Très contestable par Peregrinus 2016-05-22 15:03:24 |
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Vous écrivez que c'est "cette forme (la messe de saint Pie V) qui a provoqué en réaction la catastrophe des années 1960-1970".
Une telle affirmation est éminemment contestable, et à plus d'un titre.
D'une part, succession n'est pas toujours causalité et l'histoire ne se résume pas à une succession de mécanismes du type action/réaction.
D'autre part, quand bien même il y aurait une "réaction", encore faudrait-il savoir à quoi les réformateurs ou les démolisseurs réagissaient et pourquoi ils y réagissaient. Autrement dit, la démolition de la liturgie pouvaient certes réagir contre tel ou tel aspect de la messe traditionnelle, mais cela ne veut pas dire que l'origine de leur réaction se trouvait dans un excès ou une carence de la messe traditionnelle, celle-ci ayant pu leur apparaître comme un obstacle à ce qu'ils jugeaient être le bien ou l'avenir de l'Eglise.
Vous auriez dû relever, par exemple, que le courant réformiste qui a porté le mouvement de destruction (pour reprendre les termes du P. Gelineau S.J.) de la liturgie romaine traditionnelle s'est nourri non tant de cette liturgie traditionnelle, mais plutôt de tout ce qui se trouvait à ses marges (ou à ses périphéries comme on dirait aujourd'hui) : expériences liturgiques et para-liturgiques des mouvements d'Action catholique spécialisée, du scoutisme, des paroisses "missionnaires".
Ce que vous auriez pu en déduire, c'est qu'à un moment donné (les années 1950-1970), la messe romaine traditionnelle s'est trouvée en inadéquation avec les aspirations de ce courant et de ce qu'E. Poulat dans Eglise contre bourgeoisie appelait les "classes moyennes de l'Eglise", formées par les aumôniers, dirigeants et militants des mouvements spécialisés qui exerçaient alors une forte poussée et se pensaient, sincèrement sans doute, l'aile marchante, l'avenir de l'Eglise.
Le problème, dès lors, est de savoir si ces aspirations étaient compatibles avec l'esprit de la liturgie catholique ou si elles lui étaient radicalement contraires. On ne se trouve pas devant une simple réaction face à un excessif ritualisme, mais me semble-t-il devant un phénomène très différent : une réforme qui se situe dans la continuité de l'évolution générale après 1945 de mouvements qui se trouvent avoir occupé à un moment donné une position dominante dans l'institution ecclésiale, et auxquels la messe traditionnelle étaient effectivement de plus en plus étrangère.
C'est pourquoi il me semble que vous raisonnez trop vite, en pensant écraser vos contradicteurs alors qu'il est rare que vous écriviez sur ces sujets plus d'une phrase ou deux sans qu'on puisse en remettre en cause la logique ou le bien-fondé.
Peregrinus
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