Un autre texte du même auteur par Vianney 2018-11-11 17:37:31 |
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...et sur le même sujet, tiré des mêmes sources, a déjà été cité ici par Diafoirus. À ma connaissance, le troisième publié dans le même article d’Itinéraires est inédit sur le FC : il date de 1950. Il n’est pas non plus sans rapport avec l’époque de l’année liturgique que nous venons de vivre.
“Quelqu’un m’a demandé récemment près de quel Ordre religieux j’avais bu si profondément aux sources liturgiques.
Avant ces dernières années, je n’avais jamais parlé ni à moine, ni à nonne, je n’avais jamais mis les pieds dans un parloir d’abbaye.
Mais ma grand-mère était une de ces vieilles Françaises qui chantaient Vêpres tous les dimanches, Complies les jours de fête, et qui suivaient minutieusement dans leur vieux gros livre aux feuillets jaunis les Ténèbres de la Semaine Sainte et les Grandes Matines de Noël et du jour des morts.
Je n’avais qu’à peine neuf ans. Elle m’emmenait avec elle. C’était pour moi l’entrée dans un monde sublime, en dehors de l’autre, où Dieu et l’homme échangeaient des paroles inouïes qui n’avaient pas de sens dans les autres pays.
Le soir de la Toussaint, à six heures, nous pénétrions toutes les deux dans la grande Nuit de la Cathédrale qui n’avait plus à cette heure, sous les voûtes prodigieuses, ni commencement ni fin.
Peu de fidèles sur les chaises. Du portail jusqu’à l’autel, l’église était toute tendue du noir des grandes funérailles qu’éclairaient à peine, au chœur, quelques cierges effrayés tremblotant dans la pénombre.
Dans la tour, les glas tintaient... ces admirables glas de la Cathédrale d’Auxerre, groupe tragique de cloches profondes qui éclataient brusquement en sanglots cinq ou six notes déchirantes et retombaient dans le silence, d’où, de nouveau, elles ressortaient, après quelques minutes d’angoisse, avec des larmes ténébreuses qu’elles étaient allées puiser dans on ne sait quel puits de peine et de peur.
J’attendais en frissonnant chaque retour de ces cloches poignantes... Cependant, nous chantions avec les prêtres, les psaumes de David, les plaintes de Job. J’entendis là — à neuf ans — l’inconsolable cri de l’homme. Il est entré en moi, et n’en est plus ressorti.
Je crois que ce Job, ce David furent mes vrais, mes premiers Pères entre tous ceux que sont pour nous les Poètes, Prophètes et Génies.”
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