Comment parler de l'odre naturel ? par Diafoirus 2015-01-26 14:02:25 |
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Quand on aborde les questions de la vie, de l'avortement, de l'euthanasie, il est souvent question de l'ordre naturel.
En 1970 déjà, Jean Ousset se demandait comment, par quels cheminements, il était possible de faire admettre à nos contemporains ces notions de droit naturel ou de loi naturelle.
N'y a-t-il pas, de notre part, un certain illogisme, une méconnaissance de l'état d'esprit de nos interlocuteurs, à parler de droit ou de loi naturelle à des gens qui ne se sont, en général, pas posé le problème de la simple existence d'un ordre ou qui n'y veulent voir qu'une construction de l'esprit humain?
Jean Ousset avait répondu à cette objection. Voici des extraits de cette réponse.(1):
"Comment se pourrait-il, en effet, que soient admises d'emblée les notions de loi naturelle, de droit naturel, quand il est évident que l'interlocuteur en est encore à refuser la notion d'un ordre dans l'univers.
L'idée d'un droit naturel est un sommet auquel certes un catholique (orthodoxe) accède de plain-pied. Idée qui lui semble être par là même fondamentale. Mais fondement qui, pour l'incroyant, n'en est pas moins établi sur un socle à plusieurs degrés.
Sous peine d'être absolument en l'air la notion de droit naturel suppose la notion d'ordre naturel. Laquelle suppose à son tour l'intelligence suffisante d'un ordre des choses, d'un certain ordre dans l'univers.
C'est à ce degré, pensons-nous, qu'il ne faut pas craindre de descendre chaque fois que, dans une discussion, nous nous heurtons à un refus des notions de loi naturelle ou de droit naturel. Prétendre faire accepter ces deux dernières notions à un interlocuteur qui, le plus souvent, ne croit pas à l'existence d'un ordre objectif est pur enfantillage. Tant vaudrait expliquer le mouvement des marées à qui refuserait d'admettre l'existence de la mer.
Surtout qu'on évite de s'en aller se perdre en quelque débat sur l'évolution. Car un ordre condamné à évoluer n'en resterait pas moins un ordre. Autrement dit : même s'il fallait admettre que dans quelques millions d'années les cerisiers produiront des asperges, que les bébés naîtront dans des choux... une telle perspective ne permettrait pas de tourner le problème de cette tendance suffisamment établie depuis un certain nombre de siècles : savoir que les pommiers s'astreignent, par un entêtement curieux, à donner des pommes plutôt que des framboises, que les vaches persistent à ne vouloir faire que des veaux, jamais de rossignols, etc. Le tout selon un certain ordre, selon des processus scientifiquement étudiés et connus. L'insémination artificielle, par exemple, étant elle-même inconcevable sans une connaissance suffisante des principales exigences de l'insémination tout court, autant dire de ce qui n'a cessé d'être l'ordre naturel de reproduction animale depuis la nuit des temps. Etc.
( ... ) Ce qui devrait inciter à croire qu'un certain ordre existe, dont la science ne cesse de découvrir les lois. L'argument, soit dit en passant, étant sans valeur qui, sous prétexte de nier cet ordre, consiste à souligner qu'il est aussi beaucoup de désordre par le monde. Argument sans valeur, car il suffit d'un très court instant d'honnête réflexion pour comprendre que la notion même de désordre serait inconcevable si la notion d'ordre ne la précédait. Autrement dit le fait d'un veau à cinq pattes ne nous paraît monstrueux que parce que nous savons que les veaux ont et doivent avoir quatre pattes. Tel est l'ordre. Le désordre d'un veau à cinq pattes ne nous paraissant tel que par opposition avec cet ordre bien connu de veaux ayant normalement quatre pattes.
Et ainsi de tout."
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1—Lois du réel ou ordre naturel des choses - Permanences 67, février 1970.
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