Ce que vous évoquez... par Signo 2015-02-23 16:17:29 |
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...n'est pas la Contre révolution. C'est la Révolution tout court, non pas celle 1789 (qui est en fait une réaction paîenne; la référence permanente des révolutionnaires à l'Antiquité paienne n'est pas un hasard ou un simple effet de mode), mais la Révolution chrétienne qui est en fait une Révélation. Ce que je veux dire, c'est que c'est le terme même de contre-révolution qui n'est plus adapté au contexte actuel. Il ne s'agit plus d'empêcher une révolution, mais bien d'en provoquer une. Si vous continuez d'user de ce vocabulaire, vous vous placez dans un schéma de pensée qui avait peut-être sa pertinence dans la deuxième moitié du XIXe siècle, lorsque nous étions encore dans une logique de conservation d'un ordre menacé, mais aujourd'hui vous risquez de passer complètement à côté de notre époque, puisque cet ordre n'existe plus.
En outre, vous partez du principe qu'il est nécessaire de rétablir un régime politique qui soit, si je résume grossièrement, une forme d'Etat catholique. Autant vous le dire tout de suite, cela n'arrivera jamais et c'est une bonne chose.
En apparence, la loi de 1905 sur la Séparation était une agression envers l'Eglise; mais en réalité elle lui a été très profitable. Ce que vous appelez "Ordre chrétien" n'a été en fait rien de moins que la convocation du religieux pour conforter un pouvoir politique. La religion était régulièrement instrumentalisée, il y n'y a qu'à étudier l'histoire de l'Eglise pour se rendre compte qu'à chaque époque, elle a du batailler pour préserver son indépendance temporelle et spirituelle, que ce soit face aux Capets, aux Habsbourgs, aux Bourbons, contre Napoléon etc.
La Révolution de 89, en elle-même porteuse de germes mauvais, a été en fait, comme la Séparation, une purge salutaire pour l'Eglise, en mettant fin à une situation dans laquelle les monarques s’immisçaient dans les questions spirituelles et dans laquelle existait un système qui aboutissait à la perversion du haut clergé (l'exemple le plus célèbre étant Talleyrand, devenu prêtre puis évêque malgré le fait qu'il ne s'intéressait qu'aux femmes et à l'argent, simplement parce qu'il appartenait à une famille aristocratique...). Qu'on le veuille ou non, l'ancienne monarchie était pourrie et a mérité sa chute. Je dis cela sans haine pour l'Ancien régime, que par ailleurs j'admire énormément.
Au moment de la formation de la civilisation médiévale, l'évangélisation eût été impossible sans convertir d'abord les pouvoirs civils, car était en vigueur partout l'adage "La religion du prince est la religion du peuple". L'Eglise s'est donc adaptée à cette situation. Mais cet adage pour de multiples raisons n'est plus en vigueur, et donc l'Eglise fait ce qu'elle a toujours fait: elle s'adapte. C'est pour cela que le Vatican, parfois de manière maladroite d'ailleurs, encouragea parfois la déchristianisation de certains Etats dès les années 70, au grand dam de Mgr Lefebvre, qui interpréta cette politique comme une forme d'apostasie. On comprend l'indignation de l'ancien archevêque de Dakar; mais fondamentalement, ce dernier n'avait pas compris que le monde dont il voulait à tout prix la survie, celui de la vieille Chrétienté politique incarnée par les Rois catholiques de jadis, était mort. Or l'Eglise a été fondée pour évangéliser, pas pour maintenir ou rétablir à tout prix un ordre politique, fût-il chrétien. Il s'agit donc de comprendre que nous sommes définitivement -et depuis longtemps déjà- sortis d'une époque pour rentrer dans une autre.
Après, les institutions politiques laicisées doivent-elles se conformer à l'ordre naturel? Dans l'idéal, bien sûr que oui. Mais est-ce vraiment un objectif réalisable dans les circonstances actuelles? on peut légitimement en douter...
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