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Amoris Laetitia analysée par des Dominicains
par jejomau 2017-12-05 23:20:19
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Extraits de Vincentius

les principes invoqués par AL pour légitimer l’admission aux sacrements de certaines personnes en situation objectivement et publiquement contraire aux commandements de Dieu ont une portée très générale, qui dépasse largement l’application particulière qu’on en fait ici. Après tout, l’homosexualité est-elle toujours imputable (au sens où l’entend AL) aux personnes qui la pratiquent ? N’y a-t-il pas certains facteurs atténuants qui limitent la capacité de décision de ceux qui s’y livrent ?
Tous les homosexuels comprennent-ils les valeurs impliquées par l’enseignement moral de l’Église sur la sexualité humaine ? Sont-ils toujours convaincus de pouvoir agir autrement, par exemple de vivre dans la continence ? La réponse à ces questions saute aux yeux, ainsi que les conséquences pratiques qui en découlent en vertu de la logique d’AL. On ne voit pas pourquoi, en effet, la « miséricorde » pastorale que l’on accorde aux divorcés remariés en matière de discipline sacramentelle ne s’appliquerait pas aux personnes homosexuelles connues comme telles. Des questions très similaires se posent également au sujet des personnes qui vivent dans le concubinage, qui exercent des professions immorales, qui coopèrent publiquement au mal, ou au sujet des chrétiens séparés qui désirent communier en certaines occasions, pour des raisons familiales, par exemple... Si, sur la base des principes d’AL, les pasteurs finissent par admettre à l’absolution et à la communion tous les « pécheurs publics » que l’on peut supposer ne pas pécher formellement en raison d’une conscience invinciblement erronée, sans leur demander en contrepartie de conformer extérieurement leur vie à la loi de Dieu, il est évident que le décalage entre la doctrine officielle de l’Église et sa praxis pastorale ne fera que s’accentuer avec le temps, et qu’il deviendra pratiquement impossible de rappeler certaines vérités fondamentales de la morale naturelle, si ce n’est à titre d’« idéal » magnifique, peut-être, mais réservé à une élite privilégiée. Une telle pastorale conduira à terme les fidèles à croire que l’essentiel est moins d’observer les commandements de Dieu que de suivre sa conscience personnelle, parce qu’en définitive, c’est la conscience personnelle qui prévaut. Or une telle opinion s’oppose à l’enseignement de saint Paul : « Ma conscience […] ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur » (1 Co 4, 4)



Conclusion
Les réflexions précédentes montrent, selon nous, combien l’admission aux sacrements des personnes en situation objective de péché public, permise par AL, représente une décision pastorale très lourde de conséquences, quelle que soit l’herméneutique de continuité qui cherche à la légitimer d’un point de vue doctrinal. Une telle pratique est en effet susceptible de brouiller durablement nombre de repères moraux aux yeux des fidèles, sans assurer pour autant le bien spirituel authentique des personnes en difficulté que l’on se propose d’aider. C’est donc à bon droit qu’elle suscite réticences et interrogations. Plus fondamentalement, la question que nous discutons ici renvoie le pasteur d’âmes au sens profond de son ministère. Son rôle est-il d’aider les fidèles à vivre conformément à l’évangile, en éclairant les consciences et en appelant à la conversion, ou plutôt d’adapter les exigences de la loi divine à ce que les chrétiens sont en mesure d’accepter sans difficulté, en raison de la mentalité actuellement dominante ? Doit-il faire dépendre ses décisions pastorales de la vérité, dont il est le serviteur et le témoin, ou se contenter de travailler à ce que les fidèles puissent vivre dans le mal objectif tout en évitant le péché formel ? Enfin, ses efforts doivent-ils consister à être apprécié de tous, en prenant garde de ne froisser personne, ou plutôt à faire aimer la Parole de Dieu, qui rend heureux ceux qui l’écoutent et qui la gardent (cf. Lc 11, 28), mais qui suppose le renoncement à soi-même et qui est parfois signe de contradiction ? Derrière la question pastorale de l’admission aux sacrements des divorcés remariés, c’est en réalité la conception même du ministère sacré et de l’évangélisation qui est en jeu.


     

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