Débat: L'Eglise et la modernité par Signo 2015-02-23 10:33:13 |
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Je voudrais lancer un nouveau débat concernant la manière dont l'Eglise devrait s'entretenir avec le monde moderne.
Globalement, deux courants de pensée antagonistes s'affrontent aujourd'hui:
-d'un côté, les catholiques qui considèrent que le monde qui est apparu en 1789 (et qui ne cesse d'évoluer depuis) est porteur de valeurs positives que l'Eglise doit adopter, quitte à renoncer à des pans entiers de sa propre doctrine. Ce courant de pensée, appelé progressisme, part du principe que dans son évolution le monde a un temps d'avance considérable sur l'Eglise (adhérant à l'idée plus que contestable que ce qui est "nouveau" est forcément bon...), et que par conséquent celle-ci doit en quelque sorte se mettre "à la page", c'est à dire corriger son propre corpus de valeurs à partir d'un critère qui serait celui de la modernité occidentale. Les limites de ce courant sont nombreux: en général, ceux qui le portent ont tendance à justifier une "modernisation" de l'Eglise par une volonté de retour aux sources évangéliques du christianisme, sans se rendre compte de l'incompatibilité fondamentale qu'il existe entre les Evangiles et les valeurs du monde moderne; les Evangiles ne sont d'ailleurs pas considérés en tant que tels, mais interprétés à partir des critères de la modernité occidentale qui forcément en déforment l'essence (par exemple, certains ont pu voir dans l'Evangile une forme de manifeste marxiste avant l'heure, alors que l'on chercherait en vain une phrase qui justifierai, même de loin, la dialectique marxiste de la lutte des classes...). Ce "progressisme" abouti à un christianisme conformiste, consensuel et mondain, d'autant plus, au final, éloigné du christianisme des origines qu'il s'en réclame sans cesse...
-de l'autre un courant de pensée qui s'inscrit dans une posture de Contre-Révolution, et qui consiste au contraire à rejeter en bloc tout ce qui est apparu depuis 1789. Pour ce courant de pensée, il faut revenir à un ordre ancien considéré comme idéal et s'en tenir pour le reste au Magistère des papes de la seconde moitié du XIXe siècle (et jusqu'à Saint Pie X), c'est à dire à une époque dans laquelle l'Eglise se considérait elle-même comme une forteresse assiégée par toutes les idées nouvelles apparues au moment des "Lumières" et de la Révolution, et était donc dans une posture défensive. Ce courant comporte lui aussi des limites: il repose sur une idéalisation de la période d'Ancien régime, sans se rendre compte que cet ordre, parfait en théorie, était dans les faits très loin de correspondre à l'image idéalisée que certains en ont fait a posteriori; en outre il s'attache à un Magistère qui avait sa justification en son temps (la seconde moitié du XIXe siècle), mais qui à notre époque n'a plus aucun sens (comment continuer à condamner la liberté de la presse en 2015?). Fondamentalement, cette vision trouve ses limites dans l'incapacité à faire la part des choses, c'est à dire à distinguer ce qui est immuable et ce qui peut être réformé; ce qui est politique et ce qui appartient à l'essence même du catholicisme.
Face à ces deux courants de pensée, il existe une troisième voie (voie qui est globalement celle adoptée par l'Eglise depuis bien avant le Concile) qui consiste non pas à s'opposer à la société moderne dans son ensemble, ni à l'épouser complètement, mais au contraire à en faire une critique sérieuse, mesurée, argumentée, en étant attaché à distinguer les évolutions positives (il y en a) des régressions, et ce à partir de la foi catholique immémoriale comme seul et unique critère. C'est probablement ce que beaucoup n'ont pas compris dans les intuitions du Concile Vatican II: dans l'esprit de saint Jean XXIII,(qui était très loin d'être progressiste) le terme "aggiornamento" ne signifiait nullement "mise à jour de l'Eglise à partir du monde moderne comme modèle et critère" mais "mise à jour de l'Eglise à partir de sa foi et de sa doctrine pour donner une réponse adaptée aux défis lancés par la société moderne depuis la rupture de 1789", ce qui est très différent. C'est pour cela qu'il faut parler de "Grand malentendu" concernant l'interprétation du dernier Concile, puisque c'est très nettement la première interprétation qui a prévalu, chez les partisans comme chez les opposants au Concile, avec les conséquences que l'ont sait.
La notion de Contre-Révolution catholique n'a aujourd'hui plus aucun sens. La société moderne est bien installée et depuis longtemps, et l'on se rendra de plus en plus compte qu'elle est en train de devenir elle-même un "ancien régime" appelé à évoluer puis disparaître. Dans cette optique, c'est l'Eglise qui est révolutionnaire au sens propre du terme, puisqu'elle entend inverser l'ordre actuel de hiérarchie des valeurs, qui est en fait désordre au regard de la doctrine chrétienne. Ces évolutions ont été particulièrement visibles lors des manifestations d'opposition à la loi Taubira: manifestants et Veilleurs ne souhaitaient nullement le retour à l'ordre d'avant 89, mais le renversement de l'ordre actuel pour l'émergence d'une civilisation nouvelle qui tirerait ses sources dans la foi chrétienne immémoriale; il ne s'agit donc nullement d'une posture réactionnaire, au contraire du pouvoir socialiste...
En résumé: ne pas épouser le monde, ni le refuser en bloc, mais le dépasser.
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