouverte de la quasi totalité des "expériences liturgiques" réalisées depuis les années 1960. Le Concile insiste sur la continuité, le développement organique, le maintien "de la saine tradition", la nécessaire compréhension de l'esprit de la liturgie. Sur le terrain, on s'est livré au contraire à un iconoclasme aveugle et à des innovations qui rompaient brutalement avec la tradition liturgique.

Pour ce qui est de la langue liturgique, la position de la FSSPX est absurde: il est évident qu'une introduction limitée de vernaculaire dans la liturgie pouvait permettre une meilleure "imprégnation" par les fidèles de l'esprit liturgique. Au moment du Concile, il y avait une quasi unanimité sur ce point, et même Mgr Lefebvre le reconnaissait. D'ailleurs il y a beaucoup de paroisses attachées au VOM qui pratiquent cette introduction limitée de vernaculaire, avec beaucoup de fruits. Il n'y a donc absolument aucune "contradiction" dans ce passage.

Enfin, une expression symptomatique revient assez souvent. Le texte parle très abondamment de la « participation active »(12) des fidèles. C’est un réel problème car cette activité n’est pas définie. En réalité, en matière de sacrements, seul le ministre (le prêtre et l’évêque, en raison de leur caractère sacerdotal) ont un rôle actif. Les fidèles (le peuple de Dieu comme les appelle la constitution par deux fois) ont un rôle passif, en ce sens que ce ne sont pas eux qui « font » les sacrements : ils les reçoivent et ont un droit à les recevoir en raison de leur caractère baptismal. En ce sens, ils sont dits passifs.

L’action communautaire réclamée par le texte conciliaire laisse planer une ambiguïté sérieuse et importante qui tend à mettre sur le même pied prêtres et fidèles. C’est l’amorce de la doctrine du sacerdoce commun dont nous aurons à parler plus tard.

Il y aurait d’autres passages à relever tels la place éminente donnée aux Ecritures, l’absence de mention de la Tradition en matière de sacrements ou même pour le canon de la messe, l’importance pédagogique de la liturgie, que la brièveté de cette étude ne nous permet pas d’expliciter.


La notion de "participation active" est de saint Pie X qui ne définit pas plus la notion. A aucun moment le Concile n'enseigne que ce sont les fidèles qui "font" les sacrements, ni que les fidèles et prêtres doivent être "mis sur le même pied" (Lumen Gentium rappelle sans la moindre ambiguïté d'ailleurs que le sacerdoce ministériel diffère de nature et non seulement de degré du sacerdoce commun). On notera en outre la légèreté du dernier paragraphe: l'abbé B. semble oublier qu'il est en train de critiquer une constitution d'un Concile œcuménique dont les enseignements font intégralement partie du Magistère: donc soit il fait une critique qu'il a intérêt à rendre sérieuse, détaillée et solidement argumentée, et en outre justifiée par des raisons très graves, soit il se tait! Or cette critique ne rentre jamais dans le détail, elle se contente de survoler très superficiellement les textes, en lui faisant dire parfois le contraire de ce qu'ils disent explicitement; on est en outre frappé par l'absence de toute référence magistérielle solide.

Les derniers paragraphes valent leur pesant de cacahuètes et prouvent la partialité et la mauvaise foi de l'auteur, qui affirme mais n'avance aucun argument solide et ne démontre rien:

On juge l’arbre à ses fruits : nouvelle messe, nouveaux missels, nouveaux sacrements… Et pourtant, on entendra (ou on a entendu…) souvent dire que le concile n’a pas voulu tous les fruits (entendez les abus…) qui s’en sont suivis.

Il faut répondre que le concile n’a pas empêché ces fruits, ne les a pas condamnés et a leur a laissé la porte ouverte. Il existe des omissions qui sont coupables, et retirer les fruits mauvais ne suffit pas à assainir l’arbre.


Quelle mauvaise foi! D'abord, il y a quantité de passages dans SC (dont le fameux numéro 23, mais aussi beaucoup d'autres) qui sont en eux-mêmes et par ce qu'ils affirment une condamnation très nette des innovations chaotiques qui suivront sur le terrain, et qui contredisent de manière flagrante la constitution. Ensuite, comment reprocher à un Concile de n'avoir pas su empêcher des dérives qui se sont produits... après!

En réalité, ce texte est emprunt d’un esprit libéral. D’une part la vérité est affirmée, mais l’erreur n’est pas condamnée. D’autre part, affirmer un principe en droit et concéder qu’on ne peut l’appliquer en fait, ressortit aussi à cet esprit. Enfin, ce libéralisme est moderniste par les affirmations dangereuses de participation active et peuple de Dieu, lesquelles affirmations seront développées par la suite dans la théorie du sacerdoce commun.

La constitution Sacrosanctum concilium est donc fautive non seulement par ses expressions malheureuses qui sous-tendent une théologie nouvelle mais aussi par ses omissions coupables.


Successions d'affirmations gratuites... Zéro démonstration, zéro preuve, zéro argument. La FSSPX est-elle en état de mort cérébrale? Si la notion de participatio actuosa est "dangereuse", alors saint Pie X doit être considéré comme un dangereux moderniste, puisque l'expression est de lui... L'abbé B. décidément ne recule devant aucune incohérence.

Enfin, bouquet final, le texte se termine sur un mensonge:

Bref, en un mot et pour faire court, avec cette constitution, la liturgie ne semble plus ordonnée premièrement à Dieu, mais à l’homme.

C’est donc un nouveau culte qui y est initié.


C'est faux et archi-faux. Sacrosanctum Concilium enseigne EXACTEMENT ET EXPLICITEMENT LE CONTRAIRE:


En effet, la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption », contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. Car il appartient en propre à celle-ci d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et adonnée à la contemplation, présente dans le monde et cependant en chemin. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons.



Ma conclusion: la FSSPX raconte n'importe quoi sur le Concile; sa critique repose essentiellement sur des arguments gratuits et donc l'absence de toute forme de rigueur intellectuelle, une hostilité par principe aux enseignements du Concile qui l'empêche de regarder la réalité des textes, et enfin une fondamentale mauvaise foi. C'est consternant.

     

Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !


  Envoyer ce message à un ami


 Prologue à l'étude du dossier de la FSSPX sur Vatican II par BK  (2019-02-01 15:21:43)
      Un autre texte par Jean-Paul PARFU  (2019-02-01 17:10:23)
          Quand on n'a rien à répondre, on botte en touche par BK  (2019-02-01 18:25:33)
              C'est vous qui n'avez pas grand chose à dire par Jean-Paul PARFU  (2019-02-01 18:33:45)
                  Ta tam par BK  (2019-02-01 18:35:16)
                      Onomatopées par Jean-Paul PARFU  (2019-02-01 20:12:15)
              la justice... par Regnum Galliae  (2019-02-01 18:54:23)
      Sacrosanctum Concilium par Signo  (2019-02-01 20:04:05)


78 liseurs actuellement sur le forum
Mentions Légales
[Valid RSS]