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Quand Le Monde aussi entre-ouvre la porte.
par Scrutator Sapientiæ 2013-11-02 10:07:47
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Bonjour Yves Daoudal,

Voici :

1. L'islam doit être critiqué LE MONDE I 31.10.2013 I Par Pascal Bruckner

" On le sait, depuis les régimes totalitaires, les langues, elles aussi, contractent des maladies qui peuvent les corrompre. « Islamophobie » fait partie de ces mots toxiques qui brouillent le vocabulaire et le dénaturent. Forgé par des administrateurs coloniaux français, au début du XXe siècle, pour protéger leurs « sujets indigènes » de toute contagion moderniste, il resurgit dans le discours public, au tournant de la révolution iranienne. Mais avec un autre sens : soucieux d'accéder à la dignité de l'antisémitisme, il tend à faire de l'islam un objet inaccessible à la critique, sous peine de poursuites. Il devient le nouvel instrument de propagation du fondamentalisme qui s'avance masqué, drapé dans les atours de la victime.

L'habileté de cette invention est de rétablir le délit de blasphème à l'encontre des grands systèmes de la foi. On confond l'intolérance religieuse qui relève des tribunaux, avec le libre examen d'une doctrine. Autant le racisme s'adresse aux personnes coupables d'être ce qu'elles sont, le Noir, l'Arabe, le Juif, le Blanc, autant l'opinion portée sur une confession peut varier et toucher à des dogmes toujours susceptibles d'exégèse, de discussion.

EVEILLER LA CULPABILITÉ OCCIDENTALE

Depuis quand une grande religion est-elle une race ? Depuis quand le jugement qu'on porte sur elle constitue-t-il un délit ? On a le droit de détester telle ou telle confession et de le dire. L'islam est une maison divisée entre progressistes et traditionalistes que le souvenir de sa grandeur perdue emplit de tristesse et de haine. Cette blessure, les fondamentalistes voudraient la cicatriser au plus vite, en l'imputant aux croisés, mécréants, sionistes alors que les réformateurs voudraient l'ouvrir plus encore afin de provoquer une secousse vitale.

Le concept d'« islamophobie » voudrait éveiller notre culpabilité d'Occidentaux. Mais il est avant tout un outil de police interne à l'égard des musulmans libéraux qui osent critiquer leur confession. Il faut les désigner, ces renégats, à la vindicte de leurs coreligionnaires, les dire imprégnés d'idéologie coloniale pour bloquer tout espoir d'une mutation, avec l'onction des supplétifs et des idiots utiles de la gauche et de la droite, toujours à l'affût d'un nouveau racisme et certains de tenir avec l'islam le dernier sujet opprimé de l'histoire.

Nous assistons bien depuis vingt ans à la fabrication d'un nouveau délit d'opinion. Il s'agit de stigmatiser ces jeunes femmes qui souhaitent s'affranchir du voile, épouser qui elles aiment et non pas qui on leur impose, foudroyer ces Français, ces Allemands, ces Anglais d'origine maghrébine, turque, africaine qui réclament le droit à l'indifférence religieuse et veulent vivre leur vie sans allégeance à leur communauté d'origine. Bref, on déplace la question du plan intellectuel ou théologique au plan pénal, toute objection, moquerie ou réticence étant passible de poursuites.

Contre-exemple flagrant : alors même que les chrétiens en terre d'islam sont persécutés, tués, poussés à l'exode, le mot « christianophobie » ne prend pas et ne prendra jamais. Etrange raté : nous avons du mal à nous représenter le christianisme autrement que comme une religion de la conquête alors qu'il est aujourd'hui celle du martyre, au moins au Proche-Orient. On peut en France, pays de tradition anticléricale, ridiculiser Moïse, Jésus, les représenter dans toutes les postures même les plus obscènes, mais on ne devrait jamais rire de l'islam. Lui seul devrait échapper à l'opprobre, à la moquerie. Quelle présomption ! D'autant que les actes antireligieux en France touchent les chrétiens même s'ils augmentent proportionnellement pour les juifs et les musulmans.

