La liturgie en Révolution (3) : L’égalité contre la liturgie par Peregrinus 2018-01-04 18:09:04 |
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Comme on l’a vu, l’installation de l’Eglise constitutionnelle au printemps 1791 n’entraîne pas la publication de nouveaux livres liturgiques. Dans l’ensemble, les évêques intrus, de même que la plus grande part de leur clergé paroissial, semblent s’être montrés d’abord soucieux d’observer les rites en vigueur avant le schisme. Il n’en va pas de même cependant de certains prêtres patriotes, animés du désir de faire passer dans les cérémonies du culte le nouvel esprit révolutionnaire, qu’ils identifient à un retour à la pureté de l’Eglise primitive. Leurs efforts se portent en premier lieu contre les marques liturgiques de la puissance épiscopale.
En effet, au XVIIIe siècle, la résistance des prêtres appelants et les difficultés économiques d’une partie du bas clergé (1) favorisent l’essor d’un mouvement de contestation du « despotisme épiscopal ». Le canoniste jansénisant Maultrot plaide ainsi, à la fin de l’Ancien Régime, pour un gouvernement de charité et de raison, où l’ « envie de dominer » des évêques est régulée par le rôle des chapitres cathédraux et surtout des synodes diocésains (2). La Constitution civile du clergé semble faire une place à ces revendications en entourant l’évêque d’un conseil de vicaires épiscopaux sans la délibération duquel il ne peut poser aucun acte de juridiction (titre I, article 14).
Cette réforme suscite beaucoup d’espoir chez certains prêtres patriotes. Ainsi l’abbé Jean-François Nusse, curé dans le diocèse de Soissons, puis vicaire épiscopal de Grégoire, évêque intrus du Loir-et-Cher, attend-il de la nouvelle organisation ecclésiastique une « régénération de l’épiscopat ». Conformément au nouvel esprit, évêque doit cesser d’être un seigneur ; les signes monarchiques de son autorité spirituelle doivent donc disparaître de la liturgie. Il s’agit pour l’abbé Nusse d’effacer toute différence extérieure entre l’évêque et le prêtre :
Depuis long-tems, les évêques ne faisoient plus rien comme les autres prêtres. Autre mode de saluer le peuple, pax vobis. Autre mode de le bénir ; et qu’est donc le ministre bénissant les fidèles, si ce n’est un prêtre, puisant à l’autel où il célèbre, comme à sa source, les bénédictions qu’il répand sur la multitude chrétienne (3) ?
Vu la délibération du Conseil général de la commune de Soissons du 5 de ce mois [janvier 1793] qui instruit que, contre tous les principes révolutionnaires dont les bons citoyens doivent être animés, l’on voit encore dans l'église-cathédrale le citoyen Marolles, évêque [constitutionnel] du département, se faire présenter un fauteuil de distinction, des carreaux, des tapis en velours, des salutations particulières et distinguées, des agenouillements pendant le service divin, anneau à baiser et autres signes caractéristiques de domination, de vanité et d’orgueil dont était entaché le ci-devant Clergé dans l'ancien régime, qu’il est important de supprimer, et dont le souvenir seul fait honte à notre régénération actuelle ; que ces hochets chimériques de vanité et d’ostentation ne devraient plus reparaître sous le règne de la Liberté et de l’Egalité ; que tous les lieux où il se fait des rassemblements sont soumis à l’inspection immédiate de la municipalité qui est tenue de surveiller à ce qu'il ne s’y passe rien de contraire au nouvel ordre des choses ; que la couleur violette est la pourpre romaine, celle des Césars ; que la croix pectorale est une décoration ; que les anciens évêques la portaient comme telle ; que la crosse et la mitre, ainsi que les glands, sont des signes de féodalité, puisqu’ils faisaient partie des supports que les évêques de l'ancien régime utilisaient dans leurs armoiries ; considérant enfin que toutes les distinctions doivent s’écrouler devant la statue de la Liberté et le niveau de l’Egalité ; arrête qu’à compter d’aujourd'hui tous les signes et attributs des ci-devant prélats et évêques qui retracent aux yeux des citoyens cet esprit d’orgueil et d’ambition qui les dominait jusque dans les lieux saints, où ils devaient au contraire montrer le plus d'humilité, ainsi que tout ce qui peut avoir rapport à l’ancien régime, est et demeure entièrement supprimé dans l’enceinte de la commune de Soissons, ainsi que le trône qui se trouve dans ladite église-cathédrale, et tous les autres objets ci-dessus spécifiés ; que toutes distinctions généralement quelconques demeurent anéanties sous le règne de la Liberté (13).
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