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épineux
par Lycobates 2014-05-20 00:18:30
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Vous évoquez, cher Nemo, un problème épineux, et, sur le plan humain, délicat.

Je me suis toujours posé la question de savoir pourquoi, disons depuis le début du XXe siècle, ou un peu au delà, à partir des guerres, la connaissance du latin chez les peuples romans, dont c'est la langue mère, en principe accessible sans trop d'efforts pour les instruits, est tellement pire (et j'excepte les Italiens !!) que chez d'autres non-romans, Allemands, Polonais, Finlandais, Anglais, ... même dans un certaine mesure encore aujourd'hui, en 2014, où l'étude des lettres y est généralement méprisée au profit des sciences du Mammon.
Serait-ce l'application du principe nimia familiaritas odium parit ? Je ne sais.
Mais le fait est là: il existe des pays romans, comme l'Espagne, où de nos jours le latin est quasiment absent dans le secondaire. C'est inconcevable pour quelqu'un qui vient d'un pays germanique, comme la République fédérale ou l'Autriche, où cette langue est enseignée pendant quatre ou cinq ans dans le secondaire (voire plus, personnellement, mais je ne suis pas un cas typique, j'ai entamé le latin à l'âge de onze ans, et le grec à douze, mais ce fut la volonté de mon père, et je ne l'ai jamais regretté), et souvent de façon assez poussée, 5 ou 6 heures par semaine, et où sa connaissance est exigée pour l'accès à un diplôme universitaire, encore aujourd'hui dans la majorité des universités allemandes, surtout les prestigieuses, en Autriche même pour des disciplines (droit, médecine etc.) qui n'ont rien à voir avec une étude de la philosophie et de la théologie, des lettres, des langues, de l'art ou de l'histoire, où une connaissance des langues et de la culture classiques paraît logique. C'est le Lateinzwang (l'obligation du latin), comme disent ses adversaires, très contesté par les parresseux (c'est mon avis), traditionnellement le Kleines Latinum (épreuve de traduction d'un texte historique, p.ex. César, De Bello Gallico) et, pour certaines études, le Großes Latinum, épreuve de traduction d'un texte abstrait, comme un texte philosophique de Cicéron p.ex. Sinon: pas de diplôme.
Je sais personnellement que c'est le cas à Münster et Heidelberg, mais aussi ailleurs.

Chez nous, autrefois, l'Abitur (l'équivalent du BAC en France avec le latin et le grec) était exigé pour l'entrée au séminaire. Il faut être en mesure de lire et d'interpréter, de façon fluide, les sources primaires de la théologie, Bible, Pères, Commentaires, textes du Magistère, Liturgies, dans l'original. C'est une évidence.
Aussi les cours sont-ils donnés en latin, en principe, encore en 1962 Jolly John (pourtant pas un grand latiniste lui-même), ce nouveau saint de votre paroisse, l'a prescrit en toute forme. Mais c'est lettre morte, évidemment. "Veterum sapientia" est un bébé mort-né, pour ne pas dire consciemment avorté.
Beaucoup d'enseignants, aussi dans nos instituts "tradis" ne seraient d'ailleurs probablement pas (plus) capables d'enseigner en latin. Est-ce qu'ils le font ? Je l'ignore.

Dans les pays où il n'y a plus de latin au secondaire, et où en général le niveau du secondaire est mauvais, voire nul, il ne faut pas s'étonner que les jeunes gens qui veulent devenir prêtre arrivent au séminaire avec zéro connaissances des langues classiques.
Alors que faire ?
Les refuser ? S'ils ne sont pas capables, intellectuellement, ou prêts, moralement, à faire l'effort d'un apprentissage d'urgence, je dirais: oui. Si le Bon Dieu appelle quelqu'un, il donnera aussi les moyens et les forces de suivre cet appel.

Je ne les ai jamais utilisées personnellement, mais je sais qu'il existe de bonnes méthodes directes et rapides, comme pour le latin Ørberg, Lingua Latina per se illustrata, et Athenaze pour le grec ancien. On peut et on doit les utiliser pour combler les lacunes de ceux qui ont vraiment une vocation, et je sais que cela se fait dans certains cas.

Mais je suis d'accord avec vous qu'il serait faux et injuste d'accabler le clergé de cet état de fait, qui est au fond un fait de société. Toutefois : le service de l'Eglise a toujours exigé des efforts, et à mon avis, au moins dans notre époque spirituellement si mouvementée, un solide effort intellectuel pour un prêtre, qui est toujours aussi théologien, en fait nécessairement partie.

     

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