et tout le monde sait bien que par Luc Perrin 2013-10-19 15:00:05 |
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le Conclave a élu à très grande vitesse le cardinal Bergoglio à cause de ces différences.
Mois après mois, les différences connues, publiques, revendiquées par l'alors cardinal argentin, se confirment dans son action comme Souverain Pontife.
Il y a des inflexions, il peut y avoir quelques évolutions entre un cardinal et le même devenu pape.
Benoît XVI, par exemple, a-t-il été véritablement "ratzinguérien" comme le dit, bien vite, notre ami Scrutator ?
L'historien que je suis émet des doutes solides quant à cette affirmation brute de décoffrage. Ce qui a frappé entre 2005 et 2013 me paraît être justement le décalage important entre le pape Benoît XVI et les options fermes du cardinal Ratzinger.
Une partie seulement des analyses ratzinguériennes ont connu une mise en oeuvre dans la politique pontificale : à mon sens, ce retrait, cette dilution de l'inspiration ratzinguérienne sont une cause majeure de l'échec du pontificat, échec qui ouvrait la voie - avec ou sans démission/renonciation - à l'élection du cardinal Bergoglio.
Pour pointer ce demi-ratzinguérisme de Benoît XVI :
- le retour après hésitation à la ligne interreligieuse d'Assise de Jean-Paul II, très légèrement corrigée, et l'absence de catéchèse de Dominus Iesus
- l'absence de politique de nomination sérieuse et cohérente pour l'épiscopat, pour le Sacré Collège et même pour la Curie
[en 1998, le cardinal Ratzinger avait pourtant dit que le vrai renouveau de l'Église était lié à un renouveau du collège épiscopal]
- l'absence de réforme de la Forme ordinaire est la carence la plus criante et le décalage le plus énorme vis-à-vis du ratzinguérisme : le Cardinal n'avait cessé de répéter que la crise liturgique est une cause majeure de la crise de l'Église. Au final, en 8 ans, il aura promulgué la nouvelle traduction anglaise et l'espagnole ... c'est tout.
- la timidité des efforts pour redresser l'enseignement de la théologie, l'extrême insignifiance de la CDF sous le cardinal Levada, ne parlons pas du choix de l'actuel préfet
- l'étrange choix à contre-emploi de deux cardinaux brésiliens - bergogliens avant l'heure - pour diriger la Congrégation du clergé et logiquement, l'absence totale de résultat et d'orientations fermes dans le domaine du sacerdoce : la carence saute aux yeux par comparaison avec Paul VI et surtout Jean-Paul II. Même la longue visite des religieuses américaines en rébellion ouverte depuis 40 ans s'est évaporée dans l'insignifiance.
- la frilosité de la réorientation oecuménique déjà par le choix du cardinal Koch qui en était l'indice et par l'absence totale de résultat vis-à-vis des Églises orientales séparées et le lâchage complet des Ordinariats catholique-anglicans après l'avancée de 2009, lâchage tel que la T.A.C. a dû se retirer du processus.
- recul final, dont le lâchage des catholiques anglicans était le prélude, de la F.S.S.P.X en 2012, le dernier dossier vraiment "ratzinguérien" que Benoît XVI avait maintenu ouvert et dans lequel il avait montré une politique cohérente et constante.
Au total, dans les faits, on peut presque dire que le pontificat de Jean-Paul II a été plus "ratzinguérien" que celui de Benoît XVI.
Hélas.
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