il est courant dans le langage prophétique d'annoncer un évènement futur en utilisant le verbe au passé: cela signifie que le fait est certain, et certainement il se réalisera. Voyez combien de prophéties de l'Apocalypse concernent le futur et sont exprimées par saint Jean au passé.
Oui et non.
L'Apocalypse utilise un langage certes prophétique. Mais les verbes sont, le plus souvent, à l'aoriste (il n'y a que neuf imparfaits de l'indicatif, temps passé), et l'aoriste n'est pas un passé, même si c'est souvent traduit comme-ça, c'est une forme verbale qui exprime l'aspect ponctuel.
Le regard prophétique voit, à l'instar de l'intemporalité de Dieu, les événements dans leur relation de causalité, dans la logique de l'économie du salut. Le plus souvent le visionnaire n'en donne pas de résolution dans des actes temporels consécutifs qui rendraient ces événements compréhensibles pour l'auditeur ou le lecteur non-prophète.
Cela s'explique si l'on considère que tous ces verbes qui décrivent en concret la vision, dépendent le plus souvent d'un "vidi" ou "audivi" εἶδον ou ἤκουσα. Saint Jean a vu ou entendu, à un moment ponctuel (aoriste), qui pour nous, et pour ses lecteurs même contemporains, est le passé, et il relate ce qu'il a vu, comme un fait ponctuel aussi, même s'il s'agit d'un fait futur.
Le père Allo dans son commentaire (un des meilleurs, et le meilleur en français) l'appelle "l'aoriste de constatation". Il n'exprime pas le temps.
Mais l'exorcisme qui nous occupe n'est pas une prophétie, comme l'Apocalypse, c'est une prière, qui est peut-être inspiré par une vision du futur (je concède la possibilité, mais je ne le crois pas), et qui concerne le futur (comme toute prière déprécatoire), mais qui surtout s'inspire des torts subis par le Saint Siège, auxquels elle veut rémédier.