C'est bien parce que la France laïque considère ses citoyens musulmans comme des égaux qu'elle a voté la loi sur le voile. L'islam fait partie du paysage français et européen, il a droit à cet égard à la liberté de culte, à des lieux de prière corrects et au respect. A condition qu'il respecte lui-même les règles républicaines, ne réclame pas un statut extraterritorial, droits spéciaux, dérogation de piscine et de gymnastique pour les femmes, enseignement et cantine séparés, faveurs diverses. Ce qu'on peut lui souhaiter de mieux, ce n'est pas la « phobie » ou la « philie » mais l'indifférence bienveillante dans un marché de la spiritualité ouvert à toutes les croyances. Mais de cette indifférence, les intégristes ne veulent pas. Cela voudrait dire que l'islam est une religion parmi beaucoup, constat intolérable à leurs yeux. Elle ne peut pas être l'égale des autres puisqu'elle leur est supérieure à toutes. C'est bien le problème ! " Pascal Bruckner (Essayiste et écrivain)

2. Petites leçons pour éviter tout amalgame LE MONDE | 01.11.2013 | Pierre-André Taguieff

" L'emploi du mot « islamophobie » en France a empoisonné l'espace des controverses. Ce terme devrait être utilisé pour désigner les appels à la haine, la discrimination et la violence visant les musulmans et/ou leur religion. L'islamophobie ne se réduit pas à un phénomène d'opinion. Elle se manifeste aussi dans les discriminations ou agressions physiques. Elle peut être comprise comme une forme d'hétérophobie visant une communauté de croyants transnationale.

Or, depuis les années 1980, le mot « islamophobie » est employé pour désigner toutes les formes d'examen critique de l'islam, voire de l'islamisme. C'est là confondre la critique et l'appel à la haine. Les usages stratégiques du mot « islamophobie » par les islamistes rendent ce mot difficilement utilisable. Mais remplacer « islamophobie », jugé trop connoté, par « racisme antimusulmans » ou « musulmanophobie » ne changerait rien. Ces expressions seraient exploitées par les mêmes milieux islamistes avec les mêmes objectifs.

Vu l'acuité du débat, il serait de bonne méthode d'énoncer quelques thèses élémentaires sur l'islam dans ses rapports avec l'islamisme et l'anti-islamisme :

L'islam n'est pas l'islamisme.

Il y a des islams et des islamismes ; parler de « l'islam » ou de « l'islamisme » est une commodité de langage, qui donne prise à des interprétations essentialistes naïves ou intéressées ; les islamistes se réfèrent cependant aux mêmes textes fondateurs que les musulmans non islamistes, d'où l'effet de légitimité dont ils jouent.

Un islamisme est le produit d'une politisation d'un islam dont l'objectif est de refondre l'ordre social non musulman ou « insuffisamment » musulman. Tout islamisme a pour objectif d'instaurer un ordre politico-religieux impliquant l'établissement de la charia, comprenant le traitement des non-musulmans comme des êtres inférieurs, l'obligation du port du « voile » pour les femmes et la normalisation du djihad, « offensif » et « défensif » ; l'horizon lointain est l'établissement d'un califat à l'échelle mondiale.

Les groupes islamistes visent à établir un émirat, une république ou un califat islamique, ce dernier pouvant s'élargir en un empire islamique universel ; certains idéologues islamistes, s'inspirant du léninisme, ont théorisé une telle stratégie de conquête ; les ordres politiques présentent tous les caractères d'une dictature.

Les islamistes recourent à plusieurs méthodes, violentes ou « douces », pour mener à bien la conquête du monde non musulman ou « l'islamisation » des sociétés non musulmanes : prosélytisme, guerre culturelle, refus des lois et des traditions des pays d'accueil, pressions exercées sur les acteurs politiques, menaces contre des personnalités hostiles à l'islamisme, actions terroristes accompagnées de mises en spectacle conçues comme des actes de propagande.

