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Je suis à la fois moins "intransigeant" et plus "pessimiste".
par Scrutator Sapientiæ 2016-02-13 19:01:16
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Bonsoir et merci, Ennemond.

1. Si tant est que je sois en mesure de demander quoi que ce soit, je ne "demande" évidemment pas que les quatre documents du Concile les plus représentatifs du spécifique de Vatican II soient "brûlés en place publique", et, en ce sens, je suis moins "intransigeant" que ceux qui, s'ils existent, le demandent, pourraient le demander, ou en viendraient à le demander.

2. Ce que je "demande", c'est que l'on cesse d'accorder l'importance, et, pour tout dire, l'autorité, que ces textes (une constitution et deux déclarations pastorales, ainsi qu'un décret pastoral) n'ont pas vocation à avoir, de par leur nature, alors que leur accorder, depuis, à présent, un peu plus de cinquante ans, l'importance qu'on leur accorde, revient à leur conférer, dans les faits, une autorité presque supérieure à celle d'une constitution dogmatique.

3. Dans la mesure où je suis habilité à faire preuve de "pessimisme", je me permets de faire part de mon pessimisme, sur le caractère effectif de la possibilité de "retrouver progressivement un référent consistant (le reste de la Tradition de l'Eglise plutôt que des textes vaporeux)". En quelques mots, voici pourquoi.

D'abord, et comme je l'ai déjà écrit, un "référent consistant", un instrument de pensée (sinon unique, du moins commun), à la fois orthodoxe et réaliste, existe-il, aujourd'hui, au sein de l'Eglise catholique ? Je ne suis pas absolument persuadé que ce soit bien le cas.

Ensuite, quand bien même ce "référent consistant" existerait, je ne perçois pas, en tout cas pour l'instant, de mouvement de retour progressif, ou de retrouvailles progressives, en direction de ce "référent consistant".

En outre, je perçois d'autant moins un tel mouvement, si ce mouvement est, ou à vocation à être, selon vos voeux, un mouvement vers "le reste de la Tradition" : de quel reste s'agit-il : de chacune des composantes de la Tradition, ou d'une ou deux d'entre elles (la composante scolastique et la composante tridentine), par désir ou souci de remédier à la survalorisation ante-conciliaire, conciliaire, et post-conciliaire, de la composante patristique de la Tradition ?

Mais ces deux autres composantes de la Tradition ne sont-elles pas, dans un premier temps, à faire connaître, comprendre, aimer, pour elles-mêmes ?

Enfin, la raison majeure pour laquelle je manifeste mon pessimisme est celle-ci : je connais suffisamment l'histoire des idées, en politique comme en religion, pour savoir qu'il est extrêmement difficile de revenir sur ce que j'appelle des acquis mentaux. Or, les fondements et le contenu des "textes vaporeux" dont il est question ici sont considérés, globalement, comme des "acquis mentaux", sur lesquels il est communément considéré comme hétérodoxe, ou illégitime, d'envisager de revenir ...

4. Je suggère à toutes fins utiles une autre manière de "poser le problème", voire de "proposer une solution" : le spécifique de Vatican II est

- non seulement la conséquence de la mise en forme d'un certain nombre d'options philosophiques et théologiques antérieures au Concile lui-même,

- mais aussi le reflet d'une ambiance, d'une culture, d'une époque, consubstantielles à un moment de l'histoire de l'Eglise catholique et du monde contemporain, dans les années 1950 et 1960, un moment qui a été caractérisé par une certaine tendance à la confusion globale entre Espérance chrétienne et optimisme humain ou mondain.

5. Dans cet ordre d'idées, plus "culturel" que "doctrinal", si j'ose dire, j'ai beau chercher, je ne vois vraiment pas pourquoi les catholiques devraient continuer à s'en remettre, sans discernement, à des textes, ceux que j'ai déjà cités, qui ne portent pas avant tout la marque de l'hérésie, mais qui portent avant tout la marque d'une relation dysfonctionnelle, irréaliste, unanimiste, à certaines réalités, extérieures au catholicisme, au christianisme, ou à d'autres réalités, présentes dans l'esprit et la vie de l'homme et du monde.

6. Formulé autrement, ce qui précède revient à dire que les quatre textes que sont UR, NA, DH, GS, forment ce qu'il est convenu d'appeler "la chapelle Sixties" de l'Eglise catholique, et qu'il n'y a pas de raisons particulières de continuer à infliger aux générations de catholiques, d'aujourd'hui et de demain, une certaine forme d'ombre tutélaire, de référence officielle, à une "chapelle Sixties" qui a été édifiée, "notamment", dans un grand moment de déconnexion collective, EUPHORIQUE, vis-à-vis de certaines réalités.

7. Ce que je viens d'écrire me fait penser, toutes proportions gardées, à un phénomène de même nature, subi et vécu dans le cadre de la soumission mentale des générations d'européens d'aujourd'hui (et de demain ?) à une construction européenne dont les premières pierres ont été posées au tout début des années 1950, dans une Europe et un monde amplement différents du monde que nous connaissons depuis, disons, 2001...

8. En d'autres termes et pour conclure, si j'en avais l'occasion, je ne critiquerai pas ces quatre textes

- avant tout en faisant remarquer qu'ils sont en contradiction, ou en dépassement, à l'égard du Magistère antérieur,

- mais bien plutôt en faisant remarquer qu'ils sont porteurs d'ambiguités ou d'imprécisions, productrices d'illusions, qui ont été cruellement démenties par la suite, compte tenu, notamment, de ce que sont (devenues) telles ou telles composantes des confessions chrétiennes non catholiques ou des religions non chrétiennes, ou telles ou telles manifestations caractéristiques des aspirations de l'homme contemporain ou de l'orientation du monde contemporain.

A mon avis, c'est AUSSI sur cet aspects des choses que nous devrions pouvoir réfléchir davantage, non pour délégitimer, pour disqualifier, l'ensemble du Concile Vatican II, mais pour montrer dans quelle mesure la prise d'appui inconditionnelle sur ces quatre textes, pour en tirer quoi que ce soit non contradictoire, par rapport à une exigence ou une une obligation de clarifier et de consolider la Foi catholique, est inopérante, pour des raisons probablement situées au croisement du "contextuel" et de "l'intratextuel"...

Bonne soirée.

Scrutator.

     

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