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Peut-être êtes-vous confronté à ce type de "dialectique" ?
par Scrutator Sapientiæ 2014-02-08 23:30:08
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Bonsoir et merci, Jean Ferrand.

J'essaie de répondre à votre message, en explicitant ou en imaginant la "dialectique" à laquelle vous êtes peut-être fréquemment confronté :

1. Pour beaucoup, depuis longtemps, la bonne intention générale initiale bonifie totalement le mauvais résultat particulier ultérieur : ainsi, pour beaucoup (parfois les mêmes...)

- il est impossible que le Concile Vatican II ait donné, entre autres fruits, des mauvais fruits, puisque les Papes, Pères, experts, au Concile, étaient inspirés et orientés par les meilleures intentions, non pour leur propre bien, mais pour le bien de l'Eglise ;

- il est impossible que la construction de l'Union européenne ait produit, entre autres résultats, des mauvais résultats, puisque les Pères de l'Europe, leurs conseillers, leurs successeurs, étaient animés et éclairés par les meilleures intentions, non pour leur propre bien, mais pour le bien de l'Europe.

2. Le jugement critique le plus mesuré et objectif possible sur les idées et les actions d'une personne est souvent délégitimé, désamorcé, disqualifié, par la transformation caricaturale et unilatérale de ce jugement, en un jugement "dépourvu de fondement "car" dépourvu de charité", sur la personne elle-même :

- "Vous formulez un jugement, critique ou sceptique, sur le bien-fondé de telle conception ou le résultat de telle décision du (futur) Pape Jean XXIII ? Mais comment donc osez-vous ainsi être aussi peu charitable avec une telle personne, au point de salir son image ?"

- "Vous vous permettez de mettre en cause ou en doute le caractère clairvoyant d'une partie de la vision de l'Europe de Robert Schuman, ou le caractère bienfaisant d'une partie de l'action, pour l'Europe, de Robert Schuman ? Mais comment donc osez-vous ainsi manquer de charité envers une telle personne, au point de ternir sa mémoire ?

3. L'invocation d'une autorité apparemment évidente, générale, admise, établie, constitue un autre moyen d'impressionner, d'intimider, le contradicteur potentiel : "Comme chacun le sait, depuis (au choix : Kant, Hegel, Marx, Nietzsche, Freud, Bergson, Husserl, Heidegger, Sartre, Vatican II, Derrida, Lévinas, etc.), nous savons tous que..." : ce qui signifie à peu près : "je prends appui sur tel auteur pour dire ce que je vais dire, il ne faut donc pas qu'il vous vienne à l'esprit de me contredire, puisque vous n'êtes évidemment pas en mesure de contredire l'auteur à l'abri de l'autorité duquel je vais m'exprimer."

4. Un autre procédé auquel je pense est plus complexe : c'est le procédé au moyen duquel votre contradicteur fait semblant d'accomplir un pas dans votre direction, pour mieux brouiller les cartes, en prenant appui, pour le besoin de sa cause, à fronts renversés, sur une décision ou une position imaginaire, qu'il attribue, d'une manière malhonnête, à une personnalité avec laquelle vous êtes le plus souvent en accord, et avec laquelle lui-même est le plus souvent en désaccord.

Exemple : "Dieu sait que je n'ai pas toujours été d'accord avec Benoît XVI, avec son archaisme, son conservatisme, sa frilosité ! Il n'empêche que le jour où il a fait accomplir un grand pas en avant à toute l'Eglise, en autorisant enfin le recours au préservatif, j'ai été le premier à me réjouir !"

5. Un autre procédé auquel je pense ce soir consiste, pour votre contradicteur, qui ne veut pas dialoguer loyalement avec vous sur le fond, sur un sujet qu'il sait défavorable à ses propres conceptions, ou sur un thème qu'il sait défavorable à ses propres positions, à recourir à un argument qui relève de l'indémontrable ou de l'invérifiable :

Exemple : "Ah ! Si seulement Jean XXIII avait vécu plus longtemps, ou si seulement Paul VI n'avait pas publié Humanae Vitae, ou si seulement Jean-Paul II et (le futur) Benoît XVI n'avaient pas condamné la théologie de la libération, alors, le grand mariage de l'Eglise avec le monde, qui a été célébré au Concile, aurait continué, et nous n'aurions pas eu l'après-Concile désastreux que nous avons connu !"

6. Je pense enfin à un dernier procédé, qui consiste à donner une signification tout à fait singulière et subjective à un événement particulier, en le rattachant à une ligne de conduite, à une motivation générale, que l'on réprouve en la déformant : cela renvoie à quelque chose qui s'est produit il y aura bientôt 20 ans, et cela donne à peu près ceci : "Pour ma part, j'ai compris qu'il n'était vraiment plus question de donner un avenir aux intuitions du Concile, que ce soit en France ou à Rome, quand j'ai appris la révocation, en janvier 1995, de Mgr GAILLOT !"

Si vous avez déjà été confronté à l'un ou l'autre de ces procédés, je comprends que vous vous sentiez désarmé, certains de ces procédés étant confondants de bêtise et de parti pris contre la réalité historique ou la vérité objective, ou même contre la faculté et la liberté de juger les idées et les actions sans condamner leurs auteurs.

Quand vous êtes en présence de contradicteurs qui ne jurent que par "l'unité", au point de s'en prendre à la vérité, ou de manquer de charité, à l'égard des personnes qui essaient de la leur préciser ou de la leur rappeler, vous êtes en présence d'un système quasiment noyauté et verrouillé.

Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour ce message ; je ne sais s'il vous donne satisfaction, et vous remercie pour toute remarque ou suggestion.

Marcel DE CORTE l'a déjà dit, l'aurait dit, ou le dirait mieux que moi : il y a un lien intime, diabolique, pervers, entre le recours à la malhonnêteté intellectuelle, et la mise en oeuvre de la volonté de puissance subversive, que ce soit en politique, en religion, ou en morale ; il nous faut vivre avec, nous défendre comme nous pouvons, faire preuve de diplomatie et de discernement, de pédagogie et de psychologie, mais, compte tenu des procédés de certains, nous sommes d'autant plus susceptibles d'être contrés, sinon vaincus, que nous disons la vérité.

Je pense aussi à cette phrase du philosophe Yves-Charles ZARKA : "Aucune institution ne supporte qu'on lui dise la vérité sur elle-même" ; aucune institution ne supporte la critique interne, surtout quand celle-ci est étayée, étoffée, par l'expression de la vérité ; aucune institution, pas même l'Eglise, voire surtout pas l'Eglise, à mon avis, n'en doutez pas.

Je vous souhaite une bonne nuit et vous dis à bientôt.

Scrutator.

     

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                      Peut-être êtes-vous confronté à ce type de "dialectique" ? par Scrutator Sapientiæ  (2014-02-08 23:30:08)
                          Vous décrivez bien par Jean Ferrand  (2014-02-09 09:49:15)


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