chère LPL cela ne retire rien à mon objection par Luc Perrin 2013-10-07 22:32:47 |
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quant au sens d'une béatification/canonisation.
On béatifie un Pontife pas son pontificat. Du moins depuis 2000 en est-il ainsi. Avec le pape François ...
Sur le témoignage du cardinal Suenens : le plan de réorganisation ad intra/ad extra adopté à la fin de la 1ère session figure dans tous les manuels. Vous me ferez la grâce de supposer que je n'ignore pas ce fait archi connu ... je ne vois pas d'ailleurs en quoi il infirme en quoi que ce soit l'évaluation contrastée et non univoque qu'on peut faire du pontificat roncallien.
Revenons au cardinal Suenens et à la prétendue "duplicité" de Jean XXIII. Testis unus, testis nullus comme chacun sait au demeurant.
Mais qui est le cardinal Suenens ? Le prélat de pointe de la majorité conciliaire, tellement en "pointe" que Paul VI dût le désavouer et le rabrouer publiquement avant de se réconcilier sur le tard avec lui.
Je ne prendrais donc pas pour argent comptant la lecture personnelle du Cardinal belge, lecture donnée après coup dans le contexte très tendu du Synode extraordinaire convoqué par Jean-Paul II (1985) et précédé du tonitruant Entretien sur la foi du cardinal Ratzinger (1984 en italien).
Témoignage pour témoignage, Mgr Elchinger, coadjuteur de Strasbourg plus en pointe encore que Suenens, donne un éclairage à l'opposé quand il rencontre le pape en 1962 peu avant l'ouverture du Concile.
On y voit un papa Giovanni satisfait et qui voit comme grande réforme liturgique : ... la suppression du dernier évangile !
L'abbé de Nantes en janvier 1962 voit dans Roncalli un nouveau Pie X etc.
Sur le machiavélisme prétendu dudit pape, sachons qu'en janvier 1963, lors de sa dernière lettre aux Pères conciliaires à l'occasion de l'Épiphanie, il dit son espérance que Vatican II pourra se clore avec les célébrations commémoratives de son très cher concile de Trente en décembre 1963 (cf. 1563). Je m'appuie là sur un document d'archive adressé à tous les Pères et par sur un récit bref 23 ans après.
Cela montre bien qu'en dépit du programme Suenens, malgré ce conseil de pilotage institué tardivement fin 1962, le pape Jean n'avait AUCUN plan préconçu d'aucune sorte, pas même une vraie conscience de l'enlisement considérable dans lequel était son concile à quelques mois de sa mort, mort qu'il pressentait proche la maladie le frappant depuis fin 1962.
On peut voir dans Jean XXIII un grand naïf sur le tard, un homme d'Église excessivement confiant, si je puis dire, dans l'action quotidienne du Saint Esprit - son optimisme ahurissant vient de là -, trop peu soucieux des moyens humains, un caractère volontiers taquin à l'égard de la Curie pacellienne qu'il a maintenue cependant.
Mais un Machiavel portant tiare que nenni.
ps. on se méfiera de même des apologies de Mgr Capovilla, grand thuriféraire du Pontife post-mortem et aussi sûr que Jean Guitton pour l'historien, comme des élucubrations d'un Peter Hebblethwaite.
Sur un point crucial, la question des prêtres-ouvriers, Mgr Roncalli était contre dès sa nonciature et il s'est prononcé contre en 1959, [Mgr Frossard faisait de lui la cheville ouvrière de la condamnation or il était en plein dans le monde de l'A.C.O. et a suivi ensuite étroitement le dossier jusqu'à la reprise après Vatican II] au grand dépit du cardinal Liénart et de quelques autres. Entre 1945 et 1952, le nonce Roncalli se plaisait à Solesmes en particulier et recevait volontiers le petit monde "intégriste" du temps. La Pensée catholique a été soutenue pour son démarrage par Rome, cela a été démontré par Paul Airiau.
Ce n'est pas par hasard que les historiens ont parlé du "mystère Jean XXIII" car l'homme ne se laisse pas mettre dans un seul tiroir, contrairement à ce qu'Alberigo a trop cherché à faire, pour s'en servir de levier contre l'herméneutique de réforme dans la continuité qu'esquissait cahin caha, non sans grands dérapages, Paul VI. Le "Concile de Jean XXIII", je crois que personne ne peut dire ce que le pape avait en tête et que lui-même en premier n'en avait pas d'idée précise.
Cette absence d'idée a été plus néfaste au final car elle a ouvert la période de flottement dont nous ne sommes pas vraiment sortis, malgré Paul VI - Jean-Paul II et Benoît XVI -, flottement sur lequel l'actuel pape semble vouloir "surfer".
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