Les politisations de l'islam, qui prennent souvent la forme de « fondamentalismes révolutionnaires », sont incompatibles avec les sociétés démocratiques. Le rejet de l'islamisme dérive à la fois du spectacle répulsif offert par le terrorisme qui ravage le monde et du refus de vivre dans des dictatures.

L'anti-islamisme n'a rien à voir avec ce qu'on appelle improprement l'« islamophobie », catégorie d'amalgame qui confond la critique intellectuelle des dogmes de l'islam, la critique politique et morale de l'islamisme et l'appel à la haine contre les musulmans.

Les islamistes ont intérêt à faire croire que les anti-islamistes sont « islamophobes », et, plus largement, que tout examen critique de l'islam ou du monde musulman exprime une « islamophobie » plus ou moins dissimulée. Le vrai problème ne tient pas au fait que la menace islamiste ne serait pas reconnue - le déni paraîtrait incongru -, il réside dans la sous-estimation du phénomène. Depuis le début des années 1990, de singuliers prophètes annoncent la fausse bonne nouvelle suivant divers refrains : ceux de l'« échec », du « déclin » ou de la « fin » de l'islamisme radical. Or, en règle générale, ceux qui sous-estiment la menace islamiste sont aussi ceux qui dénoncent « l'islamophobie » avec le plus de véhémence.

L'anti-islamisme est une réaction de défense légitime des sociétés démocratiques ou pluralistes. Les musulmans non islamistes sont diabolisés et menacés par les islamistes, tout comme les musulmans qui ont une attitude critique envers l'islam et appellent à une révision des dogmes ou à une libre interprétation des textes de référence. Les musulmans hostiles à l'islamisme sont les alliés naturels des anti-islamistes non musulmans.

Les anti-islamistes sont des combattants de la liberté, des défenseurs du principe de laïcité. C'est pourquoi ils sont la cible principale des islamistes et de leurs alliés. On peut voir dans ces débats convulsifs fondés sur des questions mal posées l'expression particulière d'une guerre culturelle planétaire. " Pierre-André Taguieff (Philosophe, historien et politologue, directeur de recherche au CNRS)

Je ne souscrits pas à la totalité des arguments formulés, mais je crois qu'il est significatif que l'en commence à voir apparaître ce genre de textes, y compris dans Le Monde ou dans Libération.

Bonne journée.

Scrutator.

     

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 Le courage et la franchise d'être islamismophobe. par Scrutator Sapientiæ  (2013-10-27 09:20:00)
      Excellent ! par Jean-Paul PARFU  (2013-10-27 09:32:19)
      Erreur énorme. par Yves Daoudal  (2013-10-27 13:33:30)
          Je n'exclus pas que cette erreur soit volontaire. par Scrutator Sapientiæ  (2013-10-27 14:14:29)
              islamismophobie ou la porte ouverte enfoncée par Luc Perrin  (2013-10-27 15:19:30)
                  La porte est-elle si ouverte que cela, dans les médias ? par Scrutator Sapientiæ  (2013-10-27 21:37:41)
                      La porte des médias est-elle ouverte sur la DIUDH ? par Scrutator Sapientiæ  (2013-10-28 11:44:09)
              [réponse] par Yves Daoudal  (2013-10-27 15:39:30)
                  Très rapidement : merci beaucoup pour ces précisions. par Scrutator Sapientiæ  (2013-10-27 21:28:29)
                      Quand même Libération entre-ouvre la porte... par Scrutator Sapientiæ  (2013-10-28 11:48:44)
                          Comme quoi... par Yves Daoudal  (2013-10-28 13:43:58)
                          Quand Le Monde aussi entre-ouvre la porte. par Scrutator Sapientiæ  (2013-11-02 10:07:47)
      Cher Scrutator, attention il s'agit d'une pure manipulation par Ritter  (2013-10-28 12:36:22)


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