Je reviens sur un de vos points :
. En ce sens, il me semble que la première tentation des agents pastoraux consiste précisément en la tentation de se passer de la doctrine de l'Eglise, en ce qu'elle a de plus normatif et de plus objectif, cette composante là, plus dogmatique que pastorale, de la doctrine catholique, étant souvent perçue, non comme le fondement de la pastorale, mais comme un obstacle à la pastorale.
Je pense que vous partez d'un fait pressenti par beaucoup : celui de
ressentir dans les paroisses, dans les diocèses, globalement parlant, une certaine approximation dans l'enseignement quant à l'approche du pasteur envers ses brebis. Tout pasteur au contact d'une population aborde forcément deux points : celui qui concerne la vie matérielle (nourrir le pauvre, le vêtir, etc..) et lié à celui-ci il développe une approche lié à l'enseignement de cette population (mise en place de catéchismes, formation de ces catéchistes, ouverture d'écoles, etc...)
AINSI : la prise de contact de cette population IMPLIQUE toujours un enseignement. C'est là que le bât blesse car c'est là que nous ressentons souvent ce malaise lié à une forme de dichotomie entre le Magistère et la réalité sur le terrain. Le Saint-Père en témoigne effectivement par ses propos dans
Evangelii Gaudium. Alors, pourquoi ressent-on aujourd'hui et depuis quelques décennies cette dichotomie de façon
trop prégnante au sein de l'Eglise ?
Certains diront que c'est dû à l'Esprit du Concile et au fait que les pasteurs actuels ne sont plus formés comme autrefois , etc... Peut-être que cela fut le cas au départ, juste après le Concile, où l'on a pu constater un fort relâchement autant dans les séminaires que dans l'exercice pastoral . Mais sincèrement, je ne pense pas que c'est le cas aujourd'hui.
En revanche, ne serait-ce pas parce qu'on donne
trop d'importance à la Pastorale au détriment des études purement spéculatives et ce ... à grande échelle ?
N'a-t-on pas trop de missionnaires et un manque de théologiens, de docteurs, de professeurs, etc... dans l'Eglise ? N'y a-t-il pas un
déséquilibre véritable ? C'est peut-être très paradoxal d'écrire ceci à un moment où l'on veut envoyer encore plus d'ouvriers à la moisson. Néanmoins, c'est une réflexion que je me fais. Car concrètement , comment cela se passe-t-il sur le terrain ? On envoie un prêtre dans une région déchristianisée qui essaie de catéchiser des populations en ménageant la chèvre et le chou entre la doctrine et la réalité du terrain. Mais il n'y a personne en face de lui, au sein de l'Eglise, dans son diocèse, pour redresser les choses ! De la sorte, on peut avoir un pasteur qui enseigne des semi-vérités pendant des dizaines d'années puis voir arriver un nouveau missionnaire... qui prendra sa place et agira de même. Conclusion : de véritables erreurs finissent par émerger au fil des temps et nombreux s'étonnent alors que l'Eglise soit cautionne , soit semble enseigner ces erreurs.
C'est en tout cas mon ressenti : trop de pasteurs adaptés à la pastorale et pas assez de "dogmatiques" en face d'eux qui puissent témoigner de la Vérité pure...