"Ce stupide XIX e siècle" par baudelairec2000 2016-01-27 23:35:01 |
|
Imprimer |
Comment présenter ces deux erreurs (hérésies ?) : le discrédit porté sur la raison humaine dans la possibilité de démontrer l’existence de Dieu.
Votre encyclopédie est donc à côté de la plaque; l'occasion m'est donnée, ce soir, et une fois de plus, de déplorer l'ignorance de nombreux catholiques, ou plutôt leur incapacité à se tourner vers les bonnes références. Il serait peut-être temps pour les ecclésiastiques de conseiller à leurs ouailles des ouvrages sérieux, des auteurs indispensables et incontournables, tant dans le domaine de la foi et de la spiritualité que dans celui de l'histoire de l'Eglise - pourquoi parle-t-on aussi peu des Pères de l'Eglise, de leurs commentaires de la Sainte Ecriture? Les Catholiques savent-ils qu'il existe un Dictionnaire de Théologie Catholique, une encyclopédie intitulée Catholicisme, instruments qui leur permettraient de prendre un premier contact avec les sujets qui les intéressent? Pauvre XXIe siècle...
Fermons la parenthèse pour en revenir au XIX e siècle.
Nous nous inspirons de deux ouvrages : Textes doctrinaux du magistère de l’Eglise sur la foi catholique, Gervais Dumeige, Ed. de L’orante, 1975 Et Théologie naturelle et théodicée, Michel Grison, Beauchesne, 1959.
« De multiples erreurs, affirme Grison, se firent jour au XIX e siècle sur la possibilité de connaître Dieu dès ici-bas. On sait qu’il y a une connaissance naturelle de Dieu par la raison, celle développée par Aristote, et une connaissance surnaturelle qui repose sur la foi et la Révélation.
Ceux qui s’inscrivaient dans la droite ligne de la révolution kantienne estimaient qu’il n’était plus « possible de parvenir par le raisonnement logique à la possession assurée de vérités dépassant l’expérience. Il fallait donc chercher des assises nouvelles aux réalités fondamentales de la religion. On les trouvait surtout dans la parole de la révélation divine elle-même. Ces tentatives sont caractéristiques du fidéisme et du traditionalisme. Il reste des traces de cet esprit dans le modernisme, bien qu’on ne s’y occupe pas du fondement de la révélation, au sens surnaturel du terme. »
« Traditionalisme et fidéisme sont deux erreurs apparentées.
1/ Le traditionalisme :
Les philosophes des Lumières et la Révolution française ont exalté la raison humaine ; les traditionalistes pensent que les faits l’ont convaincue d’impuissance ; dès lors, ils lui cherchent une assise dans une révélation primitive faite par Dieu à l’homme, - reçue de la tradition, avec le langage, par les générations successives, - et contenue dans le consentement commun. A l’origine, Dieu a dû enseigner à notre premier père et la pensée et la parole ; les vérités dont il a fait don à l’humanité naissante, notamment son existence de créateur, sont celles que nous reconnaissons aujourd’hui dans le « sentiment général de tous les hommes » (J. de Maistre, Soirées de St. Pétersbourg, 4 e entretien) : elles nous sont garanties par l’autorité même de Dieu. La foi au témoignage du genre humain doit précéder toute pensée et fonder toute certitude.
Cette doctrine est présente dans l’œuvre de Joseph de Maistre (1753-1821) ; elle a en Louis de Bonald (1754-1840) son plus ferme théoricien : « Il est nécessaire, écrit celui-ci, il est surtout philosophique de commencer par dire je crois. »
Lamennais (1782-1854) diffuse ses idées dans son Essai sur l’indifférence (1817- 1823) : le raisonnement est « insuffisant pour conduire l’homme à la certitude », tandis que « l’autorité, ou la raison générale manifestée par le témoignage ou la parole, est le moyen nécessaire pour parvenir à la connaissance de la vérité, ou à la vie de l’intelligence ».
Si ces penseurs signalent aussi dans leurs ouvrages les raisonnements qui conduisent à Dieu, ils ne leur donnent qu’une place secondaire ; d’après Lamennais, les preuves de l’existence de Dieu ne sont « que des moyens de mettre cette grande vérité à la portée de la raison individuelle et comme un secours offert à sa faiblesse pour lui aider à s’élever à la raison générale ». Mais il n’y a qu’en celle-ci infaillible garantie du vrai.
Le système philosophique de Lamennais fut condamné en 1834 par l’encyclique Singulari – ad episcopos Galliarum - de Grégoire XVI. » Le texte de la condamnation se trouve dans le Denzinger de 1932, n° 1617 , intitulé « de falsis doctrinis Felecitati de lamennais ».
2/ Le fidéisme :
« Tandis que le traditionalisme fonde la connaissance sur une certaine « foi » au témoignage du genre humain, le fidéisme – erreur voisine – s’attache à la foi théologale proprement dite. Il refuse à la raison le pouvoir d’en connaître les préambules avec certitude, notamment l’existence de Dieu et le fait de la révélation ».
« Les propositions du fidéisme furent défendues par l’abbé Bautain (1796-1867). Louis-Eugène Bautain, professeur à l’université et au séminaire diocésain de Strasbourg, est le principal représentant du fidéisme. L’influence de la philosophie de Kant, sa propre expérience lorsqu’il revint à la foi, et aussi ses motifs d’apostolat, lui firent chercher la source des connaissances religieuses et morales exclusivement dans la révélation divine. Il renonçait ainsi à la possibilité de parvenir par la pure connaissance naturelle à la certitude de l’existence de Dieu et du fait de la Révélation. En 1834, l’évêque de Strasbourg, Mgr de Trevern, publia un Avertissement, auquel Bautain refusa de souscrire. L’année suivante, il publiait sa philosophie du christianisme ; Rome ayant refusé d’intervenir, il dut souscrire en 1835, et après de légères modifications, en 1840, six propositions » que reproduit Dumeige.
Ce fidéisme, ajoute Dumeige, est proche parent du traditionalisme de Bonald, Lamennais, de Gerbet (1798-1864) et de Bonnetty (1798-1879). Celui-ci eut droit à une condamnation de ses théories par un décret de la Sacrée Congrégation, le 11 juin 1855 ; cf. le Denzinger (éd. de 1832, n° 1649-1652), articles intitulés « De falso traditionalismo (contra Augustinum Bonnetty). Le fidéisme et le traditionalisme tendaient à mettre en valeur le rôle de la foi en l’opposant à celui de la raison humaine. Or c’est dans l’intérêt même de la foi et de la révélation que l’Eglise dut prendre la défense des droits de la raison.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|