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Après 28 ans d'expérience d'un "traditionalisme régularisé", il semble que le Saint-Siège a désormais entériné le fait que le traditionalisme, exclusivement tourné vers le missel tridentin, faisait partie du paysage catholique.
En pratique peut-être (encore que je ne suis pas certain qu'aucun prêtre FSSP ne concélèbre de temps à autre) mais certainement pas en principe, et vous ne pouvez pas nier l'évolution de la FSSP là-dessus, Ennemond. Aujourd'hui, tout au plus, quelques prêtres évoquent parfois certains aspects doctrinaux (de façon ô combien émoussée) mais sans jamais aller jusqu'à remettre en cause l'orthodoxie du nouveau missel.
D'ailleurs la crise de 1999, à laquelle vous faîtes allusion, s'est dénouée de façon très claire, et pas à l'avantage des partisans de la célébration exclusive du VOM. En témoigne la lettre envoyée par le cardinal Hoyos, alors tout nouveau supérieur de la commission Ecclesia Dei, en juillet 2000, au chapître de la FSSP :
Un Prêtre, qui jouit du privilège de célébrer la Messe selon l'ancien missel de 1962 ne perd pas le droit d'utiliser également le missel de 1970, qui est officiellement en vigueur dans l'Église latine. Aucun supérieur, en dessous du Souverain Pontife, ne peut empêcher un Prêtre de suivre la règle générale, qui a été promulguée par le plus haut législateur, c'est-à-dire de célébrer dans le rite réformé du Pape Paul VI. Une limitation de l'exercice de ce droit peut être librement décidée par un Prêtre, mais ne peut jamais devenir la règle commune dans un institut. Elle ne peut pas non plus être infligée à des séminaristes, ni entre une cause pour leur refuser l'ordination.
ICIAutrement dit tout prêtre ED peut célébrer le nouveau rite quand il veut et autant qu'il veut, sans encourir aucune sanction de sa hiérarchie, sauf à voir celle-ci officiellement désavouée par Rome comme ce fut le cas dans l'exemple ci-dessus ! Et le motu proprio de 2007, s'il a étendu la possibilité de célébrer dans l'ancien ordo, n'a pas modifié cette règle à l'égard du nouveau rite !
Vous m'objecterez peut-être qu'il n'y a pas que la FSSP ; je ne passerai certes pas en revue toutes les communautés ED et je ne pense d'ailleurs pas qu'il opportun pour vous de parler du Barroux ou de Campos en ce domaine n'est-ce pas ? Reste une communauté plus récente comme l'IBP. Trouvez moi une seule citation publique de son supérieur ces dernières années, qui affirme/explique que le nouveau missel n'est pas orthodoxe !
Sur ce point au mieux, les prêtres ED se taisent, et cela quel que soit leur institut. Pire, en cas de conflit avec un de leurs subordonnés en la matière (concélébration, célébration ou plus encore assistance active) ils savent que la règle édictée par le cardinal Hoyos paralyse à l'avance toute opposition de leur part.
Question subsidiaire : comment voulez-vous qu'après des années les fidèles tiennent " le coup" dans un tel contexte ? Nous en revenons à
ce débat2°
Le code de droit canon est très peu disert sur les prélatures qui demeurent des structures aux modalités très ouvertes. Celles-ci sont essentiellement régies par les normes de leurs statuts propres. La prudence et la réflexion dont Mgr Fellay fait preuve ces dernières années montrent son soin à n'épargner aucun détail.
Point très intéressant.
Le fait est que tout le monde semble avoir oublié la fameuse Administration Apostolique promise par le cardinal Hoyos en 2001, lorsque les discussions reprirent avec Rome. Or cette administration devait clairement donner une indépendance complète par rapport aux évêques et faire dépendre la FSSPX de Rome seulement. Depuis 2012, ce terme a été remplacé par celui de prélature.
Un tel glissement, en cas d'accord, risque d'avoir des conséquences pratiques désastreuses, vous le reconnaissez vous-mêmes c'est tout l'enjeu de la dépendance vis-à-vis des évêques qui est en cause. S'il ne faut pas calquer un futur statut de la FSSPX sur celui, actuel, de l'opus Dei, le principe énoncé au canon 297 subordonnerait clairement le développement de la FSSPX au bon vouloir des évêques :
Can. 297 - Les statuts déterminent également les rapports de la prélature personnelle avec les Ordinaires des lieux des Églises particulières où, avec le consentement préalable de l'Évêque diocésain, la prélature accomplit ou désire accomplir ses tâches pastorales ou missionnaires.
Question subsidiaire : pourquoi ce glissement, depuis 2012, a été si peu évoqué ? Cela peut se comprendre de la part de Rome ou des supérieurs de la FSSPX qui n'y ont pas intérêt.
C'est moins compréhensible de la part des opposants à un accord avec Rome. En fait, ces derniers ont essentiellement critiqué la possibilité d'un accord en tant que tel, sans entrer dans les "détails" pratiques de ce dernier. C'est ce que j'ai moi-même fait dans le lien donné plus haut. Une administration apostolique ne ferait certes que ralentir le processus de normalisation de la FSSPX.
Il est cependant intéressant de constater que le statut proposé actuellement de prélature, si son principe est réellement d'or et déjà accepté, constitue une reculade par rapport à 2001. En quelque sorte avant l'heure.