Legato et rythme par Balbula 2015-10-07 06:43:48 |
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C'est bien la première fois, en 50 ans de musique, que j'entends dire : "Il en est de l’interprétation du plain chant comme de l’interprétation de toute musique : ce qui est premier est le legato..." avec ensuite une belle confusion entre le legato et le phrasé. On peut très bien trouver une phrase musicale en staccato ou en pizzicati et cela n'a rien à voir avec le legato.
L'élément primordial de la musique, sans lequel elle n'existe pas, c'est le rythme. Une comptine dont les syllabes sont rythmées est une musique. De nombreuses cultures ont principalement des percussions comme instruments et sont éminemment musicales. La plupart des percussions ne peuvent même pas jouer legato.
Pour le chant grégorien, comme pour toute musique, il faut distinguer le grand rythme, basé sur le texte ou les phrases, du petit rythme, qui correspond au rythme interne des neumes ou des groupes de notes. On parle alors d'articulation entre les neumes et non de cassures.
Il est absurde de dire que le plain-chant découle de la partition, puisqu'il lui est antérieur de plusieurs siècles. Pour quiconque s'intéresse le moindrement à la paléographie musicale, il est évident que les neumes du Xe siècle rendent beaucoup mieux le phrasé (grand rythme) par l'orientation générale des neumes, et les distinctions entre les neumes, les ornements, les nuances ... 
... que les incunables du XVIIIe siècle où tout devient uniforme, les notes donnant beaucoup plus une impression de cassure ou de compartimentation. Plus une "partition" est récente, en général, plus elle a perdu en finesse et en indications. L'usage des lignes (notation diastématique) a peut-être donné plus de précision à la mélodie, mais ce n'était pas utile pour les chantres du Xe siècles qui connaissaient les mélodies par cœur et souhaitaient surtout avoir des indications d'interprétation (manière de grouper ou d'écrire les neumes, ornements ...)
Le chant grégorien devrait suivre le rythme naturel de la voix parlée, avec ses accents toniques et le déploiement de ses phrases. Cela correspond au grand rythme et non aux arsis et thesis mal positionnés de Dom Mocquereau qui a compliqué la vie de bien des chantres avec ses épisèmes placés de manière à conforter sa théorie plutôt que de mieux rendre le chant.
Le petit rythme correspond, lui, aux accents des neumes. Pourquoi, au IXe siècle, aurait-on convenu d'une notation pouvant comporter plusieurs distrophae de suite, si on n'avait pas voulu les distinguer par de petites répercussions dans la voix ? Pourquoi aurait-on pris la peine d'écrire des liquescences et des quilisma si ces ornements ne correspondaient à rien ? Si les premiers concepteurs des notations musicales les ont noté, c'est bien parce qu'on les exécutait et qu'il fallait trouver une façon de les rappeler aux chantres. Mais, en devenant des notes carrées, les neumes ont perdu de leur souplesse et se sont alourdis dans l'interprétation.
Je pense que les néo-grégorianistes mélangent parfois des esthétiques éloignées. Par exemple, les manières d'interpréter des chantres de lutrin du XIXe et des éléments de musique orientale médiévale. Leurs choix ne sont pas toujours justifiés.
Union de prières,
Balbula
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