Dubia : Le philosophe Robert Spaemann défend les 4 Cardinaux par Chicoutimi 2016-12-05 08:42:58 |
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Le philosophe, théologien et ami de Benoît XVI - le Professeur Robert Spaemann - prend la défense des 4 Cardinaux qui ont soumis leur dubia au Pape François. Ce philosophe avait d'ailleurs critiqué vivement l'exhortation apostolique Amoris Laetitia (Voir).
Voici donc une interview du philosophe catholique allemand, réalisée par la Bussola et traduite par Benoît-et-moi :
SPAEMANN: «LE PAPE DOIT FAIRE COMME JÉSUS: OUI OU NON»
Luisela Scrosati
4 décembre 2016
«Il est regrettable que quatre cardinaux seulement aient pris l'initiative dans cette histoire». C'est l'opinion du philosophe allemand Robert Spaemann, interrogé par La Nuova Bussola à propos des "dubia" soulevés par quatre cardinaux sur l'interprétation du Chapitre VIII de l'exhortation post-synodale Amoris laetitia.
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Le célèbre philosophe catholique, ami et contemporain de Joseph Ratzinger, professeur émérite de philosophie à l'Université Ludwig-Maximilians de Münich, avait déjà exprimé avec force sa perplexités au sujet du document post-synodal, peu après sa publication, den avril dernier. Allant même jusqu'à dire que « l'article 305 [d'Amoris laetitia), ainsi que la note 351, où il est affirmé que les fidèles "dans une situation objective de péché" peuvent être admis aux sacrements "en raison de circonstances atténuantes" contredit directement l'article 84 de Familiaris Consortio de Jean-Paul II» (interview dans l' édition en langue allemande de Catholic News Agency du 28 avril 2016. Traduction en français sur ce site: Le chaos érigé en principe d'un trait de plume).
- Professeur, que pensez-vous de la décision de la part de quatre cardinaux dexposer leurs "dubia", au Saint-Père d'abord, puis de faire connaître leur initiative et le texte à tous?
- Avec les dubia, les Cardinaux remplissent leur devoir de soutenir de leurs conseils, en tant que «sénateurs», l'Église en la personne du Saint-Père. Le juge suprême, dans l'Eglise, est le Pape. Il est malgré tout regrettable que seuls quatre cardinaux aient pris l'initiative dans cette histoire ... Les quatre cardinaux ont choisi la bonne route. Le Pape est le premier destinataire des dubia , même si à mon avis, l'écrit devait passer par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Quoi qu'il en soit, les expéditeurs n'ont pas écrit une «lettre ouverte», mais se sont adressés directement au Saint-Père. La publication n'a été voulue que dans un second temps, après que le pape ait refusé de répondre.
- Comment interprétez-vous le silence de François face à des requêtes motivées par une situation objective de confusion qui afflige les fidèles, ne serait-ce que pour la désorientation amplifiée par les médias?
- Le refus du pape de répondre à l'appel des quatre cardinal me remplit d'une grande inquiétude, parce que de cette façon, le Magistère suprême sombre. Le Pape a clairement une profonde aversion envers les décisions qui impliquent un oui ou un non. Mais le Christ, Seigneur de l'Église, met souvent ses disciples face à des décisions de ce genre. Justement dans la question qui se réfère à l'adultère, il frappe ("chocca"?) les apôtres par la simplicité et la clarté de sa doctrine.
- Une question pour approfondir le dubium n.3: Peut-être que la justification la plus insidieuse et persuasive pour «ouvrir dans certains cas» la communion aux «divorcés remariés» est de considérer que, puisqu'il n'est pas possible de déterminer la situation subjective des personnes impliquées, on ne devrait pas les priver des sacrements. L'objectif ne doit pas être au détriment du subjectivif ... Que pouvez-vous dire à ce sujet?
- C'est une grosse erreur de penser que la subjectivité est le critère ultime pour l'administration des sacrements. Il est vrai que toute action contre la conscience est mauvaise, mais il l'est tout autant d'agir avec une conscience erronée. C'est l'enseignement clair de saint Thomas d'Aquin. De cette façon peut naître un "casus perplexus" [situation où une personne se trouve ou croit se trouver confrontée à un choix entre deux ou plusieurs maux moraux, dans ce cas, agir contre sa conscience ou agir contre la règle, ndlr]. De ce dilemme, on ne peut sortir qu'à travers une «conversion», par l' ouverture de la conscience à la vérité objective. Le lieu de la redécouverte de la vérité est d'un côté la raison, et de l'autre la révélation.
- Dans les dubia nn. 2, 4, 5, il est demandé au Saint-Père si l'on doit considérer comme encore valides plusieurs enseignements «fondés sur la Sainte Écriture et la Tradition de l'Eglise». N'est-il pas déconcertant qu'on en soit à demander s'il faut encore donner du crédit aux sources de la Révélation?
- Devons-nous encore faire confiance à la source de la Révélation? «Vous aussi, vous voulez partir?» (Jn. 6, 67). Cette question, Jésus la pose à ses disciples quand la foule s'en va, car elle a entendu les paroles de Jésus. Pierre ne discute pas, mais demande seulement: «A qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jn. 6, 68)
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