Romantisme de la science... par Vianney 2016-05-14 14:10:28 |
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Le traducteur de la nouvelle édition, le P. Boulangé, confirme ce que vous écrivez. Il note à la suite de la préface du P. Brodrick :
Première œuvre du Père Brodrick, ce Robert Bellarmin donnait déjà la mesure de sa méthode. Une extraordinaire érudition, directement puisée dans de multiples sources, des citations fréquentes, un art étonnant de mettre à la portée du grand public « les hommes tels qu’ils sont ». Cet abrégé ne livre pas au bas des pages les milliers de références qui donnent au texte sa valeur historique ; l’édition anglaise de 1961 n’en comportait d’ailleurs presque aucune : le lecteur français trouvera ici pourtant les principales, celles des originaux dont le texte anglais offrait une traduction.
Il dit dans sa préface de 1961 concernant ses deux volumes de 1928 que the hand of time lay heavily upon them. Cela n'a jamais été mon impression.
Ne serait-ce pas plutôt l’esprit d’un certain temps qui est hélas toujours le nôtre et qui aurait touché la lucidité et le discernement dans certains points du P. Brodrick ?
J’espère me tromper. (Lycobates)
Bellarmin était-il compétent pour conseiller à Gaulée de parler de l’héliocentrisme comme une hypothèse, plus valable que les systèmes de Ptolémée et de Tycho-Brahé ? Pierre Duhem, l’éminent physicien, alla jusqu’à écrire en 1908 : « La logique était du parti d’Osiander, de Bellarmin et d’Urbain VIII, et non pas du parti de Kepler et de Galilée ; ceux-là avaient compris l’exacte portée de la méthode expérimentale et, à cet égard, ceux-ci s’étaient mépris ». (James Brodrick, Robert Bellarmin, l’humaniste et le saint, p. 298.)
Galilée avait parfaitement raison de rejeter la naïve invitation de Bellarmin : traiter la théorie de Copernic comme une simple hypothèse. Grand savant, premier théoricien de la science, il savait de source sûre que son rôle était d’atteindre à la structure de la réalité, que les hypothèses sont formulées, non pour sauver les apparences, mais pour être vérifiées ou rejetées par l’expérience, et aussi pour apporter un principe d’unité dans la diversité des phénomènes. (p. 299)
Toute l’erreur — à notre sens énorme, et qui vicie complètement l’interprétation des avatars de l’esprit humain depuis la Renaissance et sous le choc du cartésianisme — est de croire que la nouvelle science de la nature s’est définie en divorçant de la métaphysique (et de la morale) et en contractant mariage avec les mathématiques. Sans doute, les mathématiques étaient la seule science qui subsistait, intacte, du naufrage de l’ancienne conception de l’univers, et pouvaient, à ce titre, s’ériger en pôle d’attraction pour toutes les connaissances empiriques de la nature abandonnées à l’incertitude et à la précarité qui résultaient de leur découronnement. Mais la victoire des mathématiques sur l’explication métaphysique et théologique de la nature est due à un autre facteur. Les mathématiques n’ont triomphé du principe de causalité que dans la mesure où l’homme — que les disgrâces du christianisme détournaient de sa finalité naturelle et affranchissaient de ses normes — n’a plus perçu le monde extérieur comme objet de contemplation, mais comme une matière destinée à recevoir l’empreinte de ses intentions conquérantes. Un monde qui n’est plus formellement appréhendé dans sa subordination à une cause suprême qui lui confère son existence et son intelligibilité, n’est plus un monde, un cosmos, un ensemble, un arrangement, un système de parties congruentes. Privé des lumières supérieures qui dessinaient en lui un ordre, il devient un chaos, un flux de phénomènes sensibles insaisissables, un pêle-mêle d’énergies disparates qui suscitent, abandonnées qu’elles sont à leur cours en apparence incohérent et confus, la volonté de puissance de l’homme.
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